La Dimension Missionnaire de L'Ordre Hospitalier
Prophètes dans le Monde de la Santé
ORDRE HOSPITALIER DE SAINT JEAN DE
DIEU
LA DIMENSION MISSIONNAIRE
DE L'ORDRE HOSPITALIER
Prophètes dans le monde de la santé
ROME,
1997
ORDRE HOSPITALIER DE SAINT JEAN DE
DIEU
LA DIMENSION MISSIONNAIRE
DE L'ORDRE HOSPITALIER
Prophètes dans le monde la santé
ROME,
1997
INDEX
Sigles et abréviations principales 7
PRESENTATION 9
INTRODUCTION 11
Ière
PARTIE. NOTRE MISSION DANS L'EGLISE: ANNONCER
ET MANIFESTER
L'EVANGILE DE LA MISERICORDE
13
Chapitre
I. La dimension évangélisatrice de l'Eglise 15
1. Jésus de Nazareth. Le sens de la vie de l'homme 15
2. Expérience de foi et annonce du message de salut 16
3. L'engagement de l'Eglise pour l'évangélisation 17
4. La force évangélisatrice et pastorale du Concile
Vatican II
18
5. Exigences évangélisatrices présentées par le
Magistère:
Evangelii
Nuntiandi et Redemptoris Missio 20
6. Les réponses missionnaires de l'Eglise. La nouvelle
évangélisation 22
7. La vie consacrée dans le mystère et la mission de
l'Eglise 24
Chapitre
II. Jean de Dieu: Frère et Serviteur pour le salut de tous 27
1. Jean de Dieu séduit par la miséricorde de Dieu
27
2. Témoin de l'hospitalité de Dieu 28
3. Il contamina les autres avec son amour pour le
prochain 30
4. Ses premiers compagnons 31
5. Signes prophétiques et évangélisateurs de sa vie 32
IIème
PARTIE. ELUS POUR EVANGELISER LES PAUVRES ET LES INFIRMES.
APERCU HISTORIQUE 39
Chapitre
III. L'Ordre Hospitalier jusqu'à la moitié du XIXème siècle 41
1. De la mort de Saint Jean de Dieu à la division de
l'Ordre en deux Congrégations 41
2. Division de l'Ordre en deux Congrégations 43
2.1. La Congrégation Espagnole 43
2.2. La Congrégation Italienne 44
3. L'Ordre en Amérique durant cette période 46
4. Présence de l'Ordre en Asie, Afrique et Océanie
48
5. Valeurs de l'hospitalité et facteurs qui influencèrent
la diffusion de l'Ordre 49
6. Fidèles à l'hospitalité jusqu'au martyre 50
Chapitre
IV. Réponse apostolique et missionnaire de l'Ordre
à partir de la moitié du XIXème siècle 53
1. Extinction de la Congrégation Espagnole 53
2. Décadence de la Congrégation Italienne 55
3. Décadence et extinction de l'Ordre dans les Provinces
d'outre-mer 56
IIIème
PARTIE. ENGAGES DANS L'HOSPITALITE 59
Chapitre
V. Doctrine de l'Ordre sur l'évangélisation 61
1. Evolution des Constitutions de l'Ordre à travers
l'histoire 61
2. Principes sur l'évangélisation 62
3. La dimension apostolique et missionnaire dans les
écrits de nos Confrères 67
4. L'action missionnaire selon la pensée de nos
Confrères-missionaires 72
Chapitre
VI. Organes de l'Ordre au service de l'évangélisation 79
1. Organes de la Curie Générale au service des missions 79
2. Organes interprovinciaux et provinciaux 82
IVème
PARTIE. L'HOSPITALITE AUJOURD'HUI 87
Chapitre
VII. La nouvelle diffusion de l'hospitalité 89
1. Europe: force dynamique de la présence de l'Ordre
89
2. L'Ordre en Amérique aujourd'hui 96
3. Afrique: nouvelle sève pour l'arbre de l'hospitalité 99
4. Asie: présence de l'Ordre dans une culture de
contrastes 104
5. Océanie: nouveaux horizons de l'hospitalité 108
Chapitre
VIII. Exigences missionnaires actuelles pour la vie de l'Ordre 111
1. La vocation des Frères de Saint Jean de Dieu vécue
dans un esprit missionnaire 111
2. L'animation missionnaire: un défi pour nos communautés 113
3. La Charte de l'Animation Missionnaire 114
4. Principes à partir desquels nous souhaitons opérer 115
5. La Nouvelle Hospitalité: la nouvelle évangélisation
selon les Frères de Saint Jean de Dieu 119
DOCUMENTATION
ET BIBLIOGRAPHIE 123
SIGLES ET ABREVIATIONS PRINCIPALES
AG AD GENTES
Décret sur l'activité
missionnaire de l'Eglise Concile Vatican II
AGFR Archives Curie Générale des
Frères de Saint Jean de Dieu de Rome
AIP Archives Interprovinciales Pisas
à Grenade
Celam IV IVème
Conférence de l'Episcopat Latino-américain
Saint-Domingue (12-28 octobre
1992)
Const. Constitutions de l'Ordre
Hospitalier de Saint Jean de Dieu
(L'année correspondante est
indiquée après l'abréviation: ex: Const. 1984, on se
réfère aux Constitutions de
l'année 1984)
DS Lettre de Jean de Dieu à la
Duchesse de Sessa
DV DEI VERBUM Concile Vatican II
Constitution Dogmatique sur la
Révélation Divine
EA Ecclesia en Afrique
EN EVANGELII NUNTIANDI. Exhortation Apostolique de Paul VI
L'évangélisation du monde
contemporain
GL Lettre de Jean de Dieu à
Gutierre Lasso
GS GAUDIUM ET SPES. Concile Vatican
II
Constitution Pastorale sur
l'Eglise dans le monde actuel
LB Lettre de Jean de Dieu à Luis
Bautista
LG LUMEN GENTIUM. Concile Vatican II
Constitution Dogmatique sur
l'Eglise
NA NOSTRA AETATE. Concile Vatican II
Décret sur les relations de
l'Eglise avec les religions non chrétiennes
PC PERFECTAE CARITATIS. Concile
Vatican II
Décret sur le renouvellement et
l'adaptation de la vie religieuse
POE Présence l'Ordre en Espagne.
Madrid, 1986
RMi REDEMPTORIS MISSIO. Lettre
Encyclique de Jean Paul II sur la validité
permanente du mandat
missionnaire
SALOH Secrétariat
Interprovincial de l'Ordre Hospitalier de Amérique Latine
SC SACROSANCTUM CONCILIUM. Concile
Vatican II
Constitution sur la Liturgie Sacrée
SD SALVIFICI DOLORIS. Lettre
Apostolique de Jean Paul II
La souffrance de l'homme
SELARE Secrétariat
Latino-américain pour le Renouvellement
SS.GG. Statuts
Généraux de l'Ordre Hospitalier de Saint Jean de Dieu
VC VITA CONSECRATA. Exhortation Apostolique
de Jean Paul II
La vie consacrée
LETTRES
DE SAINT JEAN DE DIEU.
L'édition des Lettres de Saint Jean de Dieu utilisée est la suivante: Règle de
Saint Augustin. Lettres de Saint Jean de Dieu. Madrid, 1984.
PRESENTATION
Le document La dimension
missionnaire de l'Ordre Hospitalier que vous avez sous les yeux, se veut
une réflexion destinée à combler une lacune bibliographique de l'Ordre.
Ce document est le fruit d'un long travail que je
résumerai brièvement.
·
Au cours de la Commission Générale
d'Animation qui s'est déroulée du 11 au 13 mars 1992, on constata qu'il fallait
réfléchir à la "dimension missionnaire de l'Ordre". Bien qu'on ne
parvînt pas alors à en définir le titre, on précisa que le document devait non
seulement recueillir le passé et le présent de l'action apostolique de l'Ordre,
mais aussi tracer les lignes de notre action future dans ce domaine.
·
Au cours de la réunion successive,
qui eut lieu la même année, du 16 au 18 octobre, on revint sur la question et
on pensa que la célébration du Vème Centenaire de la Naissance de Saint Jean de
Dieu pourrait constituer une bonne occasion pour offrir à l'Ordre une document
qui pourrait ranimer le sens apostolique chez les Frères de Saint Jean de Dieu
et les Collaborateurs.
·
En 1993, au cours de la réunion qui
eut lieu du 26 au 27 mai, on soumit à l'examen de la Commission Générale
d'Animation un schéma contenant les points les plus importants de ce document.
Après quelques modifications, le schéma fut approuvé par la Commission.
·
On nomma une Commission formée par
Frère Pascual Piles, à l'époque Premier Conseiller Général, par Frère Juan
Bautista Carbó, Délégué d'Afrique et par les Confrères Jesús Etayo et Ubaldo
Feito qui se partagèrent le travail en s'appuyant sur la collaboration d'autres
Confrères de l'Ordre.
·
La Commission Générale d'Animation,
à la réunion qui eut lieu du 18 au 20 mai 1994, insista pour qu'on publie le
document pendant l'année du Vème Centenaire de la Naissance de Saint Jean de
Dieu.
·
Malgré les efforts accomplis par la
Commission pour réaliser la tâche qui lui avait été confiée, au Chapitre
Général du mois d'octobre 1994, il fallut annoncer qu'on ne pouvait pas porter
à terme l'élaboration et la publication du document en temps prévu.
·
Dans le Programme du Gouvernement
Général du sexennat 1994-2000, on inclut l'élaboration et la présentation du
document comme une activité qu'il fallait réaliser au cours de l'année
1996-1997, sous la responsabilité de la Commission indiquée plus haut, à
laquelle se joignit le Père Général.
·
Au cours de la réunion de la
Commission Générale d'Animation des 26 et 27 juin 1995, on pensa qu'un des
moments les plus propices pour présenter le document serait l'Assemblée
Générale du mois d'octobre 1997.
·
Après le travail d'élaboration et
de rédaction accompli par chaque membre de la Commission et une vérification en
commun du texte pour éviter les répétitions inutiles, le document fut présenté
à la Commission Générale d'Animation dans sa réunion des 5 et 6 juin 1997 et il
est actuellement remis aux Provinces.
Nous pensons avoir accompli le service que l'Ordre nous
demandait. Dans ce document nous avons tenu compte de l'essence de la mission
de l'Eglise, l'évangélisation, et de la contribution que la vie consacrée
apporte à cette dernière, mais nous nous sommes surtout attardés sur l'analyse
historique de l'action missionnaire de l'Ordre et sur l'oeuvre évangélisatrice
que nos Confrères réalisent actuellement dans les pays en voie de
développement, en les félicitant et en les remerciant pour leur témoignage.
Afin de respecter suggestion formulée par la Commission Générale d'Animation au
cours de sa réunion du mois de mars 1992, nous avons également tracé une
projection future de la dimension missionnaire de l'Ordre.
Je suis heureux de pouvoir offrir cette réflexion à
l'Ordre, certain qu'elle contribuera au développement spirituel et apostolique
des Confrères et des Collaborateurs.
Frère Pascual
Piles
Rome, le 12 octobre 1997 Supérieur Général
INTRODUCTION
La dimension missionnaire
a toujours constitué une des caractéristiques fondamentales de notre Institut
Religieux dans l'exercice de son apostolat tout au long de son histoire. Cet
esprit missionnaire continue à être présent comme un signe qui nous dit que la
miséricorde de Dieu souhaite toucher tous les hommes à travers la charité,
selon le style de Saint Jean de Dieu et celui de tant d'autres saints, d'hommes
et de femmes, d'hier, d'aujourd'hui et de demain, lesquels, sentant en eux
l'amour de Dieu, ont décidé de le transmettre aux autres.
Le document se divise en quatre parties. La première qui
comprend deux chapitres, porte le titre suivant: Notre mission dans l'Eglise: annoncer et rendre présent l'Evangile de
la miséricorde. Le premier chapitre fait référence à la dimension
évangélisatrice de l'Eglise à partir de la nouvelle signification de la vie de
l'homme, instaurée par Jésus de Nazareth qui, avant de monter au ciel, chargea
ses disciples de continuer son oeuvre salvifique à travers le monde. C'est
d'eux que la communauté ecclésiale, constituée à la Pentecôte, hérita la
mission de témoigner et d'annoncer l'Evangile, la mission la plus importante à
réaliser dans le monde. Dans ce contexte, nous ferons référence, en
particulier, à la dimension missionnaire de l'Eglise à partir du Concile
Vatican II ainsi qu'à la dimension évangélisatrice comme essence et sens de la
Vie Consacrée.
Le deuxième chapitre a pour objet la figure de notre
Fondateur lequel, transformé et capturé par l'amour miséricordieux de Dieu,
ressent le besoin urgent de le communiquer aux infirmes et aux nécessiteux à
travers des gestes qui se transforment en signes prophétiques et
évangélisateurs. Notre famille religieuse naît de Jean de Dieu; en lui et avec
lui, nous participons à la mission universelle de l'Eglise.
La seconde partie, intitulée Elus pour évangéliser les pauvres et les infirmes, parcourt la
trajectoire historique de l'Ordre depuis les origines jusqu'à la fin du XIXème
siècle. A la lumière des deux chapitres qui composent cette partie, on pourra
apprécier l'élan apostolique et missionnaire qui a animé et soutenu nos
Confrères dans la diffusion de l'Ordre, dans certains cas, jusqu'au sacrifice
de leur propre vie (chapitre 3), et la manière par laquelle ils surent
récupérer force et vigueur, une fois passée la crise que l'Eglise et, par
conséquent, l'Ordre vécurent durant une
grande partie de la seconde moitié du Siècle
des Lumières (chapitre 4).
Les deux chapitres qui composent la troisième partie,
intitulée Engagés dans l'hospitalité,
offrent une vision d'ensemble des moyens par lesquels l'Ordre s'est efforcé de
maintenir en vie l'esprit apostolique des Confrères et de soutenir, sur le plan
structurel et économique, sa mission dans le monde de la santé. Dans ce
contexte, nous faisons référence à la doctrine contenue dans les documents
officiels de l'Ordre, Constitutions et Lettres Circulaires de certains
Supérieurs Généraux, nous donnons une importance spéciale aux témoignages
écrits de ceux qui se sont distingués par leur vie, comme par exemple, Saint
Richard Pampuri, ou à travers leur service en faveur l'hospitalité dans la
mission "ad gentes" (chapitre 5), alors que dans le chapitre 6, nous
donnons une brève description des organes de l'Ordre au service de
l'évangélisation.
Dans la quatrième partie qui porte le titre de L'hospitalité aujourd'hui, il est
montré que la force du charisme de l'Ordre vécu par nos Confrères a été en
mesure d'opérer une seconde diffusion de l'hospitalité dans notre siècle. Grâce
à cette force, l'Ordre est aujourd'hui capable de manifester l'Evangile de la
Miséricorde dans les cinq continents (chapitre 7), en surmontant les graves
difficultés politiques et sociales que la société a connues.
Le dernier chapitre traite des défis missionnaires
actuels que l'Ordre doit affronter et du fait que la vocation des Frères de
Saint Jean de Dieu doit être vécue avec un esprit apostolique et missionnaire
dans nos Communautés pour réaliser et transmettre la nouvelle hospitalité,
selon le style de Saint Jean de Dieu, comme une nouvelle expression de la
nouvelle évangélisation.
Le document s'adresse à tous les Confrères qui
travaillent aujourd'hui au sein de
l'Ordre pour faire de la nouvelle hospitalité une réalité avec l'appui des
Collaborateurs. Il s'adresse aux nouvelles générations d'hospitaliers en leur
offrant toute la richesse spirituelle que l'Ordre a accumulée grâce à sa
dimension apostolique et missionnaire, en restant fidèle à l'Esprit Saint, à
l'Eglise, à Saint Jean de Dieu et à l'homme qui souffre, afin qu'ils continuent
à propager le message du Christ à travers le monde.
Enfin, avec cette réflexion nous voulons rendre hommage à
tous les Confrères qui nous ont précédés dans notre oeuvre d'évangélisation, et
en particulier à ceux qui se sont investis et qui continuent à s'investir dans
la mission "ad gentes". Nous espérons aussi que cette simple
contribution trouvera une continuation dans la pratique. Si chaque Province
s'efforçait d'approfondir sa propre histoire pour en tirer le témoignage de vie
des Confrères qui ont rendu possible la réalité actuelle, les futures
générations pourraient non seulement admirer l'enthousiasme et le sacrifice qui
les animaient dans leur action apostolique mais aussi trouver des motivations
stimulantes pour eux et un nouvel élan pour vivre et manifester avec une
vigueur nouvelle le charisme que nous avons hérité de Jean de Dieu.
I. PARTIE
NOTRE MISSION DANS L'EGLISE:
ANNONCER ET MANIFESTER
L'EVANGILE DE LA MISERICORDE
Premier chapitre
LA DIMENSION EVANGELISATRICE DE L'EGLISE
1. Jésus de Nazareth. Sens de la vie de l'homme
La dimension évangélisatrice de l'Eglise consiste à
transmettre le salut de Jésus qui vint sur la terre pour nous faire participer
au dessein amoureux que Dieu a tracé pour l'homme dès sa création.
Le Père nous a créés par amour et bonté, pour partager
avec nous sa nature divine: "Au
début Dieu créa le ciel et la terre" (Gn 1,1) et "Dieu créa l'homme à son image; à l'image de Dieu il le
créa" (Gn 1,27). Il créa tout pour le Verbe Eternel, son Fils bien
aimé:"C'est en lui qu'ont été créées
toutes choses aux cieux et sur la terre... tout a été créé par lui et pour
lui" (Col 1,16).
Depuis toujours Dieu veut faire de nous "selon le bienveillant dessein de sa
volonté, des fils adoptifs par Jésus Christ, à la louange de gloire de sa
grâce" (Eph 1, 5-6); et "en
procurant à la fois sa gloire et notre bonheur" (AG 2).
Avec Jésus nous apprenons que le Père se manifeste dans
le Fils, et tous deux dans l'Esprit Saint. Cet amour trinitaire est à l'origine
de la création de l'homme "la seule
créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même" (GS 24), parce
que l'homme seul est appelé à participer à la vie de Dieu. Nous avons été créés
dans ce but, c'est la raison fondamentale de notre existence.
En raison de ses limites, l'humanité a commencé à évoluer
dans un monde ambigu dans ses sentiments envers Dieu. Rappelons l'histoire
d'Israël, prototype des contradictions vécues par l'homme. Le peuple élu vivait
la foi et l'amour envers Dieu en alternant des moments d'infidélité et
d'idolâtrie.
Au sein de cette ambiguïté, nous, les hommes, avons
toujours agi en nous posant à chaque fois les mêmes questions sur le mystère de
la vie, questions auxquelles tous les courants de la pensée humaine ont tenté
de répondre sans succès. Les grandes interrogations sur le sens de la vie, de
la douleur et de la mort pourraient nous amener à douter de l'amour
miséricordieux du Père tel qu'il s'est manifesté dans sa création.
Mais à travers l'Alliance, Dieu a toujours maintenu un rapport
avec ses créatures et il manifesta progressivement son amour et sa bonté
jusqu'à ce qu'enfin, il se révéla à nous en son Fils, Jésus Christ: "Après avoir, à bien des reprises et de
bien des manières, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en cette fin
des jours, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes
choses" (He 1,1-2).
Ainsi Jésus, envoyé par le Père, avec la force de
l'Esprit Saint devient pour nous tous une chemin de libération et de salut, en
donnant un sens plein et définitif à l'humanité, parce que "Dieu veut que tous les hommes soient sauvés" (1 Tm 2,4).
Il vint donc pour réaliser le plan du salut annoncé par les prophètes.
Toute la vie et l'oeuvre de Jésus sont basées sur cette
mission, comme cela apparaît dans l'évangile de Saint Jean: "C'est Celui qui m'a envoyé, le Père
qui m'a commandé lui-même ce que je devais dire et annoncer" (Jn
12,49; RMi 5).
Jésus est la seule voie qui nous conduit à Dieu. Sa
mission se concrétise quand il organise tout selon le dessein de la création.
Il est la plus haute révélation de l'amour du Père: "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie; nul ne va au Père que par
moi. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père" (Jn 14,
6-9). Jésus proclame la Bonne Nouvelle de Dieu et nous invite à le reconnaître
comme Père et à orienter avec confiance notre vie vers lui en accomplissant sa
volonté.
La Constitution Conciliaire sur la Révélation Divine nous
rappelle que: "Jésus Christ, par
toute sa présence, par tout ce qu'il montre de lui-même, par ses paroles, par
ses oeuvres, par ses signes, par ses miracles, mais surtout par sa mort et sa
glorieuse résurrection d'entre les morts, enfin par l'envoi qu'il fait de
l'Esprit de vérité, donne à la révélation son dernier achèvement et la confirme
par le témoignage divin: Jésus Christ, c'est Dieu avec nous, pour que nous
soyons délivrés des ténèbres du péché et de la mort, et que nous soyons
ressuscités pour la vie éternelle" (DV 4).
Entrer en communion avec Dieu, à travers Jésus et l'élan de
l'Esprit, cela veut dire construire une nouvelle société basée sur la
fraternité et la solidarité, favoriser en particulier les faibles et les
marginaux, selon le style de Jésus, comme une anticipation du Royaume de Dieu.
Proclamer que Dieu est le Père de tous les hommes et que, par conséquent, tous
les hommes sont frères, appelés à marcher ensemble vers le même destin et à
construire un monde qui atteindra sa plénitude quand Dieu sera tout en toute
chose, représente un profond changement dans les relations humaines.
2. Expérience de foi et annonce du message de
salut
Après s'être présenté comme l'envoyé du Père, Jésus
commença à s'entourer de disciples, selon le style des anciens maîtres qui
réunissaient autour d'eux des disciples pour partager avec eux leur parole et
leur vie.
Ensuite il élut des apôtres et des disciples (cf. Lc 5,
10-11; Mc 3, 14). La première communauté chrétienne commença ainsi à se former
autour de Jésus, communauté qui, par la suite, fut à l'origine de l'Eglise du
Christ. A part ceux qui sont cités dans les Evangiles, beaucoup d'hommes
écoutèrent sa Parole et commencèrent à vivre une foi qui les transforma
complètement.
A partir de l'expérience pascale naît l'Eglise, une
réalité nouvelle et inséparable, formée par Jésus et par ses disciples,
expression du dessein de Dieu pour le monde. Après sa Résurrection, le Seigneur
envoya ses Apôtres "en mission
universelle d'évangélisation", pour communiquer leur expérience: "Allez dans le monde entier, proclamez
l'Evangile à toute la création" (Mc 16,15; cf. Mt 29,19; Jn 20,21).
Le jour de la Pentecôte, ils reçurent L'Esprit Saint et
se lancèrent dans le monde pour annoncer Celui qui avait rempli leur coeur
d'espoir et de joie. Avec la force de l'Esprit Saint, la communauté primitive
commence ainsi à proclamer et à diffuser le message de salut au monde entier: "Le Christ a envoyé d'auprès du Père le
Saint-Esprit, qui accomplirait son oeuvre porteuse de salut à l'intérieur des
âmes et pousserait l'Eglise à s'étendre" (AG 4).
L'Eglise a toujours vu dans ce premier groupe de
disciples de Jésus une modèle de référence pour la communauté chrétienne et
pour sa mission dans le monde: "Ils
se montraient assidus à l'enseignement des Apôtres, à la communion fraternelle,
à la fraction du pain et aux prières” (Ac 2,42), parce que "La multitude de ceux qui avaient cru
n'avait qu'un coeur et qu'une âme" (Ac 4,32).
Ensuite d'autres communautés apparurent en Samarie, en
Césarée, en Syrie, en Asie Mineure et en Europe. On devine aisément qu'elles
n'auraient pas pu survivre sans un profond engagement de vie en commun et
qu'elles n'auraient pas pu s'étendre sans un sens missionnaire bien ancré.
La fondation de l'Eglise d'Antioche (cf. Ac 11, 19-30) se
distingue en particulier comme un modèle d'activité missionnaire. Ses
fondateurs provenaient des communautés de Jérusalem. Parvenus à Antioche, mus
par l'Esprit Saint, ils décidèrent des se consacrer à l'évangélisation, en
faisant de la mission un style de vie profondément enraciné dans le foi. C'est
ainsi que commence l'oeuvre missionnaire de l'Eglise qui se poursuit de nos
jours.
3. Le défi constant de l'évangélisation dans
l'histoire de l'Eglise
Pour l'Eglise, l'évangélisation est une expression de
communion avec le Christ: "L'activité
missionnaire découle profondément de la nature même de l'Eglise; elle en
propage la foi qui sauve, elle en réalise l'unité catholique en la répandant,
l'apostolicité de l'Eglise lui donne sa vigueur, elle met en oeuvre le sens
collégial de sa hiérarchie, elle en atteste, répand, procure la sainteté"
(AG 6).
L'identité de l'Eglise s'est manifestée tout au long de
son histoire à travers le mandat de l'évangélisation: "Nous voulons confirmer une fois de plus que la tâche
d'évangéliser tous les hommes constitue la mission essentielle de l'Eglise,
tâche et mission que les mutations vastes et profondes de la société actuelle
ne rendent que plus urgentes. Evangéliser est, en effet, la grâce et la
vocation propre de l'Eglise, son identité la plus profonde. Elle existe pour
évangéliser" (EN 14).
Le message évangélique est arrivé dans tous les coins du
monde, mais on constate que les évangélisés ne représentent aujourd'hui qu'un
tiers de l'humanité: "Tandis que
nous nous approchons de la fin du deuxième millénaire de la Rédemption, il devient
toujours plus évident que les nations qui n'ont pas encore reçu la première
annonce du Christ constituent la majeure partie de l'humanité" (RMi
40).
Les mouvements consécutifs d'expansion et de régression
dans l'action évangélisatrice constituent un aspect important (cf. AG 46). Les
périodes d'expansion de l'Eglise ont coïncidé avec les époques des conquêtes et
des découvertes, créant ainsi l'"ère chrétienne" qui commença avec la
chute de l'empire romain et la
conversion des peuples d'Europe. La "découverte" de l'Amérique, et
les missions en Asie et en Afrique constituèrent des étapes importantes dans
l'histoire de l'évangélisation.
Petit à petit, l'Eglise a dû surmonter les nombreux
obstacles rencontrés dans l'exercice de sa mission. Les plus importantes
furent: la résistance de nombreuses cultures à accepter la foi, l'opposition
des systèmes politiques, les effets dérivant d'une d'inculturation ratée, la
difficile cohabitation avec les autres religions, les persécutions religieuses,
etc... Ces obstacles ont été vaincus peu à peu grâce à la conviction et à la
force que l'Esprit Saint accorde à l'Eglise. Certains de ces obstacles ont été
des moments de profonde revitalisation et de témoignage du martyre.
Ces derniers temps sont apparues des difficultés d'un
autre genre, lesquelles, de nos jours, sont en train d'influencer et
d'uniformiser un type de culture qui dénature et altère le dessein de Dieu sur
le monde.
La société tout entière a vécu un changement profond et
l'Eglise, en raison de sa mission propre, a dû revoir et reformuler ses
positions face à ces nouvelles situations. C'est dans ce contexte que naît le
Concile Vatican II pour orienter l'oeuvre d'évangélisation.
Le Concile éclaire l'ecclésiologie de la mission en
partant du sens christo-centrique de l'"incarnation" comme point de
référence fondamental auquel nous devons nous ancrer: "La mission de l'Eglise s'accomplit donc par l'opération au moyen
de laquelle, obéissant à l'ordre du Christ, et mue par la grâce de
l'Esprit-Saint et la charité, elle devient un acte plénier présent à tous les
hommes et à tous les peuples, pour les amener, par l'exemple de sa vie, par la
prédication, par les sacrements et les autres moyens de grâce, à la foi, à la
liberté, à la paix du Christ, de telle sorte qu'elle leur soit ouverte comme la
voie libre et sûre pour participer pleinement au mystère du Christ"
(AG 5).
L'Eglise ne nie pas les éléments de vérité qui existent
dans le monde et dans les autres fois (cf. NA 2), mais elle affirme que "cette Eglise voyageuse est nécessaire
au salut. Seul, en effet, le Christ est Médiateur et voie de salut"
(LG 14). Tout ceci doit être appliqué avec un ample sens et en partant du
dessein salvifique de Dieu pour sa création.
Après le Concile, au moment où la théologie de la mission
semblait désormais apte à répondre aux nécessités que le monde proposait, sont
nées, au sein de l'Eglise, des tendances qui ont attaqué jusqu'au contenu des
enseignements conciliaires. Les phénomènes liés à la libération, à la théologie
politique, au salut des non chrétiens, à la promotion de la justice et de la
paix, et toutes les autres formes de témoignage et de coopération missionnaire
ont été vécus intensément, avec des mises au point et des solutions
différentes, dans l'interprétation post-conciliaire.
Les différents courants de pensée sur l'interprétation de
ces thèmes ont fait progresser les divers aspects pastoraux de la mission,
parfois avec des styles, des moyens et des expériences différentes mais ayant
tous le même but.
L'Exhortation Apostolique "Evangelii Nuntiandi"
et l'Encyclique "Redemptoris Missio", ont contribué à harmoniser les
différents aspects de la mission, allant au-delà des interprétations qui eurent
lieu dans l'étape post-conciliaire.
4. La force évangélisatrice et pastorale du
Concile Vatican II
Le Concile Vatican II ne fut pas, exclusivement, une
initiative originale de Jean XXIII; il doit être considéré comme le résultat
d'une situation que l'on vivait depuis une centaine d'années. L'Eglise
souhaitait défendre sa position face aux profonds et rapides changements qui se
produisaient dans le monde, résultat de la philosophie moderne. Mais elle ne
pouvait pas affronter ces nouveaux défis en basant sa mission sur des
catégories qui appartenaient au passé.
Il fallait trouver de nouvelles solutions parce que, dans
cette situation-là, l'Eglise avait besoin d'annoncer clairement l'essence de
son être et de son action, comme sacrement et comme mission, pour témoigner de
l'amour de Dieu révélé en Jésus pour le monde entier. Ce concept sera, par la
suite, l'apport le plus important de Vatican II, d'où partira toute sa force
évangélisatrice et pastorale.
Le Concile fut à l'origine de nombreuses nouveautés. Nous
ferons ici une liste de celles qui ont eu une répercussion majeure:
a) Le rapport de l'Eglise avec le monde
Le Concile propose une nouvelle forme, un nouveau profil
de relation entre l'Eglise et le monde, basé sur une offrande de foi et non pas
sur une domination du domaine religieux dans le secteur séculier.
Ce nouveau style vécu dans la liberté, et la conviction
personnelle, facilite la présence des croyants dans le monde, avec l'objectif
de construire, petit à petit, le Peuple de Dieu, à partir de la foi et de la
charité.
Il reconnaît tout ce qu'il y a de positif dans ce que la
modernisation apporte à la dignité de l'homme et, par conséquent au rapport
avec Dieu, en encourageant les valeurs d'une société juste et solidaire,
éclairées par la Révélation.
De plus, le Concile va au-delà de la perspective
individualiste d'appartenance au Peuple de Dieu, en déclarant l'Eglise
sacrement du Christ et communion dans la foi, ce qui donne naissance à une
conception de l'Eglise comme communauté, conception qui se reflète également
dans tous les documents conciliaires, en particulier dans Lumen Gentium et
Gaudium et Spes.
b) Eglise, communion et mission
Le Concile met parallèlement en relation le mystère de
l'Eglise comme communion à celui de l'Eglise comme mission. La mission
manifeste et réalise la communion et, à son tour, celle-ci est à l'origine et
constitue l'objectif de la mission elle-même.
Cette mission prend ses racines dans le mystère de la
communion avec Dieu et, selon le style de Jésus, elle consiste dans l'annonce
et la construction du Royaume à travers les oeuvres et les paroles, qui sont
l'objectif de l'évangélisation.
La définition de l'Eglise comme sacrement du salut,
représente une nouvelle catégorie dans laquelle convergent la communion
ecclésiale et la mission dans le monde.
c) La réforme liturgique
Ce fut une des innovations du Concile, celle qui eut plus
d'échos dans le domaine pastoral. Elle invite les chrétiens à aller au-delà des
attitudes religieuses de type individualiste, pour que ceux-ci, en tant que
membres du Peuple de Dieu, célèbrent la foi de façon communautaire.
L'utilisation des idiomes nationaux facilite la
compréhension des signes et leur projection dans les engagements de la vie
quotidienne. La liturgie partagée au sein de la communauté doit revitaliser et
interpréter ces signes à la lumière de la vie.
d) Les autres thèmes qui influèrent sur le
dynamisme pastoral et évangélisateur du Concile sont les suivants: tout ce qui concerne le sacerdoce commun de tous
les fidèles; l'importance reconnue aux laïcs et à leurs charismes dans la
consécration dans le monde; les rapports avec le non chrétiens et le non
croyants; la collégialité des évêques; le rétablissement du diaconat qui peut
être accordé aussi à ceux qui n'aspirent pas aux sacerdoce; l'idée d'une Eglise
en marche vers la plénitude de la vérité; et la déclaration sur la liberté
religieuse.
Quant à la Vierge Marie, le Concile développe toute une
doctrine qui la situe dans l'être même de l'Eglise et en fait la Médiatrice de
l'oeuvre rédemptrice du Christ.
e) Sur l'activité missionnaire, le Concile exprime sa doctrine dans le décret Ad
Gentes, offrant les lignes maîtresses de la tâche évangélisatrice sur la base
des contenus des Constitutions Conciliaires suivants:
·
L'Eglise comme "sacrement du
salut" et les raisons pour l'évangélisation universelle (Cf. LG 48);
·
L'Eglise qui garde et transmet la
Révélation de Dieu à toute l'humanité (cf. SC 2);
·
La solidarité de l'Eglise avec le
genre humain et son histoire qui justifie l'urgence de la mission universelle
(cf. GS 1).
Le décret Ad Gentes favorisa le départ de nombreux
projets qui nous ont aidés à approfondir l'évangélisation jusqu'à nos jours.
5. Exigences évangélisatrices présentées par le
Magistère:
Evangelii Nuntiandi et Redemptoris Missio
a) Evangelii Nuntiandi
L'exhortation apostolique “Evangelii Nuntiandi” de Paul
VI fut publiée dix ans après la clôture du Concile Vatican II, le 8 décembre
1975.
Son objectif fondamental est indiqué dans le titre: "l'évangélisation dans le monde
moderne", "rendre l'Eglise du XXème siècle encore plus apte à
annoncer l'évangile à l'humanité du XXème siècle" (EN 2), en suivant
la ligne du Décret sur l'activité missionnaire de l'Eglise et en recueillant le
contenu sur l'évangélisation issu au cours de l'Assemblée Générale du Synode
des Evêques, célébré en 1974.
Le grand apport de Evangelii Nuntiandi réside dans
l'extension du terme "évangélisation". L'exhortation elle-même
l'exprime parfaitement: "Au monde
entier! A toute créature! jusqu'aux extrémités de la terre!...comme un appel à
ne pas emprisonner l'annonce évangélique en la limitant à un secteur de
l'humanité, ou à une classe d'hommes ou à un seul type de culture" (EN
50).
L'évangélisation s'adresse au monde dans sa globalité.
Elle contient des aspects qui se réfèrent à la justice, au développement, à la
promotion humaine, à la libération et à la paix, des aspects qui devront être
éclairés et promus par l'Eglise: "Les
conditions de la société nous obligent à réviser les méthodes, à chercher par
tous les moyens à étudier comment faire arriver à l'homme moderne le message
chrétien dans lequel il peut trouver la réponse à ses interrogations et la
force pour son engagement de solidarité humaine" (EN 3). Cette
exhortation apporte de nouveaux éléments à ceux déjà énoncés dans le décret Ad
Gentes, en universalisant le champs de l'évangélisation.
Voici les aspects les plus importants:
·
L'Eglise a continuellement besoin
de s'évangéliser elle-même à travers la conversion et le renouvellement qui
l'aideront à conserver son élan et sa force pour annoncer l'Evangile.
·
L'évangélisation se présente comme
une réalité riche, complexe et dynamique, qui contient tous les éléments
signalés par les Constitutions Conciliaires et par le Décret "Ad
Gentes", qu'il faut affronter globalement.
·
Le moyen le plus efficace de l'évangélisation
est le témoignage cohérent d'une vie authentiquement chrétienne.
·
Parmi les destinataires de la
mission, on trouve ceux qui ne connaissent pas encore le Christ, ceux qui ont
été baptisés mais qui vivent comme des non chrétiens, et ceux qui professent
d'autres religions mais qui possèdent des éléments de salut.
·
L'action évangélisatrice revêt un
caractère profondément ecclésial, parce qu'elle est accomplie en union avec la
mission de l'Eglise et en son nom.
·
Tous les membres de l'Eglise sont
des agents de l'évangélisation.
·
La vie consacrée assume une
fonction primaire dans l'évangélisation, parce que le dévouement total des
religieux interpelle le monde et l'Eglise elle-même.
On voit apparaître une vision nouvelle de la spiritualité
missionnaire, basée sur le témoignage de l'unité, sur la recherche de la vérité
et sur la ferveur des grands évangélisateurs.
L'exhortation “Evangelii Nuntiandi” a été, sans aucun
doute, un des documents les plus importants du magistère post-conciliaire. Elle
a donné un grand élan à l'évangélisation, à l'Eglise en général et à notre
Ordre. Ses enseignements nous ont aidés à orienter notre réponse
évangélisatrice à n'importe quel moment.
b) Redemptoris Missio
La Lettre encyclique Redemptoris Missio de Jean Paul II a
été publiée le 7 décembre 1990, vingt-cinq ans après le Décret sur l'activité
missionnaire de l'Eglise "Ad Gentes".
C'est la première encyclique qui traite spécifiquement de
la mission après le Concile. Elle approfondit, en le rendant concret,
l'enseignement sur l'évangélisation contenu dans Evangelii Nuntiandi.
Elle nous rappelle que la "mission du Rédempteur" et "la validité permanente du mandat missionnaire" sont un
appel urgent à l'évangélisation universelle, avec un regain d'enthousiasme et
des motivations nouvelles. Elle présente une vision dynamique des valeurs du
Concile et des positions de l'Eglise actuelles: "Mais ce qui me pousse plus encore à proclamer l'urgence de
l'évangélisation missionnaire, c'est qu'elle constitue le premier service que
l'Eglise peut rendre à tout homme et à l'humanité entière dans le monde actuel,
lequel connaît des conquêtes admirables mais semble avoir perdu le sens des
réalités ultimes et de son existence même" (RMi 2).
Voici les aspects qui nous paraissent plus importants:
·
Elle recueille la théologie
trinitaire de Vatican II et la théologie post-conciliaire sur la mission en
nous invitant à approfondir l'examen des différents aspects de la mission.
·
Elle insiste sur l'engagement en
faveur de la promotion humaine, le respect de la liberté et le dialogue entre
les religions comme des moments d'inculturation ecclésiale.
·
Elle rappelle le caractère
missionnaire de l'Eglise dans toutes ses manifestations, en valorisant
l'expérience ecclésiale à partir de la fin du Concile.
·
Elle distingue trois situations
dans l'activité missionnaire de l'Eglise: Dimension ad gentes; attention
pastorale envers les croyants et évangélisation du monde déchristianisé.
·
Elle définit les différents
domaines de la mission ad gentes: territoriaux, nouveaux phénomènes sociaux, et
secteurs culturels ou domaines modernes.
·
Echanges et complémentarité des
différentes activités missionnaires, parce que les horizons de la mission sont
illimités.
·
Engagement missionnaire des jeunes
Eglises pour atteindre la maturité et une totale communion avec l'Eglise
universelle.
·
Elle insiste pour promouvoir et
cultiver les vocations missionnaires "ad vitam".
·
Elle approfondit la spiritualité
missionnaire en tant qu'exigence qui associe la mission à la vocation de
sainteté.
L'Encyclique Redemptoris Missio a établi les bases pour
l'évangélisation du troisième millénaire, et lie la réflexion théologique à la
pastorale concrète, avec une nette projection vers l'avenir.
6. Réponses missionnaires de l'Eglise: la nouvelle
évangélisation
Les réponses missionnaires de l'Eglise sont les moyens
par lesquels l'évangélisation éclaire
les besoins des hommes pour leur faire parvenir le message de Dieu révélé en
Jésus; elles ont été conditionnées par les modes d'entendre l'évangélisation et
par son développement face aux défis que le monde propose. Rappelons brièvement
cette évolution:
Le décret Ad Gentes interprète l'activité missionnaire et
l'évangélisation comme l'annonce de l'évangile et l'implantation de l'Eglise et
la distingue des actions pastorales habituelles effectuées pour les fidèles: "La fin propre de l'activité
missionnaire, c'est l'évangélisation et l'implantation de l'Eglise dans les
peuples ou les groupes humains dans lesquels elle n'a pas encore été enracinée.
Ainsi l'activité missionnaire au milieu des nations diffère tant de l'activité
pastorale à mener à l'égard des fidèles, que des initiatives à prendre pour
rétablir l'unité des chrétiens" (AG 6).
Evangelii Nuntiandi considère l'évangélisation à partir
d'une perspective très ample, comme nous l'avons déjà rappelé précédemment.
Elle développe des aspects ébauchés dans le décret Ad Gentes et affirme que
c'est une activité très complexe qui porte en elle une pluralité de facteurs
qui dépassent la simple annonce de l'Evangile et qui doivent être intégrés dans
leur totalité: "L'évangélisation est
une démarche complexe, aux éléments variés: renouveau de l'humanité,
témoignage, annonce explicite, adhésion du coeur, entrée dans la communauté,
accueil des signes, initiative d'apostolat" (EN 24).
Actuellement, Jean Paul II centre toute l'action
missionnaire de l'Eglise sur ce qu'on nomme la "nouvelle évangélisation". Cette expression a été
employée pour la première fois à la Conférence de l'Episcopat Latino-américain,
à Haïti, le 9 mars 1983: "La
commémoration des cinq cents ans d'évangélisation atteindrait tout son sens si
vous en faisiez votre engagement en tant qu'évêques, avec votre presbytère et
les fidèles; non pas un engagement d'évangélisation, mais pour une nouvelle
évangélisation. Nouveauté dans son ardeur, ses méthodes et dans son
expression".
Le document de la Conférence Générale de l'Episcopat
Latino-américain (Celam IV. Saint-Domingue, 1992) recueille les idées
fondamentales sur la "nouvelle
évangélisation":
·
il la définit (Celam IV 24; cf. VC
81),
·
et en indique les destinataires
(ib. 25; cf. VC 79.80), la finalité (Ib. 26; RMi 33) et le contenu (Ib 27).
"Cette
évangélisation trouvera sa force rénovatrice dans la fidélité à la parole de
Dieu, son lieu d'accueil dans la communauté ecclésiale, son souffle créateur
dans l'Esprit-Saint, qui crée dans l'unité et la diversité, alimente la
richesse charismatique et ministérielle, et se projette dans le monde par le
biais de l'engagement missionnaire" (Celam IV 27).
L'expression "nouvelle
évangélisation" est devenue le mot-clé préféré de Jean Paul II. Ce
mot-clé, après avoir été prononcé pour la première fois en Amérique Latine, a
été appliqué ensuite à l'Europe et aux pays christianisés mais engagés dans un
processus de sécularisation.
A différentes occasions, le Pape lui-même à invité
l'Eglise à une réflexion continue sur les aspects que ce nouveau défi
représente pour en éclairer le contenu et trouver des formules mieux adaptées à
sa réalisation, insistant sur le fait qu'elle doit être "nouvelle dans son ardeur, dans ses méthodes et dans son
expression” (Celam IV 28).
Nous indiquons ci-dessous les contenus qui nous semblent
les éléments fondamentaux de la nouvelle évangélisation:
·
Expression claire du message
évangélique qui annonce le dessein salvifique de Dieu, manifesté en Jésus comme
total salut de l'homme.
·
Un style strictement testimonial à
la lumière du radicalisme évangélique, comme fruit d'une conversion personnelle
et d'un processus d'auto-évangélisation.
·
Option pour les pauvres et pour
ceux qui souffrent, comme priorité dans n'importe quelle circonstance de la
vie.
·
Engagement pour la promotion
humaine, la justice et la solidarité pour promouvoir la dignité de l'homme
voulue par Dieu.
·
Responsabilité de tous les membres
de l'Eglise en tant qu'agents évangélisateurs dans les différents secteurs et
les domaines où ils se trouvent.
·
Promotion de la rencontre et du
dialogue entre culture et foi pour répondre aux profondes attentes de l'homme.
Parallèlement à l'évolution de la réflexion théologique,
l'Eglise a toujours été présente dans tous les besoins de l'homme pour les
éclairer de l'Evangile. Elle est présente dans le domaine de l'éducation, dans
le monde de la santé, dans l'activité sociale, dans la famille, l'enfance, la
jeunesse et le troisième âge, parmi les marginaux, les émigrés, dans les moyens
de communication sociale, le volontariat, dans les pays en voie de
développement avec une assistance dans les besoins primaires, dans les camps de
réfugiés, dans la promotion des Organisations non gouvernementales, etc.. Tout
secteur humain est bon pour réaliser la "nouvelle évangélisation".
7. La vie consacrée dans le mystère et dans la
mission de l'Eglise
"La
vie consacrée est placée au coeur même de l'Eglise comme un élément décisif
pour sa mission, puisqu'elle <fait comprendre la nature intime de la
vocation chrétienne>" (VC
3; cf. AG 18).
Notre style de vie et l'activité apostolique au service
de l'homme ont été deux apports primordiaux à l'évangélisation: "Eux aussi, ils ont tout quitté, comme
les Apôtres, pour demeurer avec lui et se mettre, comme lui, au service de Dieu
et de leurs frères. Ainsi, ils ont contribué à manifester le mystère et la
mission de l'Eglise par les multiples charismes de vie spirituelle et apostolique
que leur donnait l'Esprit-Saint, et ils ont aussi concouru par le fait même à
renouveler la société" (VC 1).
Nous mettons en évidence quelques caractéristiques qui
relient la Vie Consacrée à la mission universelle de l'Eglise:
·
La vie consacrée est un don que
Dieu a accordé à l'Eglise (cf. LG 43; VC 3).
·
Elle est inspirée par
l'Esprit-Saint (cf. PC 1; VC 5,19).
·
Elle est ancrée dans l'être le plus
profond de l'Eglise et exprime la mission salvifique de cette dernière (cf. LG
43,44; VC 3,5,29).
·
Elle rend possible, à travers
diverses manifestations, l'oeuvre apostolique universelle (cf. PC 1; VC 25,72).
L'homme ou la femme consacré est un témoin qui annonce le
Royaume de Dieu, dans une attitude permanente de don, de gratuité et d'espoir.
A partir de la conversion continue, du fait de vivre les conseil évangéliques
et le Service à l'Eglise, s'établit un nouveau rapport entre Dieu et l'homme,
pour réaliser ainsi le projet d'une humanité sauvée et réconciliée avec le
Christ: "Dans l'Eglise, en ce qui concerne
sa mission de manifester la sainteté, il faut reconnaître que la vie consacrée
se situe à un niveau d'excellence, car elle reflète la manière même dont le
Christ a vécu. C'est pourquoi il y a en elle une manifestation particulièrement
riche des biens évangéliques et une mise en oeuvre plus complète de la finalité
de l'Eglise, qui est la sanctification de l'humanité" (VC 32).
L'annonce de l'Evangile est une priorité de la Vie
Consacrée et, en celle-ci, nous trouvons nombre de ses agents les plus représentatifs
et charismatiques. Elle a contribué à l'évangélisation avec les réponses que
les Familles Religieuses ont données aux différents défis historiques. Dans les
vie et les oeuvres de leurs Fondateurs, dans leur capacité d'interpréter les
signes du temps pour répondre aux exigences qui se présentaient, nous trouvons
leur contribution la plus significative selon les différents charismes:
Dans la réalité actuelle, il est de notre devoir de
mettre en évidence le témoignage de vie des religieux et des religieuses en
faveur de la promotion de la dignité humaine, de la paix dans des pays comme le
Mozambique, le Vietnam, la Libéria, le Salvador, l'Algérie, le Rouanda, la
Zaïre... un témoignage souvent marqué par le martyre, présent à toutes les
époques et qui constitue une des formes les plus évidentes de l'évangélisation.
Notre Ordre Hospitalier naît de l'évangile de la
miséricorde, tel que le vécut Saint Jean de Dieu, son Fondateur: "Notre charisme dans l'Eglise est un
don de l'Esprit, qui nous porte à nous identifier avec le Christ compatissant
et miséricordieux de l'Evangile" (Const 1984, 2a), qui nous unit à la
mission de Jésus: nous sommes envoyés dans le monde et "nous proclamons la grandeur de l'amour de Dieu et nous montrons
aux hommes qu'Il continue à s'intéresser à leur vie et à leurs nécessités"
(Const. 1984, 8).
Nous, religieux de Saint Jean de Dieu, nous assumons la
mission de l'évangélisation comme expérience et annonce de la foi en Jésus: "La mission d'annoncer l'Evangile à
toutes les nations, que l'Eglise a reçue de son Seigneur, s'adresse aussi à
nous, Frères de Saint Jean de Dieu. Conscients de notre responsabilité dans la
diffusion de la Bonne Nouvelle, nous maintenons toujours vivant en nous
l'esprit missionnaire" (Const. 48ab).
L'histoire de notre Ordre témoigne de façon éloquente que
nos Confrères ont su manifester le message libérateur du Christ aux pauvres et
aux marginaux, en exerçant un apostolat pleinement évangélique, destiné à
proclamer la miséricorde de Dieu envers les malades et les nécessiteux.
Deuxième chapitre
JEAN DE DIEU:
FRERE ET SERVITEUR POUR LE SALUT DE TOUS
1. Jean de Dieu séduit par la miséricorde de Dieu
Jean de Dieu s'est identifié intimement à Jésus de
Nazareth dans ses attitudes et gestes de miséricorde et de solidarité envers
les pauvres: il se libéra progressivement de tout égoïsme et de toute tendance
à vivre un christianisme accommodant, il regarda les pauvres et les infirmes de
Grenade à travers la foi et la miséricorde et, animé par l'expérience de Dieu,
en tant que Père miséricordieux, il imita Jésus Christ dans son dévouement
total au service des nécessiteux de son époque pour leur manifester l'amour de
Dieu, les faire participer à son expérience et leur annoncer le salut (cf.
Const. 1984).
Même si le moment-clé de sa rencontre avec Dieu doit être
situé à l'Ermitage des Martyrs de Grenade, le jour de la Saint-Sébastien, alors
qu'il assistait à un sermon du Maître Avila, la lumière définitive qui éclaira
le chemin par lequel l'Esprit Saint le conduisit à suivre en toute pauvreté le
Christ pauvre, inonda sa vie alors qu'il était hospitalisé à l'Hôpital Royal de
Grenade. Voyant comme on traitait ses compagnons d'infortune, il ne put se
retenir et s'exclama:
"Oh, traîtres ennemis de la vertu! Pourquoi traitez-vous si mal et
avec tant de cruauté, ces pauvres malheureux, mes frères, qui se trouvent dans
cette maison de Dieu avec moi? Ne serait-il pas mieux d'avoir pitié d'eux et de
leurs souffrances, de les laver, de leur donner à manger avec plus de charité
et d'amour que vous ne le faites, puisque les Rois catholiques ont donné ce
qu'il fallait pour subvenir aux frais de cet hôpital?" [1]
L'Hôpital Royal fut le noviciat où l'Esprit Saint l'aida
à supporter l'humiliation et la souffrance comme expérience de communion avec
le Christ humilié et outragé. La contemplation du mystère de l'incarnation du
Verbe qu'il voyait sur le visage des pauvres infirmes, ses compagnons, l'aida à
comprendre comment répondre à l'amour infini de Dieu:
"Devant le châtiment qu'on infligeait aux fous qui étaient avec lui,
il s'écriait: "Jésus-Christ, donnez-moi le temps et faites-moi la grâce
d'avoir un hôpital. Je recueillerai les pauvres abandonnés et ceux qui ont
perdu la raison et je les servirai du mieux que je pourrai" .[2]
De cette manière Jean de Dieu réussit à comprendre le
contenu de l'inquiétude qui l'avait empêché de continuer à être pasteur à
Oropesa et d'accepter l'invitation de son oncle à rester à Montemor quand,
revenu de Vienne, il se rendit dans son
pays natal pour retrouver sa famille:
"Monsieur mon oncle, puisque Dieu a voulu rappeler à lui mes parents,
je ne veux pas rester dans ce pays, je veux trouver un endroit où je pourrai
servir notre Seigneur, hors de mon pays, comme le fit mon père, dont je suivrai
le bon exemple. Je n'ai été jusque-là qu'un misérable pécheur; il est donc
juste que je consacre au Seigneur qui me l'a donnée la vie qui me reste à vivre
ainsi qu'à faire pénitence. Je suis sûr que Notre Seigneur Jésus-Christ me fera
la grâce d'exaucer mon désir". [3]
A l'Hôpital Royal, Juan Ciudad recueillit les fruits de
efforts généreux en faveur de la famille Almeida au cours de son séjour à
Ceuta; à l'Hôpital Royal, il reçut la réponse à la confession générale et à
l'incessante prière qu'il adressa à Dieu à Gibraltar:
"... je vous supplie.. de m'indiquer le chemin pour vous servir et
être votre esclave à jamais. Donnez enfin paix et tranquillité à cette âme qui
le désire de toutes ses forces et avec raison". [4]
Dieu lui montra le chemin et Jean se mit à le parcourir
avec tout l'amour que Dieu avait fait naître dans son coeur. Il n'abandonna
plus jamais ce chemin, trouvant la paix et la sérénité à laquelle il avait
toujours aspiré, parce qu'il découvrit le "trésor" pour lequel il
valait la peine d'engager sa propre vie: Se faire esclave, prisonnier, pour
Jésus Christ en se dévouant à l'amour et au service de ses frères et de ses
prochains (Cf. 2GL 7.8).
François de Castro, son
premier biographe, le présente comme enivré par le vin de la charité:
"Notre Seigneur avait doté son serviteur d'une si grande charité qu'Il
lui inspirait des actions fort singulières au point que certains, le jugeant
superficiellement, l'accusaient d'être prodigue et dissipateur. Ils ne
comprenaient pas que notre Seigneur, l'ayant introduit dans son cellier,
l'avait comblé de charité et enivré de son amour. Jean était tellement imprégné
de l'amour de Dieu qu'il ne refusait jamais ce qui lui était demandé en son
nom".[5]
2. Témoin de l'hospitalité de Dieu
A partir du moment où il se donna définitive à Dieu, la
vie de Jean se résuma à se laisser envahir par l'hospitalité de Dieu.
L'Hospitalité, avec un "h" majuscule, voulait dire pour lui se
laisser envahir par l'accueil miséricordieux de Dieu, par sa bienveillance et
son pardon. Il se sentit accueilli de "façon hospitalière" par Dieu
le Père, il se sentit joyeusement fils de Dieu, si bien qu'à la fin, tous ses
efforts étaient destinés à manifester cette filiation en vivant comme Jésus:
avec une totale docilité à la volonté du Père, et un dévouement total pour
créer des espaces et des relations fraternelles.
Il commença sa mission de service en faveur des pauvres
et des infirmes de Grenade avec l'aide de Dieu, sans un ducat en poche, en se
donnant totalement, sans se ménager et sans se reposer ni le jour ni la nuit.
Au début, les gens de Grenade pensèrent qu'ils étaient en présence d'une
étrange forme de "folie". Peu à peu ils découvrirent qu'il s'agissait
d'une vrai "folie": une folie qui avait bouleversé son monde
intérieur et changé son coeur. Il avait tout simplement été contaminé par la
"folie d'amour" manifestée par Dieu en Jésus Christ son Fils, lequel
se fit pauvre pour nous communiquer la richesse, esclave pour nous rendre la
liberté et qui donna sa vie au service pour tous, pour que tous reçoivent la
vie de Lui.
Jean de Dieu fut un pauvre déconcertant, à une époque où
la mendicité était une "profession" assez courante. Il surprit les
habitants de Grenade lorsqu'après avoir décidé de suivre le Christ pauvre en
abandonnant sa petite boutique de libraire et en donnant le peu qu'il avait aux
pauvres, il décida d'organiser un lieu pour accueillir, donner à manger et
assister les pauvres infirmes de Grenade. Il suscita une certaine curiosité
quand, tard dans la nuit, il se mit à crier: "Faites le bien mes Frères, faites du bien à vous-même en faisant
l'aumône aux pauvres". Et on lui faisait l'aumône. Avec cet argent il
réussit d'abord à organiser un petit refuge, ensuite un tout petit hôpital et
plus tard, il acheta un vieux couvent pour y installer ce que l'on pourrait
considérer son premier hôpital, à la Cuesta de Gomeles, dans lequel, comme il
le disait lui-même, plus de 140 personnes, infirmes, pauvres et pèlerins,
furent assistés.
Dans son hôpital il accueillit et servit comme des frères
des pauvres et des infirmes, des prostituées décidées à changer de vie, les
bienfaiteurs qui l'aidaient à faire le bien, les compagnons qui souhaitaient
vivre auprès de lui. Sans la moindre
prétention de faire "école", le témoignage de vie de Jean
contamina ceux qui se trouvaient autour de lui, de sorte que son hôpital se
transforma en un lieu où l'on vivait, transmettait et expérimentait
l'hospitalité.
Bien qu'il consacrait à l'hôpital les meilleures forces
de son engagement charitable, pas une misère ne laissa le coeur de Jean
indifférent. Sur le visage des pauvres, il contemplait celui du Seigneur et son
coeur l'empêcha de rester aveugle; il essayait toujours de trouver un remède à
leurs besoins. Jean, le plus pauvre de tous, sut convaincre ceux qui pouvaient
le soutenir dans son apostolat. Il écrivit à la Duchesse de Sessa:
"... l'autre jour, de passage à Cordoue, j'ai trouvé, en parcourant la
ville, une maison où régnait la plus profonde misère. Il y avait là deux jeunes
filles dont le père et la mère, perclus depuis dix ans et malades, devaient
garder le lit. A les voir si pauvres et si mal soignées, j'ai eu le coeur
brisé.... mes protégés m'ont écrit une lettre et j'ai le coeur brisé de ce
qu'ils me disent. Si grande est mon indigence que, le jour où il me faudra
payer les ouvriers, il y aura des pauvres qui n'auront pas de quoi manger...
Aussi, bonne duchesse, mon désir, s'il plaît au Seigneur, est de vous voir
profiter de cette occasion pour faire l'aumône que ces gens-là ont perdue" (1 DS 15-17).
Et à Gutierre Lasso:
"... à la vue des souffrances de tant de pauvres, mes frères et mes
semblables, aux besoins corporels et spirituels si grands, je suis bien triste
de ne pouvoir les secourir... (..) Mon frère très aimé et très cher dans le Christ
Jésus, j'ai voulu vous rendre compte de mes travaux, car je sais que vous les
appréciez charitablement, comme moi-même je le ferais pour les vôtres. Que
notre Seigneur vous récompense au ciel pour toutes vos bonnes oeuvres, faites
pour son amour, en faveur des pauvres et de moi-même" (2 GL 8.13).
3. Il contamina les autres avec son amour pour le
prochain
Jean de Dieu se définit lui-même le "frère de
tous". C'est probablement une des meilleures définitions que l'on peut
donner de lui, parce qu'il vécut et manifesta la fraternité indistinctement aux
pauvres et aux infirmes, aux riches tombés en disgrâce, aux soldats en
difficulté, aux prostituée et aux "dames" de l'Andalousie et de la
Castille qui, avec leur aumône, l'aidaient à réaliser son apostolat de charité.
Chez les habitants de Grenade, il y eut un changement
radical de l'image de Jean de Dieu. Castro nous dit:
"... au point que les gens qui l'écoutaient étaient persuadés que sa
folie ne l'avait pas quitté tout à fait. Il en fut ainsi jusqu'au jour où la
semence enfoncée en terre portât enfin ses fruits divins" [6](Chap.
XI).
Comme le dit ce même texte, les gens changèrent petit à
petit d'attitude vis-à-vis de lui, voyant la cohérence de sa vie, son
dévouement total et désintéressé, sa constance, son esprit de sacrifice, sa
façon de demander et l'universalité de son amour. Nous pouvons affirmer qu'à
Grenade on passa du doute, quant à sa personne, à une identification totale
avec Jean de Dieu à travers les passages suivants:
·
L'admiration. Le premier sentiment positif vis-à-vis de sa personne fut la surprise.
C'est le même Jean de Dieu que nous avons vu fou? Qu'est-ce qu'il a changé! Sa
nouvelle vie démontrait en effet le changement qui s'était produit; mais plus
qu'un changement, sa nouvelle vie révéla qui était vraiment Jean de Dieu.
·
L'acceptation. A l'admiration suivit l'acceptation: Jean de Dieu commença à être aimé de
tous. Il faisait des choses que nul autre faisait, et dans sa maison il
accueillait tout le monde sans distinction: malades, pauvres, pèlerins, etc..
Il n'était pas fou, mais lucide, je dirais même très lucide. Il était aimé des
malades, des pauvres, des riches, des autorités civiles et ecclésiastiques.
·
La collaboration. Après l'acceptation, il bénéficia de la collaboration.
L'oeuvre de Jean de Dieu devint l'oeuvre de toute la ville de Grenade qui la
sentit sienne. C'était une oeuvre soutenue par le peuple à tous points de vue:
l'argent, l'engagement personnel, la collaboration d'amis et de compagnons.
Tous, petit à petit, se sentirent les protagonistes de l'hôpital de Jean de
Dieu. Plus qu'une collaboration, on assista à une véritable identification avec
l'oeuvre de Jean.
·
Le souvenir. Jean de Dieu ne pouvait pas mourir tout à fait. Son amour continuait
imprégner chaque ruelle, chaque coin de la ville. Ses funérailles furent une
grande manifestation affectueuse pleine de vénération. Castro nous raconte:
"Jamais aucun prince, empereur ou monarque du monde ne reçut de tels
honneurs". [7]
L'esprit de Jean de Dieu continuait à vivre chez ses
frères qui perpétuaient son oeuvre à Grenade et l'étendaient sur les cinq
continent, faisant en sorte, qu'aujourd'hui, il ne soit pas seulement un
personnage historique mais une présence vivante parmi nous.
4. Ses premiers compagnons
Jean de Dieu exerçait un grand charme sur ceux qui
l'approchaient. Grâce à François de Castro nous savons que pour un certain
temps, il était tout seul à s'occuper de son oeuvre. Plus tard s'unirent à lui
des bénévoles, des infirmiers salariés, des amis comme Jean d'Avila, que le
Saint appelait affectueusement Angulo, pour l'aider et l'accompagner dans ses
travaux et ses voyages. Toutes ces personnes ont été contaminées par
l'intégrité de son existence et par sa capacité de transmettre l'exigence
chrétienne de vivre la charité et le service en faveur des pauvres.
Les premiers Frère de Jean de Dieu sont, eux aussi, le
fruit de sa grande charité. Par une de ses lettres nous savons que le Saint se
rendait parfaitement compte que son mode de vie exigeait des attitudes personnelles
qui devaient se manifester dans un dévouement total aux choses divines, un
engagement inconditionnel en faveur des pauvres, dans une intégrité de vie,
fondée sur la grâce de Dieu, sur la prière et sur la pratique des sacrements.
(cf. LB passim). Quand il les choisit, il ne se laissa pas influencer par les
préjudices, ni confondre par des éléments extérieurs, parce qu'il avait
expérimenté sur lui que la miséricorde de Dieu peut transformer le coeur de
l'homme qui se laisse séduire par sa miséricorde.
En effet, ses premiers compagnons furent en général des
personnes loin de Dieu, ayant mené une vie plus ou moins déréglée, mais qui
furent impressionnés par son dévouement, sa parole et par son témoignage de
charité. A son contact, ils changèrent d'attitude, mais surtout, ils
souhaitèrent vivre avec lui sa mission, en créant ainsi une nouvelle famille
religieuse.
Tout le monde connaît l'histoire d'Antón Martín et de
Pedro Velasco. Comme cela nous a été rapporté par de nombreux témoins au procès
de béatification, il s'agissait de deux ennemis; Pedro avait assassiné le frère
d'Antón lequel souhaitait se venger. La charité et le zèle apostolique de Jean
de Dieu les transforma, d'abord en frères, ensuite en collaborateurs de son
oeuvre et, enfin, ils devinrent ses premiers compagnons.
Quant à Simon d'Avila, l'histoire nous le présente comme
un détracteur de Jean de Dieu; il le décriait et le suivait de près pour
l'épier quand il rendait visite aux pauvres veuves et aux jeunes filles dans le
besoin. Le suivant pas par pas avec l'intention de démasquer ce qu'il croyait
être une fausse charité, il acquit une connaissance tellement profonde de sa
vie qu'il se transforma et devint en grand admirateur de Jean de Dieu. Mû par
la grâce divine, il fut attiré par son style de vie et devint un de ses
compagnons.
Dominique Piola était un commerçant qui avait accumulé
une grande richesse. Ses contacts avec le Saint transformèrent petit à petit sa
vie; il s'identifia à lui et décida d'abandonner les biens terrestres pour le suivre
et imiter sa charité. Avant de l'accepter, Jean de Dieu, lui demanda de mettre
de l'ordre dans ses affaires. Il vécut par la suite, à ce qu'en disent ceux qui
l'ont connu, en donnant le bon exemple.
Par contre, nous savons peu de choses de la vie de Juan
García avant de devenir un compagnon de Jean de Dieu. Attiré par le témoignage
de Jean de Dieu, il s'unit à lui pour travailler dans son hôpital. Sa grande
charité et disponibilité à servir les malades l'amena à rester pour toujours
avec les infirmes à l'hôpital.
5. Les signes prophetiques et evangelisateurs de
sa vie
Il est difficile de résumer en quelques paroles les
caractéristiques de l'esprit prophétique et évangélisateur de la vie de jean de
Dieu. En résumé, nous nous attarderons sur les points qui suivent sans
toutefois prétendre traiter ce sujet de manière exhaustive.
5.1. Sa relation intime avec Dieu
Comme résultat de l'expérience de se sentir aimé
miséricordieusement par le Père, Jean développe progressivement la communion
avec Dieu, qui l'invite à vivre l'amour comme une adhésion filiale à sa
volonté. En l'acceptant, il nous révèle qu'il a découvert en Jésus et appris
par Lui que pour rester dans l'amour du Père, il faut accomplir sa volonté.
(cf. Jn 15, 9-10; 14, 31)
A partir de sa conversion, Jean développe ses attitudes
de foi, de charité et d'espoir de telle manière que son vouloir correspond à
celui de Dieu.
5.2. La foi
La foi le conduit à accepter dans son existence la
présence salvifique de Dieu avec une telle profondeur que c'est Dieu lui-même
qui la façonnait. Son Surnom "de Dieu" nous l'indique. Jean ne
s'appartient plus, il appartient à Dieu. Il ne vit plus pour lui-même mais pour
Dieu et son Royaume.
En se fortifiant à partir de cette expérience de foi, en
tant qu'acceptation joyeuse de la présence et du salut de Dieu dans sa propre
existence, Jean adopta ces attitudes qu'il recommanda plus tard dans ses
lettres:
"Dieu avant tout et par-dessus tout ce qui est au monde" (Début des lettres)
"... il faut endurer tout cela pour Dieu... le tout pour Dieu... pour
tout ce qui vous arrive en bien ou en mal, vous devez rendre grâce à Dieu”. (LB. 9)
"... Quand au bien que l'homme fait, il n'est pas sien, mais à Dieu. A
ce Dieu donc, honneur, gloire et louange, car tout lui appartient". (1 GL. 11)
5.3. La charité
Jean de Dieu est le Saint de la Charité. L'amour envers
Dieu et le prochain est le moteur et l'objectif de son existence. Pour lui, la
charité est:
·
la manifestation de communion avec
Dieu: "Ayez toujours la charité; car
là où il n'y a pas de charité, Dieu n'est pas, bien qu'il soit en tout
lieu" (LB. 15)
·
"la mère de toutes les
vertus" (1 DS 16)
·
une preuve d'amour envers Jésus: ".. je connais aussi votre grand amour
pour notre Seigneur et votre pitié pour ses enfants, les pauvres". (2
GL. 10)
·
une garantie pour le pardon des
péchés: "... de même que l'eau
éteint le feu, la charité étouffe le péché". (1 DS. 13)
·
"l'âme" de la compassion
et du dévouement aux autres: "A la
vue des souffrances de tant de pauvres, mes frères et mes semblables, aux
besoins corporels et spirituels si grands, je suis bien triste de ne pas
pouvoir les secourir". (2 GL.8)
L'amour pour ses semblables devient l'"âme" qui
anime sa vie. Il vit le christianisme en imitant parfaitement le Christ, en
aimant ses semblables, même si cet amour n'est pas réciproque. Il en arrive à
vivre l'amour chrétien dans son exigence la plus déconcertante, en aimant ses
ennemis, en faisant le bien aussi bien aux "bons qu'aux méchants".
François de Castro nous raconte un épisode à ce propos. Des personnes sans
doute bien intentionnées informèrent l'Archevêque Guerrero que Jean de Dieu
accueillait des gens aux moeurs douteuses dans son hôpital et qui, d'après eux,
jetaient le discrédit sur sa personne. L'Archevêque l'appela et l'invita à ne
pas accueillir ceux qui n'en étaient pas "dignes".
"Mon bon prélat, mon père, c'est moi qui suis le méchant,
l'incorrigible, l'inutile méritant d'être chassé de la maison de Dieu. Les
pauvres de mon hôpital sont bons et n'ont pas de vices. Et puisque Dieu tolère
les bons et les méchants, que le soleil se lève tous les jours sur tous, il me
paraît peu raisonnable de chasser les abandonnés et les affligés de leur propre
maison". [8]
Par amour de Dieu, il supporta avec patience de grands
affronts et les accepta comme une manière de souffrir pour le Christ,
s'identifiant à Celui qui, au mal qu'on lui faisait, répondait par le bien (cf.
LB. 10). Il sait parfaitement que là où il n'y a pas de charité Dieu n'est (cf.
LB. 15); c'est ainsi qu'il le formule dans ses lettres.
Particulièrement sensible à la douleur d'autrui, son
coeur se brise lorsqu'il rencontre des personnes qui sont dans le besoin. Il
accueille tout le monde dans sa maison, au risque d'être accusé de trop de
générosité. Mais il est conscient que son destin est rendre présente la
miséricorde de Dieu et d'aimer tous ses semblables sans limites, avec une
attitude évangélique et un sens prophétique authentique.
5.4. L'espérance
Pour Jean de Dieu, l'espérance est:
"... espérance en Jésus-Christ seul: car pour les peines et les
infirmités supportées par amour pour lui, en cette misérable vie, il nous
accordera la gloire éternelle, en considération des mérites de la sainte
Passion et dans sa grande miséricorde". (3 DS. 9)
Il l'a décrit de manière précise en disant:
"... mon très aimé et très cher dans le Christ Jésus, à la pensée de
mes si lourdes dettes, il m'arrive bien souvent de n'oser sortir de la
maison... Cependant, je mets ma confiance en Jésus Christ seul; il me libérera
de mes dettes, car il connaît mon coeur" (2 GL. 7.8; cf. 1 DS. 6; 2 DS. 7.20).
"... La présente lettre est pour vous faire part de mon extrême
affliction et de ma grande tristesse - et de tout cela, je rends grâce à notre
Seigneur - car... si nombreux sont les pauvres qui se présentent ici que,
souvent, je suis stupéfait qu'on puisse les nourrir; mais Jésus Christ pourvoit
à tout et leur donne de quoi manger". (2 GL. 3)
" ... le seigneur pourvoit à tout. Grâces lui en soient rendues à
jamais! Amen Jésus." (2
GL. 9)
"... après le travail nous devons rendre grâce à notre Seigneur Jésus
Christ. N'use-t-il pas envers nous une si grande miséricorde" (2 DS. 18).
5.5. Sa solidarité envers les pauvres et les
infirmes
Jean de Dieu se consacre totalement au service des
infirmes et des nécessiteux, à partir d'un engagement personnel qui l'amène à
s'identifier à eux: il se "vide de lui-même" pour se situer au niveau
de ses "frères et de ses semblables" de manière à pouvoir entrer dans
un dialogue amoureux avec eux, un dialogue qui se concrétise dans son service
et dans le don de sa vie pour soulager leurs besoins.
Ceci constitue un aspect important de sa vie: il ne sert
pas seulement les pauvres, il embrasse la vie et le sort des pauvres qu'il
sert. Il le dit très clairement dans une lettre à Gutierre Lasso:
"La présente lettre est pour vous faire part de mon extrême affliction
et de ma grande détresse... je me trouve, ici, endetté et captif pour Jésus
seul; je dois plus de deux cents ducats... à la pensée de mes dettes si
lourdes, il m'arrive bien souvent de n'oser sortir de la maison... j'ai voulu
vous rendre compte de mes travaux, car je sais que vous les appréciez
charitablement, comme moi-même je le ferais pour les vôtres. Je connais aussi
votre grand amour pour notre Seigneur et votre pitié pour ses enfants, les
pauvres, ce qui m'incite à vous exposer leurs besoins et les miens". (2 GL. 1.7.8.10)
Fort de cette profonde identification, qui le fait sentir
pauvre et nécessiteux, et de son "vidage" personnel, Jean de Dieu
peut offrir son service et remédier aux besoins de pauvres sans blesser leur
"dignité" ou tomber dans un comportement "paternaliste". Il
arrive ainsi à comprendre parfaitement la situation de chacun. Comme Christ,
Jean de Dieu vit la compassion qui naît de l'amour: il souffre avec ceux qui
souffrent et espère avec ceux qui n'ont rien.
5.6. La prière
A première vue, Jean de Dieu apparaît comme une personne
extrêmement active. Toutefois, dans sa bulle de canonisation, l'Eglise le
présente comme un modèle de charité et de profonde prière. Nous pouvons déduire
clairement de sa biographie ce trait caractéristique de sa manière d'être
chrétien: il a su parfaitement conjuguer le verbe aimer dans ses deux sens,
aimer Dieu et son semblable, en trouvant cette harmonie existentielle que seul
l'amour est en mesure de communiquer. Son oeuvre de charité se renouvelle et
prend ses forces dans son contact permanent avec Dieu, contact qui advient non
seulement dans les moments de prière, fort nombreux, mais aussi dans son
dévouement aux autres, ce qui lui permet de réaliser une lettre à la lumière de
la foi en la vie, de la souffrance, de la pauvreté, de tout.
Son style de prière est très simple, analogue à celui
d'un quelconque chrétien de son époque: il récite les prières recommandées par
la Sainte Mère l'Eglise; il médite sur la passion du Christ, en particulier le
vendredi; il apprécie l'utilisation du chapelet; il assiste aux célébrations
eucharistiques; il se confesse souvent; il rend visite régulièrement à son
directeur spirituel; il s'en remet au Seigneur, prêt à accomplir sa volonté, il
se fie totalement de Jésus, il lui rend régulièrement grâce pour sa grande
miséricorde et pour son amour et sa bonté, et il accomplit le bien et la
charité en faveur des pauvres et des infirmes (cf. DS 18.19).
On peut affirmer sans l'ombre d'un doute que Jean de Dieu
est un homme de prière, un prophète qui sait capter Dieu et se mettre en
contact avec lui partout, malgré l'activité frénétique qui l'absorbe.
5.7. L'ascète
A partir de sa conversion, Jean de Dieu commence à mener
une vie très dure qui nous est décrite en ces termes, dans le chapitre XVII de
sa biographie, par François de Castro:
"Les efforts continus que Jean de Dieu accomplissait pour recueillir
des fonds et ainsi pouvoir subvenir aux besoins des pauvres, sans compter les
demandes incessantes et le harcèlement des gens, étaient en eux-mêmes une
grande pénitence et une mortification de la chair. Pour un être fort et en
bonne santé mais ne devant pas compter que sur ses seules forces, cette
pression constituerait un poids à peine supportable... Et pourtant, le Frère
Jean de Dieu ne s'en contentait pas; en plus il mortifia sa chair à force de
sacrifices et de privations pour l'assujettir à son esprit" .[9]
Plus loin, il continue ainsi:
" Les efforts fournis par Jean de Dieu pour soulager les souffrances
des autres, étaient tels (les kilomètres parcourus au cours de ses voyages, le
froid dont il souffrait beaucoup, le travail quotidien en ville) qu'ils le
minèrent profondément". [10]
En s'appuyant sur ces témoignages, on pourrait dire que
son ascétisme se manifesta en particulier dans les trois aspects qui suivent:
·
Tout d'abord, le peu d'attention
qu'il a pour son corps, il ne le traite pas avec délicatesse; il vit pour les
pauvres et il s'identifie à eux. Dans ses lettres, il fait plusieurs allusions
à la nourriture et aux vêtements (cf. 2 DS 13) et l'on se rend compte qu'il
avait besoin de très peu de choses pour vivre. Le travail, le peu de sommeil
qu'il s'accordait, son austérité reflète constamment son ascétisme.
·
Le second aspect réside dans toutes
les exigences liées à son dévouement aux autres, c'est-à-dire: être attentif
aux malades, suivre le cours de leur maladie, leur rendre visite même quand il
rentre à la maison fatigué, sortir pour demander l'aumône, s'occuper de la
réinsertion sociale des prostituée, donner des explications et convaincre ses
créanciers. Son ascétisme est tel qu'il rend grâce à Dieu aussi bien pour le
bien que pour le mal.
·
Le troisième aspect est que, pour
pouvoir réaliser tout cela, à partir de sa conversion, Jean de Dieu commence à
se vider de lui-même pour pouvoir se remplir de l'amour de Dieu. Après avoir
écouté le sermon du Maître Avila, il voudrait qu'on ne tienne pas compte de
lui: il se déshabille, se jette dans la boue, laisse que les autres se moquent
de lui et le prennent pour un fou. Il dit de lui-même que c'est un grand
pécheur et il le confirme aussi à l'Archevêque Guerrero au moment de sa mort.
Le vendredi quand il exhorte les prostituées à changer de vie, il le fait en
confessant ses propres péchés; il est, dit-il, la seule personne indigne de
rester dans son hôpital... Lui qui avait atteint le sommet le plus haut de
l'amour et de la sainteté, sentait qu'il n'était rien. Et ceci constitue une
autre de ses expressions prophétiques.
5.8. La collaboration avec les laïcs
Son oeuvre était ouverte non seulement aux malades et aux
pauvres mais aussi à toutes les personnes qui souhaitaient collaborer avec lui.
Cela commence par les aumônes des habitants de Grenade;
il est soutenu par le travail que les pauvres eux-mêmes commencent à faire dans
la maison, et, avec eux, les pèlerins et les prostituées, auxquelles il demande
de l'aider en particulier; il a des infirmier qui travaillent à l'hôpital quand
il est dehors pour demander l'aumône; Juan de Avila (Angulo) l'accompagne dans
ses sorties; les bienfaiteurs deviennent, grâce à leurs aides, les
protagonistes permanents de l'hôpital. La ville de Grenade ressent son absence
lorsqu'il se rend à Valladolid, pour aller à la cour, et qu'il y reste neuf
mois. A son retour, la ville organise une grande réception.
Tout ceci n'est que l'expression de la conviction qu'il a
de réaliser une oeuvre avec la participation de tous, en donnant son poids à
chaque personne qui y contribue avec grande ouverture et universalité. Son
oeuvre fut donc, dès le départ, une oeuvre des collaborateurs croyants ou non
croyants, qui s'identifiaient à son esprit humanitaire vis-à-vis de ceux
auxquels il souhaitait témoigner la force du salut.
5.9. Sa sagesse
Jean de Dieu était un homme sage, doté d'une sagesse
biblique qui naît de la simplicité, de l'humilité, de la croissance en la
fidélité à l'appel de Dieu, de l'harmonisation de sa propre existence à ce
qu'il croyait être fondamental pour sa propre vie.
Ses réponses sont de plus en plus réfléchies et les gens
le considère de plus en plus comme un homme plein de bon sens.
5.10. Son harmonie et sa sérénité
Les journées de Jean de Dieu étaient pleines; il n'avait
pas de temps à "perdre", étant donné que les besoins de l'hôpital et
l'assistance des pauvres ne lui laissaient même pas "le temps d'un credo" (1 GL 4). Malgré cela il tenait à
leur rendre visite un par un, il s'intéressait de leur état et de la façon dont
ils avaient passé la journée en son absence. Quand il se trouvait en face de
quelqu'un qui souffrait, il n'était pas pressé: il l'accueillait, l'écoutait
avec calme et lui offrait un remède à ses maux, dans la limite du possible.
Castro nous raconte:
"Telle était la foule qui accourait le voir que bien souvent la maison
suffisait à peine. Assis au milieu d'eux, Jean écoutait avec une patience
infinie les problèmes de chacun. Jamais quelqu'un ne s'en allait qui n'ait reçu
quelque réconfort, sous la forme d'une aumône ou d'une parole
chaleureuse". [11]
5.11. Son esprit d'évangélisation
Jean de Dieu est un apôtre qui a une vision universelle
et oecuménique de la vie, qu'il a puisée dans son expérience de salut de Dieu
et grâce à laquelle il a expérimenté que Dieu est le Père de tous et qu'il aime
tous les hommes indistinctement et gratuitement. Cette expérience est à la base
de son esprit apostolique. Il la transmet à travers ses gestes d'amour
universel et il l'annonce par la parole et par écrit, en exhortant tout le monde
à agir selon le style de Dieu:
"Si nous considérions combien est grande la miséricorde de Dieu,
jamais nous ne cesserions de faire le bien quand nous le pouvons" (1 DS 13).
De là son grand désir d'amener les personnes à vivre
centrés sur Dieu, à expérimenter le salut et à apprécier la valeur fondamentale
de l'être humain. Avec le langage de son temps, il nous dit qu' "une âme est plus précieuse que tous
les trésors du monde" (1 DS 17).
De là, son intérêt pour profiter de toutes les occasions
pour présenter la Bonne Nouvelle. L'annonce du Salut est une exigence
profondément enracinée dans son coeur. Sa charité ne se limite pas à résoudre
des problèmes et des besoins d'ordre social; son dévouement pour l'homme a
comme but principal la promotion sociale des marginaux et l'assistance des
malades. Il vit et réalise son service en faveur des pauvres et des infirmes
comme une manière personnelle d'imiter Jésus, d'annoncer l'Evangile et de
manifester l'amour de Dieu pour les hommes, en particulier pour les plus faibles.
Il déclare lui-même, en faisant une liste de ses besoins
et problèmes:
".. je suis endetté et captif pour Jésus seul" (2 GL 7).
Et à la fin de sa lettre:
"Jean de Dieu qui désire le salut de tous les hommes comme le sien
propre. Amen Jésus".
Evidemment, il ne s'occupe pas seulement de soins
corporels et de résoudre des problèmes d'ordre économique et social:
·
chaque vendredi, il se rend dans
les maisons closes pour évangéliser les prostituées;
·
il enseigne le catéchisme aux
enfants et aux assistés de son hôpital;
·
il se préoccupe de l'assistance
religieuse et de l'administration des sacrement aux malades de l'hôpital;
·
il oriente spirituellement les
personnes avec lesquelles il entretient des rapports:
*
Luis Bautista, pour ce qui est du discernement des vocations;
*
Gutierre Lasso, pour des affaires de famille et pour l'avenir de ses enfants;
* les lettres à la Duchesse de
Sessa, en particulier la troisième, sont pleines d'indications d'ordre
spirituelles.
Jean de Dieu réalise un service complet aux personnes en
partant de son identité de croyant engagé, par conséquent, il ne s'arrête pas à
un seul niveau de l'homme. Il le dit très bien dans les mots qui suivent:
"... à la vue des souffrances de tant de pauvres... aux besoins
corporels et spirituels si grands...” (2 GL 8).
De plus, il ne se consacrait pas seulement aux personnes
qui étaient accueillies dans son hôpital, son amour était ouvert à tous:
"Venaient à Lui toutes sortes de pauvres nécessiteux, des veuves et
des orphelins très respectés qui le visitaient en secret, des personnes aux
prises avec la justice, des déserteurs, des paysans pauvres... Il portait
secours à tous, chacun selon ses besoins et ne renvoyait personne sans l'avoir
réconforté” [12]
(...) “sans compter les nombreux étudiants
qu'il aidait, et les pauvres qui avaient honte de se présenter à lui ". [13]
Aujourd'hui, on parle beaucoup de nouvelle
évangélisation, de nouvelle hospitalité, de pastorale de la santé. Le contenu
immuable de la Bonne Nouvelle a trouvé son expression la plus grande en Jean de
Dieu lequel faisait preuve d'une ardeur et d'une attitude qui, aujourd'hui,
nous manquent à nous. Là aussi, on peut reconnaître son prophétisme
caractéristique.
IIème PARTIE
ELUS POUR EVANGELISER
LES PAUVRES ET LES INFIRMES
Aperçu historique
Troisième chapitre
L'ORDRE HOSPITALIER
JUSQU'A LA SECONDE MOITIE DU XIXème SIECLE
1. De la mort de Saint Jean de Dieu à la division
de l'Ordre en deux Congrégations
A vrai dire, les débuts de l'oeuvre du Saint sont très
modestes et simples mais toutefois providentiels, basés sur le style de vie et
sur le témoignage de son Fondateur. C'est seulement à la lumière de la Divine
Providence qu'on peut trouver l'explication de la continuité et du
développement que connut l'oeuvre commencée par Jean de Dieu. Les premiers
hospitaliers trouvent un soutien matériel et moral en la personne de
l'Archevêque de Grenade, Don Pedro Guerrero et en Saint Jean d'Avila, ainsi
qu'auprès d'autres bienfaiteurs. Le support canonique et institutionnel fut
totalement absent: c'était une oeuvre sans structure, sans règles où une
véritable organisation faisait défaut. C'est seulement 37 ans après la mort de
Jean de Dieu, en 1587, qu'eut lieu le
premier Chapitre pour nommer un Général et formuler des Constitutions.
Tout partit de Grenade. Antón Martín fut le successeur de
Jean de Dieu à la direction de l'hôpital. Dans la période comprise entre 1552
et 1565, Frère Juan García dirigea le sort des Frères d'Espagne. Il remit
l'habit à Rodrigo de Sigüenza, Pedro Soriano, Melchor de los Reyes et à Frutos
de San Pedro.
a) Les premières fondations hors de Grenade
Parmi les activités les plus importantes de cette
période, quelques-unes marquent un point fondamental pour l'avenir et le
développement de l'Ordre: le transfert de l'hôpital de la Cuesta de los Gomérez
dans la propriété des Frères de Saint Jérôme; le voyage d'Antón Martín à Madrid
avec la fondation d'un hôpital; et, peu après, la Guerre de la Alpujarras.
Le désir de mettre sur pied au plus tôt et du mieux
possible le nouvel hôpital de Grenade, amena Antón Martín jusqu'à Madrid, en
1552, à la recherche d'aides financières. Les dons furent généreux, en
particulier celui du Prince Philippe et de l'Infante Donna Juanna. Beaucoup de
gens demandèrent à Antón Martín d'ouvrir un hôpital à Madrid, ayant les mêmes
caractéristiques que celui de Grenade. Antón Martín revint à Grenade pour
compléter son projet et repartit pour Madrid où il fonda un hôpital auquel il
donna le nom à l'"Amour de Dieu". Tandis qu'il s'appliquait aux
travaux de l'hôpital et à l'agrandissement de celui-ci, il tomba malade et
mourut la nuit du 24 décembre 1553, non sans avoir désigné, auparavant, dans
son testament les Frères Majeurs ou Supérieurs pour les hôpitaux de Madrid et
de Grenade.
L'oeuvre des Frères de Saint Jean de Dieu progressait
régulièrement, avec grande confiance en la Providence Divine, et avec une
généreuse ouverture au plan de Dieu qui se manifestait à travers les grandes
requêtes que les Frères recevaient pour étendre leur hospitalité. Les vocations
fleurissaient et se multipliaient en Espagne, donnant un essor et une confiance
à nos premiers Confrères pour poursuivre et développer de plus en plus
l'activité hospitalière au service des pauvres et des malades. Ainsi, après la
fondation de Madrid suivit celle de Lucana en 1565; Utera, en 1567; Jerez de la
Frontera, en 1568; Cordoue et Séville en 1570.
La participation des Frères à la guerre de las Alpujarras
et à la bataille de Lépante, ouvrit de nouveaux débouchés, pour ce qui est du
charisme, donnant à celui-ci une signification plus ample. La mission ne se
limita plus seulement au service dans l'hôpital; à partir de maintenant-là,
elle s'étendit aussi à l'assistance des soldats sur terre et en mer, aux expéditions
navales, aux malades touchés par les épidémies, et ceci, dans n'importe quel
coin du monde où l'on avait besoin d'une assistance médicale.
En 1570, le Vénérable Pedro Pecador, fondateur de
l'Hôpital de Notre Dame de la Paz de Séville, et de ceux de Malaga, de
Antequera et Ronda, s'unit à l'Ordre. Saint Jean Grande, fondateur de l'Hôpital
de Jerez de la Frontera, rejoignit l'Ordre lui-aussi. A ces hôpitaux il faut
ajouter ceux de Medinasidonia, Sanlúcar de Barrameda, Arcos de la Frontera,
Puerto de Santa Maria et Villamartín. Leurs disciples respectifs et leurs
hôpitaux furent rattachés à la Congrégation avec eux. Parmi les disciples de
Jean Grande, il y avait Pedro Egipciaco qui sera le premier Général de la
Congrégation Espagnole.
b) Approbation de la Congrégation de Jean de Dieu:
Saint Pie V
En 1570, les Confrères Pedro Soriano et Sebastián se
rendirent d'Espagne à Rome pour demander l'approbation de l'Ordre et obtinrent
de Saint Pie V le Bref "SALVATORIS NOSTRI" (8 août 1571) et la Bulle
"LICET EX DEBITO" (1er janvier 1572) par laquelle on érigea en
Congrégation Religieuse-Hospitalière, le groupe des "Frères de Jean de
Dieu" sous la règle de Saint Augustin et obéissance aux Ordinaires locaux,
on leur accorda aussi un habit propre.
Après avoir obtenu cette approbation en 1572, Frère Pedro
Soriano ne rentra plus en Espagne, il resta en Italie, où il fonda à la fin de
l'année 1572, dans la ville de Naples, l'Hôpital de Notre-Dame de la Victoire.
En 1581, sur la Place di Pietra, il commence son activité à Rome. En 1584, il
se transfert sur l'Ile Tibérine, comme l'atteste sa signature sur le contrat
d'acquisition de l'hôpital Saint Jean Calibite.
c) Erection de l'Ordre: Sixte V
L'institut se répand rapidement et plus important encore:
les Frères vivent avec un zèle authentique l'esprit de charité hérité de Jean
de Dieu. Ils comprennent que le moment est arrivé de constituer un Ordre, avec
des règles et des Supérieurs qui leur soient propres. Le 1er octobre 1586,
Sixte V qui connaît très bien l'oeuvre des Frères, élève la Congrégation au
rang d'Ordre par la Bulle Etsi pro debito, autorisant les Frères à célébrer
leur Chapitre Général, approuver des Constitutions et élire leur Supérieur
Général.
Le Chapitre a lieu à l'Hôpital Saint Jean Calibite du 20
au 24 juin 1587. Le 23 juin, Père Pedro Soriano est élu Supérieur Général de
l'Ordre Hospitalier et sont approuvées les premières constitutions pour tout
l'Ordre.
2. Division de l'Ordre en deux Congrégations
Avec la promulgation du Bref, Ex omnibus, par Clément
VIII, le 13 février 1592, les Frères retrouvent l'état qui précédait
l'approbation de l'Institut par Pie V, ce Bref ne leur permettant pas d'émettre
le voeu de prêter leur services dans les hôpitaux sous l'obéissance des
Ordinaires.
Même si l'intention du Pape n'était pas de provoquer la
séparation juridique des Frères d'Italie avec ceux d'Espagne, celle-ci se
vérifia pour les raisons qui suivent:
·
réintégration partielle de l'Ordre
en Italie avec le Bref Romani Pontifis (9.IX.1596) de Clément VIII;
·
réintégration partielle en Espagne
avec le Bref Piorum virorum (12.04.1608) de Paul V;
·
réintégration totale en Espagne: le
7 juillet 1611, Paul V élève la Congrégation d'Espagne au rang d'Ordre régulier
par le Bref Romanus Pontifex. C'est à partir de ce moment-là que commence
juridiquement la séparation des deux Congrégations, puisque le Pape autorise
les Frères d'Espagne à célébrer leur Chapitre Général, à élire leur Général et
à rédiger des Constitutions;
·
réintégration totale en Italie:
elle est accordée par le Pape Paul V par le Bref Romanus Pontifex (13.02.1617)
avec les mêmes prérogatives accordées à la Congrégation Espagnole. A partir de
ce moment-là, l'Ordre a deux Supérieurs Généraux.
De 1611 à 1867, l'Ordre est donc formé, sur le plan
juridique, de deux Congrégations. En 1867, l'Ordre est restauré en Espagne par
le Bienheureux Bénédict Menni, au moment où P. Giovanni M. Alfieri est
Supérieur Général de la Congrégation Italienne. A cette époque-là, chaque
Congrégation a ses propres Constitutions et élit son propre Supérieur Général.
Il faut dire toutefois que, déjà en 1587, on note un
certain éloignement des Frères espagnols de ceux de Rome, provoqué par certains
Frères de l'Hôpital de Grenade et d'autres régions d'Espagne, qui se refusent
d'accepter un Général de l'Ordre résidant à Rome et, par conséquent de
renouveler leur profession sous son autorité. Cette attitude devint
particulièrement évidente, quand, après la mort prématurée de P. Pedro Soriano
en août 1588 durant une visite canonique à l'hôpital de Pérouse, les Frères
espagnols ne voulurent pas participer au Chapitre Général qui fut célébré en
mars 1589.
2.1. La Congrégation Espagnole
a) L'Ordre en Espagne
Le 20 octobre 1608, Pedro Egipciaco, fut élu premier
Supérieur Général de la Congrégation d'Espagne. Au cours de ce Chapitre, on
rédigea les Constitutions lesquelles, apportées à Rome par Frère Pedro
Egipciaco, furent approuvées par Paul V qui, le 11 juin 1611, confirma
l'institut. Après avoir renouvelé sa profession devant le Pape, Pedro Egipciaco
rentre en Espagne où, par la suite, il est réélu Supérieur Général le 12
novembre 1614. Le 16 mars 1616, le Pape Paul V émet un Motu Proprio par lequel
il exempte les Frères de la juridiction des Ordinaires. Par un Bref du 7
décembre 1619, le même Paul V divise la Congrégation Espagnole en deux
Province: celle de Notre Dame de la Paix (Andalousie) et celle de Jean de Dieu
(Castille).
Au début du XVIIème siècle, notre Ordre comptait une
vingtaine d'hôpitaux sur la Péninsule Ibérique et ensuite il commença à se
développer en Amérique, avec les premières fondations réalisées déjà
précédemment par les Confrères: Cartagena de Indias, 1596, et La Havane, 1603;
il s'étendit ensuite jusqu'aux Philippines où les Frères arrivèrent en 1617.
En 1715, les deux branches de l'Ordre, l'espagnole et
l'italienne, comprenaient 16 Provinces avec 256 hôpitaux et 2399 religieux
hospitaliers. La branche espagnole était composée des Provinces: de Notre Dame
de la Paz (Andalousie) avec 26 hôpitaux; de Saint Jean de Dieu (Castille) avec
22 hôpitaux; de celle de l'Esprit Saint (de la Nouvelle Espagne qui comprenait
aussi les Philippines) avec 28 hôpitaux; de Saint Bernard de Tierra Firme avec
11 hôpitaux; et de Saint Raphaël Archange (Pérou et Chili) avec 20 hôpitaux.
L'expansion de l'Ordre en Espagne suivit une pente
ascensionnelle jusqu'au Généralat de Frère Alonso de Jesus y Ortega, mort en
1771. A cette époque-là, la Congrégation Espagnole comptait 1261 religieux et
sept Provinces: trois en Espagne, trois en Amérique (dans une d'elles étaient
inclus les cinq hôpitaux des Philippines); et une au Portugal qui comprenait
différents centre d'assistance en Afrique et en Asie. C'est à cette époque-là
que commença la décadence de la Congrégation Espagnole, jusqu'à sa totale
extinction en 1850.
b) Arrivée des Frères et consolidation de l'Ordre
au Portugal
Déjà dès les débuts de l'Ordre, les Frères exprimèrent
leur volonté d'acheter la maison où naquit leur Fondateur. Malgré de nombreuses
tentatives et pour différentes raisons, ceci ne fut possible qu'en 1606,
lorsque deux Frères de l'Hôpital d'Antón Martin de Madrid se rendirent au
Portugal. On édifia alors une église et un Hôpital sur la maison natale de Jean
de Dieu à Montemor-o-Novo.
L'expansion de l'Ordre au Portugal suivit la même
trajectoire et on utilisa les mêmes critères et méthodes utilisés pour
l'Espagne. Ce fut, en effet, une Province Espagnole jusqu'en 1790, quand le
Saint-Siège approuva sa séparation définitive, nommant un Vicaire Général avec
un Définitoire propre. Mais dans la pratique, celle‑ci vivait depuis
longtemps séparée de la Province Espagnole, en gros jusqu'en 1702.
En 1745, l'Ordre avait 11 hôpitaux au Portugal, neuf
hôpitaux militaires où les Frères prêtaient leur service, et cinq autres partagés
entre Afrique et Asie, avec un total de 130 religieux.
2.2. La Congrégation Italienne
a) Les Frères Hospitaliers en Italie
En Italie, l'oeuvre des Frères de Jean de Dieu connut de
nombreuses années d'expansion et d'épanouissement, basées sur un dévouement
total et une disponibilité à l'assistance, en toutes circonstances, à travers
une intervention précise et qualifiée. Les Frères gagnèrent ainsi la sympathie
et les faveurs aussi bien des autorités ecclésiastiques et civiles que celles
de nombreux bienfaiteurs. Ils connurent de cette manière une rapide expansion
avec un nombre important de fondations en Italie et dans une grande partie de
l'Europe: Autriche, Allemagne, Pologne, France.
En Italie aussi, les Frères portèrent assistance aux
soldats sur les champs de bataille, et soignèrent les victimes des nombreuses
épidémies, donnant ainsi un grand témoignage de charité et d'hospitalité.
Pour se faire une idée sur le développement et
l'épanouissement de l'Ordre en Italie, il suffit de penser que, 80 ans à peine
après la première fondation (Naples 1575), les Frères Hospitaliers comptaient
déjà six Provinces florissantes (Rome, Naples, Lombardie, Bari, Sicile,
Sardaigne) avec 66 hôpitaux, 1032 lits, 24469 assistés et 595 Religieux, dont
certains sont très célèbres parce qu'ils se distinguèrent par leur préparation
et leur habilité en médecine, chirurgie, pharmacologie et dans le travail
d'infirmier, comme par exemple Frère Pasquale de L'Homme et Frère Gabriel
Ferrara.
b) Les fondations transalpines
Les pays auxquels nous ferons référence à présent et qui
composent la carte géographique de l'Ordre en Europe avec les trois autres que
nous avons cités plus haut, virent naître la famille de Saint Jean de Dieu
grâce à des religieux hospitaliers venus d'Italie ou de Provinces appartenant à
la congrégation italienne. Cette expansion rapide fut en particulier le fruit
d'une vie exemplaire des Frères et de la mission apostolique qu'ils
développèrent.
b.1. En France
Les Hospitaliers connurent une expansion rapide en France
à partir de 1602, date à laquelle Frère Bonelli et se compagnons, arrivés
d'Italie, fondèrent l'Hôpital de la Charité à Paris, à l'époque le plus
important du pays et berceau de la Province Française. Avec l'aide des
autorités civiles et ecclésiastiques, l'Ordre s'étendit rapidement en France.
Bien qu'unis à la Congrégation Italienne, les Frères
français jouissaient d'un régime autonome, avec un Vicaire Général qui
gouvernait de manière indépendante de l'Italie. En 1789, la Province Française
avait 40 hôpitaux en France et 5 dans les colonies, avec un total de 350
religieux.
b.2. Dans les pays germaniques
En 1605, les Frères Gabriel Ferrara, célèbre médecin et
chirurgien, Giovanni Battista Cassinetti et d'autres religieux arrivèrent à Feldsberg
sur instance du Prince Charles du Liechtenstein, pour assumer la direction de
l'Hôpital de Sainte Barbara, le premier
des 22 hôpitaux que Frère Gabriele Ferrara fonda jusqu'à sa mort en 1627.
Tout de suite, naquit une Province florissante, celle de
Saint Michel Archange qui fut à l'origine de toutes les autres Provinces de
l'Europe Centrale.
On assista à ce qui ce qui se passait dans d'autres
lieux: les Frères soignaient les malades dans leurs hôpitaux et accompagnaient
les troupes impériales durant les campagnes pour soigner les blessés et les
malades. Cette assistance fut pratiquée avec la même charité et abnégation sur
ceux qui furent contaminés par les épidémies en temps de peste.
b.3. En Pologne
En 1609, Frère Gabriele Ferrara arriva aussi en Pologne
et prit en charge l'Hôpital de Cracovie. On réalisa alors de nouvelles
fondations en Pologne et en Lituanie. En 1645, on en fit une Province
indépendante portant de nom d'Assomption. Malgré sa grande prospérité (13
hôpitaux et 156 religieux à la fin du XVIIIème siècle), la Province disparut
lorsque ses territoires furent divisés entre Russie et Prusse.
3. L'Ordre en Amérique durant cette période
Dans la Bulle de Grégoire XIII, "IN
SUPEREMINENTI", en date du 28 avril 1576, on fait allusion à des
fondations que les Frères de Jean de Dieu auraient fait dans "différentes
Provinces des Indes dans l'Océan", sans préciser ni le lieu ni le nombre
de ces fondations.
Dans la première biographie de Saint Jean de Dieu (1585)
et dans les Constitutions rédigées au cours du Premier Chapitre Général (juin
1587), on signale l'existence de trois Hôpitaux en Amérique: le premier au
Mexique, le second dans la ville de "Nombre de Dios" à Panama; et le
troisième dans la ville des Rois au Pérou (cf. Const. 1587, feuillet 43v).
Certains de ces hôpitaux étaient certainement ceux que
les premiers colonisateurs avaient érigés pour l'assistance des espagnols qui
se rendaient dans le Nouveau Monde et pour les indigènes eux-mêmes. D'autres
hôpitaux, comme cela se passait aussi en Espagne, avaient été construits par
des gens pieux, par des associations ou des confraternités lesquelles, ayant
entendu parlé de la Congrégation Hospitalière fondée à Grenade par Jean de
Dieu, offrirent à celle-ci leurs hôpitaux, avant même que les Frères
Hospitaliers ne partissent pour s'établir en Amérique.
Dans un manuscrit conservé dans les Archives des Indes,
on peut lire qu'en 1584, les Frères de Saint Jean de Dieu de Grenade se
proposèrent de partir pour l'Amérique. Mais cette proposition fut refusée le 18
avril 1584. On y trouve cependant que sur une flotte espagnole à destination de
Cuba et de la Nouvelle Espagne, huit religieux hospitaliers, dont le Supérieur
était Frère Francisco Hernàndez, s'embarquèrent pour assister les malades et
les blessés. Frère Hernàndez réalisa que ces terres constituaient un vaste
champs d'action pour une mission sanitaire et hospitalière, et à son retour en
Espagne, il présenta à Philippe II un mémorial dans lequel il exposa les
services prêtés et les raisons qui justifiaient le départ des Frères vers les
Indes; il terminait son rapport en demandant au Roi l'autorisation de se rendre
à nouveau dans ces régions avec cinq autres Confrères Hospitaliers pour mettre
en pratique leur mission hospitalière.
Cette fois-ci, le roi accepta et envoya une "Real
Cedola" (Cédule Royale), en date du 2 décembre 1595, adressée au président
et ministre de la "Casa de Contratación" de Séville, lui ordonnant de
laisser partir aux Indes, Frère Francisco Hernàndez et cinq de ses Confrères,
pour s'occuper des hôpitaux de Cartagena, Nombre de Dios et de Panama. Après
une longue traversée, ils arrivèrent au port de Cartagena de Indias,
aujourd'hui la Colombie, au mois d'avril 1596, et prirent possession de
l'hôpital de cette ville dédié à Saint Sébastien.
Etablie de façon permanente en Amérique (1596), l'oeuvre
de l'Ordre, au début du XVIIème siècle, se développa et s'étendit sur le
Continent Américain. Afin de réglementer cette nouvelle situation, des
dispositions du Conseil Royal des Indes arrivèrent, dictées tout exprès pour
les Frères et pour les hôpitaux en Amérique et que l'on trouve dans les
Constitutions de 1640.
Dans la seconde partie du XVIIIème (environ 1780), les
statistiques des trois Provinces américaines, excepté les Philippines,
comprennent:
·
la Province de Saint Bernard, 11
hôpitaux et 70 religieux;
·
la Province de Saint Raphaël Arc.,
20 hôpitaux et 245 religieux;
·
la Province du Saint Esprit, 26
hôpitaux et 255 religieux.
Les causes qui favorisèrent la présence et l'expansion de
l'Ordre en Amérique furent la charité et le dévouement des Frères, leur
disponibilité pour intervenir en cas de besoin, l'universalité de leur accueil
et leur préparation humaine et scientifique qui leur permettaient d'offrir un
service plus qualifié dans leurs prestations et, enfin, le soutien des autorité
civiles et ecclésiastiques.
Leur bonne réputation aussi bien auprès des autorités que
de la population, facilita parfois la prise en charge de la part des Frères des
hôpitaux déjà existants. Dans d'autres cas, ils érigèrent eux-mêmes des
hôpitaux. Mais souvent, les hôpitaux étaient déjà fondés.
La sympathie de la population et des autorités se
manifestait surtout à travers la générosité qu'ils déployaient à l'égard des
Frères. La plupart des hôpitaux ne pouvaient pas fonctionner uniquement avec
les rentes assignées, il fallait alors faire
recours à l'aumône pour leur soutien. Il y avait aussi de nombreuses
Confraternités et Associations dans les hôpitaux qui constituaient un véritable
support aussi bien spirituel qu'assistanciel et économique pour ces derniers.
3.1. Apports à l'evangelisation
En résumé, nous signalerons ici, comme apport des Frères
à l'évangélisation, les motivations qui suivent:
·
L'arrivée des espagnols en Amérique
fut à l'origine de l'entrée de la foi chrétienne; prêtres et religieux
accompagnaient les colonisateurs, pour assister spirituellement les troupes et
diffuser l'Evangile.
·
L'évangélisation à travers le service aux malades et aux
nécessiteux, fut, et continue à être, le grand apport de l'Ordre sur ce
continent. Assistance corporelle et spirituelle, qu'aujourd'hui nous appelons intégrale, et qui fut et
continue à être de grande qualité très appréciée. Il y eut aussi de nombreux célèbres
médecins, chirurgiens, infirmiers et prêtres.
·
Bien que l'évangélisation, à
travers la prédication, n'était pas l'objectif premier de l'Ordre en Amérique,
les Frères firent toutefois un grand travail de pastorale dans les églises des
hôpitaux, et dans certaines paroisses, ils se dédièrent au catéchisme et à la
formation sur un continent qui en avait tant besoin.
·
Le travail charitable et
l'abnégation des Hospitaliers avec les malades, l'engagement de nombre d'entre
eux dans travail de la quête, étaient des occasions pour l'évangéliser, également
à travers leur témoignage, la simplicité de leurs paroles et le caractère
concret de leur vie. Il faut souligner à ce propos les efforts dignes d'éloges
de notre Vénérable Francisco Camacho à Lima.
·
Il faut insister sur la véritable
intégration de nos Frères dans ces lieux, ils vécurent la réalité des personnes
du Nouveau Continent, et travaillèrent sans relâche en faveur des plus
défavorisés sur le plan humain. Dans la période qui vit naître les mouvements
d'indépendance, quelques Frères, reconnus aussi par la population, s'engagèrent
dans la lutte, offrant leur soutien et leur service à ceux qui voulaient
l'indépendance. Mais leur témoignage fut presque toujours un témoignage
d'hospitalité. De nombreux confrères furent pour cela exilés et emprisonnés. On
peut dire qu'ils furent avec d'autres religieux, prêtres ou laïcs, de
véritables pionniers et des précurseurs des témoins actuels de la théologie de
la libération. Nous trouvons des exemples dans la vie de Frère Agustin de la
Torre, de Frère Rosauro Acuna et de Frère Pedro Dominguez au Pérou; Frère
Santiago Monteagudo au Chili et Frère José Olallo Valdès à Cuba.
4. La presence de l'Ordre en Asie, Afrique et
Oceanie
Il faut associer les débuts de la présence de l'Ordre en
Asie, Afrique et Océanie, à l'expansion des royaumes d'Espagne et du Portugal
au XVIème et aux siècles suivants.
La colonisation des nouvelles terres et la défense des
autres exigeaient l'envoi constant de flottes de l'Armada, sur lesquelles
s'embarquèrent, dès le début, les Frères Hospitaliers afin de soigner les
blessés de guerre et la population des lieux où ils débarquaient. Les Frères
arrivèrent donc assez rapidement sur les nouveaux Continents. Mais leur
véritable implantation ne se fera que quelques années après, quand ils prendront
en charge les hôpitaux fondés par les royaumes d'Espagne et du Portugal,
parfois sur demande même de l'Ordre, d'autres fois, sur requête des autorités
du lieu.
Aux côtés d'autres religieux appartenant à d'autres
instituts, l'Ordre exerce la charité et pratique l'Hospitalité selon le
charisme de Saint Jean de Dieu.
Jusqu'au XIXème siècle, date à laquelle la présence des
Frères dans divers lieux disparaît, pour les mêmes raisons qu'en Europe et en
Amérique, les caractéristiques et les apports donnés à l'évangélisation sont
les mêmes que ceux déjà décrits pour l'Amérique.
a) Asie
Bien qu'il n'y ait eu de fondations stables sur le
continent asiatique que quelques années plus tard, les Frères, dans leurs
allées retours avec les armées espagnoles et portugaises, établirent des
dispensaires sur les côtes de la Chine, en raison des épidémies qui s'étaient
déclarées et des nombreux blessés qu'il fallait soigner sur le navires, à la
suite de certaines batailles.
Le premier hôpital où s'installèrent les Frères en Asie,
en 1620, se trouvait à Cavite aux Philippines. Les Frères, en provenance
d'Espagne, étaient arrivés pour la première fois aux Philippines en 1617,
autorisés par le Roi Philippe III à fonder des hôpitaux. Ensuite, en 1621,
arrivèrent du Mexique Frère Juan de Gamboa et d'autres religieux pour fonder
l'Hôpital de Bagumbaya (Manille). On créa d'autres fondations par la suite. Les
vicissitudes politiques et sociales en Espagne, au XIXème siècle, marquèrent la
vie de l'Ordre aux Philippines, et à la fin du siècle, l'Ordre disparut
laissant l'Archipel sans la présence des Frères jusqu'à l'arrivée des Frères
italiens en 1988.
Sur les côtes de l'Inde,les Frères portugais fondèrent
différents hôpitaux: Goa en 1685, Bacaim en 1686, Diu en 1687 et Damao en 1693.
Ces hôpitaux suivirent le même sort que la Province Portugaise quant à son
développement et à son extinction.
b) Afrique
De 1573 à 1834, plus d'une centaine de Frères
accompagnèrent les soldats espagnols dans la conquête et la défense des emplacements
africains appartenant à la couronne espagnole. En qualité de médecins, de
chirurgiens, d'infirmiers, de missionnaires et catéchistes, ils s'attirèrent de
grandes éloges de la part des autorités, y compris celles du Roi Philippe III
qui adressa une lettre dans ce sens à Père Egipciaco. Nous pouvons également
citer la présence de Père Pedro Soriano à la conquête de Tunis et Bizerte, sous
la conduite de Don Jean d'Autriche en 1573, ainsi que celle de vingt
Hospitaliers qui, en 1843, passèrent à Ceuta pour assister les victimes
d'épidémies et dont treize d'entre eux moururent.
La première fondation stable, en terre africaine, fut
réalisée par les Frères du Portugal, au Mozambique en 1681. Le décret du mois
de mai 1834 supprima la présence de l'Ordre en ces pays.
c) Océanie
En mai 1606, sur les côtes de l'Australie débarqua la
première expédition espagnole partie du port de Callao, au Pérou, six mois
auparavant. L'expédition comptait quatre Religieux Hospitaliers, pour soigner
les malades et les blessés, membres de l'équipage, et autorisés à fonder et
administrer des hôpitaux. Nous n'avons pas d'informations sûres pour pouvoir
établir précisément si les Frères s'y établirent et y fondèrent des hôpitaux,
parce que probablement les espagnols eux-mêmes ne s'y arrêtèrent pas.
5. Valeurs de l'hospitalité et facteurs qui
influèrent sur la diffusion de l'Ordre
Les raisons fondamentales qui donnèrent naissance à
l'expansion et à la splendeur de l'Ordre à cette époque, peuvent se résumer en
trois points:
·
Le fait que les Frères ont vécu
avec joie et enthousiasme le Charisme et l'esprit du Fondateur, leur
disponibilité et leur dévouement inconditionnel aux soins des malades, des
pauvres et des plus nécessiteux, aussi bien dans leurs hôpitaux qu'à
l'extérieur de ceux-ci. Les Frères furent de vrais témoins de l'hospitalité
dans leur assistance permanente aux malades de la peste, aux contagions et
épidémies, très fréquentes à cette époque-là, aussi bien dans leurs hôpitaux
qu'ailleurs, se rendant dans les lieux où la maladie était présente, soignant
et servant leurs semblables avec amour et grande compétence scientifique. A
part leur service en hôpital, il faut mettre en valeur le travail que les
Hospitaliers firent durant les nombreuses guerres et sur les champs de bataille,
tant sur mer que sur terre.
·
La préoccupation et leur volonté
d'offrir un service qualifié dans l'assistance aux pauvres et aux malades,
ainsi que l'accueil et l'attention qu'ils donnaient à tous ceux qui frappaient
à la porte de leurs hôpitaux. Il faut noter aussi leur intérêt pour la
formation tant spirituelle que professionnelle des Frères, parmi lesquels on
compte de célèbres médecins, chirurgiens et infirmiers lesquels, en plus de la
distinction de leur comportement, et de leur charité, apportèrent au service
hospitalier une qualité difficile de trouver à l'époque.
·
En raison de ce qui a été dit plus
haut, l'Ordre gagna aussi la sympathie des autorités ecclésiastiques et
civiles, y compris celle des Rois. En effet, ceux-ci eurent une attention toute
particulière pour l'Ordre, qui se manifestait à travers leurs des Cédules et
des Autorisations Royales aussi bien pour de nouvelles fondations en Espagne,
qu'en Amérique et aux Philippines, et pour
l'implantation de l'Ordre en Europe Centrale.
6. Fidèles à l'hospitalité jusqu'au martyre
Face à la longue histoire de notre Ordre et sa grande
expansion sur tous les continents du monde, on peut facilement supposer
l'existence d'une longue liste de témoins du Christ miséricordieux et de
véritables martyrs de l'hospitalité. Le désir de diffuser l'Evangile à travers
la pratique de la charité et le service aux malades et aux nécessiteux, a
conduit de nombreux hospitaliers à subir des persécutions et à offrir leur
propre vie. C'est une constante dans l'histoire de l'Ordre que nous décrirons
maintenant à grands traits.
·
BRESIL 1636: Dans le port de San Salvador, par la main de pirates hollandais, le Frère
portugais Jesus Arana y Acosta et les Frères espagnols Francisco Esforcia et
Sebastian subissent le martyre.
·
COLOMBIE 1637: Les Frères Diego de San Juan, un espagnol, et Antonio de Almazan, un
colombien sont tués par les indiens Chocoes. En 1646, le Frère Miguel Romero et
un religieux franciscain sont martyrisés par les indiens Chocoes.
·
CHILI 1656: Frère Grégoire Mejia subit le martyre par la main des indiens aucas. En
1795, ce sera au tour de Frère Bernard Lugones et, cette fois, par la main des
indiens aracuanos.
·
POLOGNE 1656: Dans l'hôpital de Lublin, on martyrise Frère Eustache Biescekierski qu'on
abandonne pour mort mais qui se remet de ses blessures. A Varsovie, on
assassine les Frères Nicolas Orkieska, un prêtre, et Frère Melchior Moreti.
D'autres Frères, comme Hippolite Ciarnoswski, furent maltraités et blessés,
sans toutefois perdre la vie. A Lowiez, trouvèrent la mort les Frères Norbert
Gotkoswiez et Hilaire. Ces morts sont le résultat de l'invasion de la Pologne
de la part de peuples voisins qui persécutaient les disciples de Jésus.
·
PHILIPPINES 1725: Par la main d'un groupe d'indigènes poussés par des
bonzes venus de Chine, meurt Frère Lorenzo Gòmez. En 1715, à San Juan de
Buenavista meurt, par la main des indigènes, Frère Antonio de Santiago, lequel
se distingua par son esprit missionnaire et son zèle dans la diffusion du
message chrétien. En 1731, au même endroit, Frère Antonio Guemez subit le
martyre.
·
FRANCE: Avec
l'arrivée de la révolution et la suppression des Ordres religieux, les Frères
commencent à être persécutés et emprisonnés, quelques-uns sont aussi torturés.
Frère Vomerange à Buerdos, Frère Félicien Citet à Paris, les Frère Marcel
Clémont et Modesto Bernard subissent le martyre sur les ponts de Rochefort; ce
dernier fut ensuite exilé en Guyane où il mourut dans la misère.
·
ESPAGNE:
Durant la guerre d'indépendance (1808), durant l'invasion par les troupes de
Napoléon, de nombreux Frères furent persécutés et expulsés des hôpitaux par la
violence. Certains d'entre eux et, en particulier, les Frères Pedro Perez,
Antonio Perez, Manuel Groizar et Nicolas de Ayala, trouvèrent la mort en servant
comme infirmiers, médecins ou chirurgiens dans les troupes espagnoles.
Pour tous ces exemples, la pratique du service
hospitalier et la prédication du message évangélique, furent la cause de leur
martyre.
Chapitre IV
REPONSE APOSTOLIQUE ET MISSIONNAIRE DE L'ORDRE
A PARTIR DE LA MOITIE DU XIXème SIECLE
Déjà à l'époque de la Renaissance, les autorités civiles
commencèrent à considérer l'assistance aux malades et aux pauvres comme un
devoir politique, basé sur un impératif de justice; puis, peu à peu, à travers
un processus qui atteint son sommet au XVIIIème siècle, les hôpitaux se
sécularisent et passent sous la juridiction civile.
Dans la seconde moitié du XVIIème siècle, on assiste à la
naissance d'une nouvelle époque dans la vie européenne, caractérisée par le
rationalisme et une lutte contre les systèmes existants, en particulier contre
la noblesse et l'Eglise.
1. Extinction de la Congrégation Espagnole
a) Décadence de l'Ordre en Espagne
Au mois de septembre 1807, les troupes françaises pénètrent
en territoire espagnol. A cette série d'événements, il faut ajouter aussi cette
période, désignée Triennat Constitutionnel qui va de 1820 à 1823. Une des
première mesures prises par les libéraux, en cette période (septembre 1820),
fut l'approbation, de la part des "Cortes", d'un projet de loi qui
prévoyait la suppression des couvents des Ordres monastiques et la réformes des
Ordres mendiants. Cette loi ouvrait la voie à la sécularisation des religieux;
l'interdiction, par la suite, d'admettre de nouveaux candidats et la
suppression de la plupart des couvents qui avaient moins de 24 profès, marqua
la fin de l'Ordre. Pour l'Ordre Hospitalier, cette dernière mesure prévoyait la
suppression de la quasi totalité de ses Couvents-Hôpitaux qui existaient en Espagne.
Le 9 mars 1836, on émet le Décret Royal qui supprime
totalement les Ordres religieux et monastiques. Seulement deux de nos hôpitaux
restèrent ouverts: celui de Séville et celui de Madrid. A Madrid, au
couvent-hôpital d'Antón Martín, il resta une communauté composée de 14 Frères,
ayant pour Prieur Frère Antonio Albors.
En mai 1830, on célébra le dernier Chapitre Général de la
Congrégation d'Espagne et on élut son dernier Général en la personne de Frère
José Bueno y Villagran. Frère José Bueno, voyant que tout était perdu et qu'il
n'y avait pas d'autres solutions, prit des mesures pour mettre à l'abri tout ce
qui avait de la valeur, avant que la ruine ne s'abatte sur l'édifice de
l'hôpital. Il envoya ainsi une bonne partie de la documentation des Archives
Générales à l'Hôpital de Séville (le seul encore existant à l'arrivée du
Bienheureux Bénédict Menni). Il confia à Frère Benedetto Vernò, à l'époque
Général de la Congrégation italienne, les causes de béatification du Vénérable
Francisco Camacho et de Saint Jean Grande, "afin qu'on ne les oublie
pas" et concluait en disant: "Il
appartient à Vous qui êtes le seul Chef Supérieur qui existe aujourd'hui dans
l'Ordre, de prendre soin de ce qui appartenait à la Congrégation Espagnole;
vous prendrez les mesures que vous jugerez plus prudentes pour conserver le
tout...". Il mourut le 11 mars 1850 et avec lui s'éteignait
formellement la Congrégation Espagnole de l'Ordre Hospitalier de Saint Jean de
Dieu.
Aux causes extrinsèques qui déterminèrent l'extinction
formelle de la Congrégation Espagnole (l'invasion française, les guerres qui en
suivirent, le triennat libéral, la politique d'exclaustration et de
sécularisation des Ordres religieux), il faudrait ajouter les causes
intrinsèques à la Congrégation elle-même. Souvent ces dernières sont le
résultat des premières. On pourrait parler aussi d'un manque d'adaptation de la
part de la Congrégation Espagnole aux problèmes de l'époque et d'une incapacité
à affronter les circonstances politiques, sociales et économiques.
b) Restauration de l'Ordre en Espagne
Père Giovanni Alfieri prit à coeur la cause pour le
rétablissement de l'Ordre en Espagne. Il essaya de le faire en partant des
quelques Confrères qui étaient restés à la mort de Frère José Bueno, mais cela
fut impossible. Il se rendit en personne en Espagne, obtenant de la Reine
Isabelle II l'autorisation d'établir des communautés hospitalières.
·
Après de nombreuses autres
tentatives, sans issues positives, il envoya pour cette difficile entreprise le
Bienheureux Bénédict Menni, lequel avait été ordonné prêtre récemment. Le
Bienheureux Menni arriva à Barcelone au cours de la Semaine Sainte de l'année
1867 et fonda l'asile Saint Jean de Dieu, pour les enfants poliomyélitiques, au
cours du mois de décembre de la même année. Ce fut le début de la Restauration
de l'Ordre en Espagne, laquelle se consolida à travers des difficultés de tout
genre, toutes vaincues par une forte volonté et par amour pour Dieu, pour les
pauvres et les malades, et pour l'Ordre.
·
Le 21 juin 1884, on approuva
l'érection canonique de la Province de Saint Jean de Dieu en Espagne, avec 120
Frères et cinq maisons, lesquelles se multiplièrent aussitôt, aussi bien dans
le pays qu'au Portugal et en Amérique.
·
Les lignes de force le long
desquelles s'accomplit l'oeuvre de restauration du Bienheureux Bénédict Menni
furent les suivantes: une vie spirituelle profonde, la disponibilité à répondre
à tout besoin urgent (peste et guerre) et, en particulier, la charité fervente
des Frères, dont le témoignage attira de nombreux candidats.
c) Extinction et restauration de l'Ordre au
Portugal
Le Portugal, lui non plus, n'échappa pas aux troubles
sociaux et politiques qui touchèrent l'Europe au XVIIIème siècle. En mai 1834,
avec le Décret d'exclaustration émis par le ministre Aguiar, on supprima, sans
aucune exception, tous les Ordres et toutes les Congrégations religieuses, au
Portugal et dans ses colonies, ce qui provoqua l'extinction complète de notre
Ordre.
La restauration fut faite aussi par Père Bénédict Menni
lequel, à la demande de Père Giovanni Alfieri, une fois l'Ordre consolidé en
Espagne, y envoya des Frères chargés tout d'abord de restaurer la maison natale
de Saint Jean de Dieu. En août 1893, on établit la communauté de la Maison de
santé de Thélal destinée au malades mentaux.
Les premières années furent loin d'être faciles, tant
pour les difficultés économiques que pour celles socio-politiques, et parce que
les Frères, en tant que religieux, n'avaient aucune protection légale de la
part des autorités civiles; ceci fut la cause de nombreuses difficultés,
jusqu'au moment où l'on trouva des solutions pour y remédier.
2. Décadence et restauration de la Congrégation
Italienne
Les difficultés socio-politiques et culturelles que
l'Europe vécut à partir de la seconde moitié du XVIIIème siècle, eurent aussi
des répercussions sur la Congrégation Italienne. La Révolution Française amena
la suppression de l'Ordre en France; le Joséphisme porta, comme conséquence de
sa politique, à la séparation des Provinces d'Autriche, Pologne, Lombardie,
Naples, Sicile et Toscane de la juridiction du Gouvernement Général de l'Ordre
qui siégeait à Rome.
a) Italie
En Italie, en 1810, on décréta la suppression des Ordres
religieux. Les Frères restèrent dans les hôpitaux avec de grandes difficultés,
jusqu'à ce que cessa la persécution contre l'Eglise, en 1814. L'Ordre put alors
se reconstituer.
Une fois l'unité de l'Italie réalisée (7 juillet 1866),
on déclara l'extinction de toutes les Congrégations religieuses et leurs biens furent
confisqués par le gouvernement. Cependant, les Frères restèrent dans les
hôpitaux recourant à une formule créée tout exprès, c'est-à-dire comme
"Association hospitalière laïque", dans lesquelles ils travaillaient
comme infirmiers et administrateurs. L'Ordre comptait à l'époque 50 hôpitaux et
352 religieux.
Nommé Supérieur Général en 1862, Père Giovanni Maria
Alfieri fut incontestablement le grand artisan de la restauration en Italie. Il
lutta sans relâche pour maintenir les Frères dans les Centres qui avaient
appartenu à l'Ordre et, petit à petit, avec beaucoup d'habileté, il prépara
leur récupération. Il s'efforça de maintenir en vie l'esprit religieux et le
moral des Frères. Son successeur, Père Cassiano Maria Gasser, consolida la
restauration de l'Ordre dans sa dimension religieuse, spirituelle et
apostolique.
b) Décadence et restauration en France
Avec la Révolution Française, on publia le Décret du
Directoire (11 février 1790) qui supprimait tous les Instituts Religieux du
Pays. Avec la loi du 18 octobre 1792, on décréta la vente des biens des
Hôpitaux, ce qui provoqua l'extinction de l'Ordre.
La restauration fut longue et laborieuse. Paul de
Magallòn, aidé par un groupe de compagnons, fut une figure prophétique remplie
de l'esprit de Dieu, qui résumait en lui l'hospitalité et l'amour pour l'Eglise
et pour l'Ordre. Ces derniers souhaitèrent se mettre sous la tutelle du Père
Général et, de cette manière, en 1823, ils se rendirent à Rome où ils firent
leur noviciat et émirent leurs voeux de profession religieuse pour ensuite
revenir en France. On créa aussitôt de nouvelles fondations dont la première
fut l'Hôpital de Lyon, en 1825.
Non sans difficultés, en raison aussi d'un nouveau Décret
de suppression de 1880, le développement continua en France, grâce à la
fermeté, la constance et à l'esprit de Saint Jean de Dieu qui animaient les
Frères. Ils introduisirent également l'Ordre en Irlande, à Tipperory en 1877,
en Angleterre à Scorton en 1880, et en Belgique, à Leuze en 1908.
c) Province Allemande de Saint Michel Archange
Pendant le règne de l'empereur Joseph II (1765-1790),
furent émises des lois en vertu desquelles les Religieux Hospitaliers étaient
séparés de la juridiction de Rome et d'autres encore qui rendirent difficile le
fonctionnement normal de la Province, étant donné que les maisons qui se
trouvaient hors du territoire autrichien furent détachées de celle-ci. En 1781,
les Frères de ces maisons érigèrent une nouvelle Province, nommée Provincia per
Imperium, dédiée à Saint Charles Borromée, dont le siège se trouvait à Munich.
Les lois napoléoniennes furent tout aussi funestes et
provoquèrent la disparition de l'Ordre, excepté les hôpitaux de Breslavia et de
Naustadt.
A partir de 1831, sous le règne de Louis I de Bavière, il
y eut un moment de calme qui permit la réunion avec Rome et l'érection de
nouvelles Provinces: Bavière 1851, Silésie 1853 et Hongrie 1856.
d) Pologne
La disparition de la Province de l'Annonciation commence
avec le partage du royaume de Pologne dans les années 1772-93-95 entre Russie,
Prusse et Autriche, et se consume définitivement durant l'occupation
napoléonienne en 1806, à laquelle ne survécut que l'hôpital de Cracovie qui
passa sous la juridiction de Vienne.
Etant donné qu'à partir de la Seconde Guerre Mondiale, la
Silésie fait partie du territoire polonais, rappelons ici l'évolution de
l'Ordre dans cette région. En 1710, on fonde l'hôpital de Breslavia qui, avec
celui de Neustadt fondé en 1764, sera le seul à survivre aux tristes événements
politiques et militaires de l'époque. Après avoir érigé d'autres fondations,
les maisons de Silésie furent constituées en Province régulière le 14 janvier
1883.
La Province Polonaise n'a pu être refondée qu'en 1922.
3. Décadence et disparition de l'Ordre dans les
Provinces d'Outre-mer
a) Décadence et disparition de l'Ordre en
Amérique
Le XIXème siècle se caractérise par une volonté
d'émancipation dans le domaine politique, volonté qui s'étend aussi par la
suite au domaine religieux. Les mesures d'exclaustration et de suppression,
dirigées contre les religieux d'Espagne, s'étendront ensuite aux colonies. Les
nouvelles idées issues de l'encyclopédie, les mouvements d'indépendance et
l'éloignement des grandes métropoles, préparèrent peu à peu le terrain.
Quelques Frères, par la suite, influencés par leur environnement, promurent la
séparation des Couvents-Hôpitaux américains de la Congrégation Espagnole. Pour
pouvoir poursuivre cet objectif, ils s'adressèrent aux autorités civiles et
ecclésiastiques. Pour obtenir ensuite le soutien des Evêques, ces Frères ne
craignirent pas de renoncer aux privilèges de l'exemption, en se soumettant à
eux et, avec l'aide des autorités civiles, ils obtinrent du Roi qu'il demandât au Pape Pie VII le Bref
d'émancipation de l'obéissance au Général d'Espagne, en vertu duquel, les
Religieux passèrent sous la juridiction des maires et des majordomes nommés par
le Roi pour les hôpitaux. En 1801, ils demandèrent aussi la suppression des
Commissariats. C'est la Province de l'Esprit Saint de la Nouvelle Espagne, avec
à sa tête Frère Juan Nepomuceno Abeìreu, qui s'employa le plus pour obtenir ce
Bref.
Une fois reçu le Bref, les Provinces de l'Esprit Saint et
de Saint Bernard, célébrèrent leur Chapitre, présidé par le Délégués des
Evêques, et élurent les Provinciaux, les Conseillers, les Prieurs et toutes les
autres charges. La Province de Saint Raphaël, elle, resta jusqu'en 1816 sous
l'obéissance du Général, célébrant elle aussi, cette année-là son Chapitre. Au
Mexique, on nomma Frère Juan Napomuceno Abreu et avec lui, s'éteignit la
Province de l'Esprit Saint de la Nouvelle Espagne. Ne survécurent que les
Frères des Hôpitaux de Cuba lesquels se mirent en contact avec le Général
d'Espagne en 1824. Il semble que la Divine Providence ait voulu récompenser cette
fidélité à l'esprit d'universalité de notre Ordre en nous envoyant le Serviteur
de Dieu, Frère José Olallo Valdès, religieux cubain qui demeura, jusqu'à sa
mort en 1889, fidèle à ses voeux à l'Hôpital de Port-au-Prince (Cuba), en étant
le dernier des Frères Hospitaliers de la Congrégation Espagnole en terre
américaine.
Bien que le poids de l'assistance en Amérique reposait de
façon prépondérante sur les Religieux Hospitaliers espagnols, il faut cependant
rappeler ici la présence de Frères portugais et français sur ces terres.
Les Frères portugais s'étaient déjà rendus au Brésil en
accompagnant les expéditions de l'Armada espagnole et portugaise, et y avaient
fondé différents hôpitaux à partir de 1724, année à laquelle ils ouvrirent
l'hôpital de Pernambuco. Ils disparurent à la moitié du XIXème siècle.
Les Frères français fondèrent des hôpitaux dans leurs
colonies, aux Antilles (Guadeloupe, 1685) et au Canada en 1716. Leur présence
au Canada fut très brève, et pour le reste, tout disparut avec la Révolution.
b) Restauration de l'Ordre en Amérique
La restauration de l'Ordre en Amérique Latine est, elle
aussi, l'oeuvre du Bienheureux Bénédict Menni. L'absence des Frères
Hospitaliers en Amérique ne durera que quelques années. En effet, en 1892, le
Père Général Cassiano Maria Gasser et Père Bénédict Menni, le Provincial
d'Espagne, arrivèrent en Argentine pour examiner la possibilité d'une fondation
en Amérique. Mais ceci n'aura lieu qu'en 1901, quand l'Ordre pourra s'établir à
nouveau en Amérique avec la fondation de l'Hôpital Saint Martin à Guadalajara
de Jalisco (Mexique).
De cette manière l'arbre de l'hospitalité refleurit à
partir des racines profondes que l'amour miséricordieux de tant de Frères
avaient implanté sur ce continent que nous appelons aujourd'hui, continent de
l'espoir. Nous reparlerons du présent de l'Ordre en Amérique dans un autre
chapitre.
IIIème PARTIE
ENGAGES DANS L'HOSPITALITE
Cinquième chapitre
DOCTRINE DE L'ORDRE SUR L'EVANGELISATION
Tout au long de ces plus de 450 ans de vie de l'Ordre, la
littérature sur l'activité missionnaire est abondante, bien que notre
Institution se soit davantage consacrée à la pratique de la charité, et donc à
l'action et non pas à l'écriture. Malgré cela, la listes des écrits réalisés
est très longue. De cette vaste bibliographie, nous ne choisirons que les
écrits les plus importants.
1. Evolution des Constitutions de l'Ordre à
travers l'histoire
Tout au long de l'histoire, de nombreux textes des
Constitutions recueillent l'esprit et la mission évangélisatrice de l'Ordre à
la lumière du charisme de l'hospitalité. On peut distinguer deux grandes
périodes historiques: des origines jusqu'au Généralat de Père Alfieri, du
Généralat de Père Alfieri à nos jours.
a) Des origines au Généralat de Père Alfieri
Il est important avant tout de noter que durant les 35
premières années (1550-1585), les Frères vécurent sans aucune norme écrite
reconnue par l'Eglise. Au cours des 31 années qui suivirent (1585-1616), on
promulgua les Constitutions suivantes:
·
Tentative de formuler des
Constitutions en 1583, promue par Frère Balthasar Herrera. Tentative nulle
étant donné que Saint Pie V avaient soumis les Frères à l'obéissance des
Ordinaires; ils ne pouvaient donc pas rédiger de Constitutions pour tous les
hôpitaux existants.
·
Constitutions pour l'Hôpital de
Grenade, promulguées par l'Archevêque de Grenade, Don Juan Mendez de
Salvatierra, en 1585. Même si celles-ci étaient destinées expressément à
l'hôpital de Grenade, elles furent accueillies par les Frères de tous les
autres Hôpitaux.
·
Constitutions pour tout l'Ordre
éditées en 1587. Une fois l'Ordre approuvé par Sixte V par le Bref "ETSI
PRO DEBITO", le 1-10-1586, celles-ci sont rédigées et constituent le fruit
du Premier Chapitre Général de 1587.
·
Constitutions du Deuxième Chapitre
Général (1589). Les Frères d'Espagne n'assistèrent pas à ce Chapitre. Même si
dans l'introduction, il est dit qu'il s'agit d'une traduction en italien des
Constitutions de 1587, on y introduit des changements importants.
·
Premières Constitutions de la
Congrégation Italienne (1596), promulguées après la réintégration partielle de
l'Ordre en Italie.
·
Constitutions de la Congrégation
Espagnole (1611), après la réintégration totale de l'Ordre en Espagne. C'est à
partir de ce moment que commence, juridiquement, la séparation des deux
Congrégations, qui durera jusqu'en 1867, avec la restauration de l'Ordre en
Espagne réalisée par le Bienheureux Bénédict Menni. Avec quelques nouvelles
éditions et quelques changements faits en 1640 et 1741, ce sont les
Constitutions définitives observées jusqu'à l'extinction de l'Ordre en Espagne.
·
Nouvelles Constitutions de la
Congrégation Italienne (1616), ce sont en réalité les Constitutions définitives
observées jusqu'à la réunification de l'Ordre, malgré les corrections apportées
à la traduction du latin en 1718.
b) Du Généralat de Père Alfieri à nos jours
·
Constitutions pour tout l'Ordre en
1885. Réalisées en adaptant les précédentes.
·
Nouvelles Constitutions en 1926.
Elles sont très différentes, structurées et normatives. Elles constituent le
fruit de l'adaptation au nouveau Code de Droit Canonique de 1917. Elles furent
réimprimées en 1950.
·
Constitutions "ad
expérimentum" en 1971: on rédigea un nouveau texte en suivant les
directives du Concile Vatican II, en accueillant les nouvelles directions sur
la Vie Consacrée indiquées par le Concile. Pour la première fois, les aspects
normatifs sont regroupés et publiés à part dans les Statuts Généraux.
·
Constitutions de 1984. Elles
recueillent la nouvelle théologie de la Vie Consacrée et récupèrent le sens
"premier" de l'hospitalité, avec un enrichissement doctrinal et
pastoral. Comme en 1971, la plupart des normes juridiques et pratiques sont
regroupées et publiées dans les Statuts Généraux.
2. Principes sur l'évangélisation
Les Constitutions, avec des styles différents et suivant
les époques, regroupent les principes fondamentaux qui inspirent, à tout
moment, la mission évangélisatrice de l'Ordre. Nous en signalons ci-dessous les
critères les plus importants:
a) L'hospitalité: mission apostolique de l'Ordre
L'hospitalité est le coeur de la vie de l'Ordre; c'est le
Charisme que Saint Jean de Dieu a reçu et toute la Famille Hospitalière
participe à cette expérience fondatrice; c'est aussi le coeur de notre
spiritualité, comme le disent les Constitutions et les écrits de l'Eglise et de
l'Ordre: enfin, c'est le coeur de notre mission apostolique:
"L'hospitalité est très importante pour vos consciences et pour le
progrès de cet hôpital et sainte maison, berceau de générosité pour les
pauvres; c'est le but de votre Institut et ce que, surtout, vous prenez" (Const. 1585, Introduction)
"Encouragés par le don que nous avons reçu, nous nous consacrons à
Dieu et nous nous dévouons au service de l'Eglise dans l'assistance aux malades
et aux nécessiteux, avec une préférence marquée pour les plus pauvres" (Const. 1984, 5a).
b) Consacrés dans l'hospitalité pour exercer le
ministère de la miséricorde dans l'Eglise
S'il est vrai que les premiers disciples de Saint Jean de
Dieu vécurent dans l'esprit de leur Fondateur, sans aucune norme canonique de
vie pour remplir leur mission, il est vrai aussi qu'ils furent reconnus bien
vite par l'Eglise pour exercer leur mission hospitalière à travers la
consécration religieuse.
"En vertu de ce don, nous sommes consacrés par l'action de l'Esprit
Saint, qui nous fait participer de façon singulière à l'amour miséricordieux du
Père... Cet amour de Dieu "répandu dans nos coeurs" nous incite à
consacrer au Père toute notre personne" (Const. 2b, 10a).
Les citations que nous pourrions reporter à ce sujet
seraient interminables, parce qu'il faudrait recueillir les différents aspects
auxquels font référence les différentes éditions des Constitutions. Mais le
contenu fondamental reste toujours le même.
c) La mission de guérison de l'Eglise dans
l'apostolat de l'Ordre
En suivant Jésus qui passa sur cette terre en faisant le
bien et en soignant toutes les infirmités (Ac. 10, 38; cf. Const. 1984, 2a),
l'Ordre, dès le début avec son Fondateur, a placé au centre de sa mission
l'homme qui souffre et qui se trouve dans le besoin. C'est à lui qu'il consacre
toute son attention, continuant ainsi l'action salvifique du Seigneur à travers
le temps.
Avec les mots et les gestes, et avec le dévouement de
notre vie, nous, Frères de Saint Jean de Dieu, nous voulons soigner de manière
intégrale les personnes dans le besoin. Nous avons toujours manifesté avec soin
une attention spirituelle envers eux, parce que nous savons qu'à côté des soins
physiques, psychique et sociaux, la foi, vécue avec maturité, constitue une
source de vie et de salut, même au sein de la maladie:
"En tant que Frères de Saint Jean de Dieu, nous sommes appelés à
réaliser dans l'Eglise la mission d'annoncer l'Evangile aux malades et aux
pauvres, en soignant leurs souffrances et en les assistant intégralement" (Const. 1984, 45a).
d) Accueil universel
En s'inspirant de Jésus et sur l'exemple de Saint Jean de
Dieu, nous, Frères de Saint Jean de Dieu, nous n'avons jamais fait de
discriminations dans notre mission apostolique. Les Constitutions elles-mêmes
nous l'indiquent, et la pratique au cours des siècles nous le confirme:
"Dans cet hôpital de Jean de Dieu, nous soignons toutes les maladies,
des hommes et des femmes qui s'y présentent" (Const. 1585, 10,1).
"En chaque homme, nous reconnaissons notre frère; nous accueillons et
servons sans aucune discrimination tous ceux qui se trouvent dans le
besoin" (Const. 1984, 45b).
e) Dimension prophétique de la mission
hospitalière
L'action guérissante de l'Eglise comprend la promotion,
le soin et la sauve-garde de la vie. L'Ordre a toujours fait de tout pour
promouvoir la vie, et a toujours proclamé sa ferme intention de la défendre et
de lutter pour elle, très souvent avec un témoignage humble et exemplaire dans
le service quotidien aux malades, parfois même en dénonçant les injustices et
en "s'engageant évangéliquement
contre toute injustice ou manipulation de l'homme" (Const. 1984, 12c)
et, quelque fois aussi, avec le témoignage du martyre de nombreux Frères. Tout
ce qu'ils ont fait dans toutes ces circonstances, et ce que fit à son époque
Saint Jean de Dieu, constitue la trajectoire prophétique suivie par l'Ordre,
recueillie, parfois de façon sous-entendue, dans les Constitutions:
"Nos Frères se souviendront qu'ils sont tenus dans l'assistance
corporelle aux infirmes hospitalisés dans nos hôpitaux, à effectuer tous les
services nécessaires... même au péril de leur vie" (Const. 1926, 225b).
"L'hospitalité dont nous avons fait voeu nous engage à défendre les
droits de la personne à naître, à vivre décemment, à être assistée dans ses
infirmités et à mourir avec dignité” (Const. 1984, 23a).
f) Assistance technique et professionnelle et
humanisation
Il est évident que la médecine, ces dernière années, a
réalisé des progrès énormes au point d'atteindre un niveau inattendu il y a
encore une dizaine d'année. En cela, sans aucun doute, l'Ordre de Saint Jean de
Dieu, à partir de son Fondateur, a été un pionnier non seulement dans son
dévouement charitable et hospitalier, mais aussi pour le niveau technique et
professionnel qu'il offre dans ses Hôpitaux. La préparation au niveau médical,
chirurgical, de l'infirmerie, pharmaceutique et des autres spécialisation a
toujours été une des préoccupations constantes de l'Ordre. Dans ce but, dans de
nombreux hôpitaux de l'Ordre, on fonde des écoles de Médecine et de Chirurgie
et d'Infirmiers, où se formèrent de nombreux Frères (Madrid, Paris, La
Rochelle, Rome, Venise, Naples, Milan, Vienne, Feldsberg, Straubing, Prague, etc..).
D'autres Frères se formèrent dans des universités prestigieuses. Dans ces
domaines, se distinguèrent de célèbres Frères lesquels exercèrent leur
profession non seulement dans les Hôpitaux de l'Ordre, mais aussi en suivant
les armées dans les campagnes militaire de nombreux pays, et dans des hôpitaux
civils (par exemple: les Frères Chaparro, Ferrara, Bueno, etc..).
L'organisation hospitalière et les soins prêtés, ont été
un autre aspect pour lequel les Frères ont eu une grande intuition et
créativité, étant donné qu'ils étaient des pionniers en la matière.
Actuellement, l'Ordre possède des oeuvres de différent type, dont de grands
Hôpitaux très qualifiés sur le plan technique, où l'on travaille avec des
moyens très sophistiqués et très avancés.
Tout au long de cette période, à coté de sa préoccupation
d'offrir une assistance technique et professionnelle de qualité, l'Ordre a
toujours souhaité conserver un style plein de charité, de tendresse et très
humain dans son assistance aux pauvres et aux malades. Amour et science,
humanisation et technique, sont le binôme qu'on a toujours essayé de maintenir
pour rester fidèles au style de Saint Jean de Dieu, et manifester la mission de
l'Eglise qui est d'exercer la charité et de soigner les malades:
"La charité ne peut être séparée du progrès, qui, lui, doit être à
l'avant-garde, ancien pour ce qui est de la charité mais moderne dans ses
moyens. Charité ancienne, moyens modernes". [14]
"Les infirmiers dormiront dans les salles des infirmes pour pouvoir
répondre immédiatement à leurs besoins" (Const. 1585, 9,8).
"Le médecin et le chirurgien devront faire preuve tant de connaissance
que de charité, qualités nécessaires pour soigner les infirmités de tous les
malades qui sont traités dans cet hôpital" (Const. 1585, 11,1).
"Pour notre mission hospitalière, nous réalisons et développons le
meilleur de notre être... cela suppose... la préparation humaine, théologique
et professionnelle, comme condition indispensable pour offrir aux malades et à
toute personne dans le besoin le service efficace qu'ils méritent et attendent
justement de nous. Dans le milieu dominé par la technique et la consommation de
la société moderne, dans laquelle nous découvrons chaque jour de nouvelles
formes de marginalisation et de souffrance, notre apostolat est tout à fait
actuel. Dans ces conditions nous sommes appelés à réaliser notre mission avec
des attitudes et des manières humanisantes" (Const. 1984, 43, 44a).
g) Collaboration avec l'Eglise et les autres
institutions
Dès ses débuts, l'Ordre a toujours été ouvert à la
collaboration avec les autres Institutions dans le but de réaliser sa mission
évangélisatrice. C'est une ligne qui est encore suivie aujourd'hui et qui
témoigne de l'esprit de solidarité et de service de notre Ordre.
"Seconde fin et objectif de l'Ordre", le soin et l'assistance
corporelle et spirituelle des infirmes... dans les hôpitaux propres de l'Ordre
et dans ceux qui lui ont été confiés" (cf. Const. 1926, 1,3).
"Les attitudes de service et d'ouverture propres à notre mission nous
poussent à coopérer avec d'autres organismes de l'Eglise et de la société, dans
le champs de notre apostolat spécifique" (Const. 1984,
45e; cf. 47).
h) Mission "ad gentes"
La naissance de l'Ordre coïncide presque avec la
découverte du Nouveau Continent. Immédiatement il contribua à la mission
évangélisatrice en l'exerçant à travers le service de l'hospitalité.
Ce départ marqua la vocation missionnaire de l'Ordre
lequel, dans la mesure du possible, se fit présent tout au long de son histoire
sur les cinq continents, en apportant le message d'amour miséricordieux du
Père, aux pauvres, aux malades et aux nécessiteux:
"Conscients de notre responsabilité dans la diffusion de la Bonne
Nouvelle, nous maintenons toujours vivant en nous l'esprit missionnaire. Nous
exerçons l'apostolat hospitalier en renforçant constamment notre présence en
terre de mission, particulièrement dans les pays moins favorisés" (Const. 1984, 48).
Suivant cette orientation qui est aussi celle de
l'Eglise, (voir Concile Vatican II "AD GENTES"), l'Ordre a fait de
grands efforts pour être présent en Afrique, en Amérique Latine et en Asie.
i) L'apostolat de la quête
La quête était une pratique apostolique qui a accompagné
l'Ordre tout au long de son histoire. "Mes
Frères, faites le bien pour vous même". C'était l'appel que Jean de
Dieu lançait dans les rues de Grenade en demandant l'aumône pour son hôpital.
Jusqu'à il y a quelques années et encore aujourd'hui dans certains endroits,
les hôpitaux vivaient des aumônes des bienfaiteurs de l'Ordre. Actuellement,
même si c'est avec des moyens plus modernes et, dans la plupart des cas, comme
soutien à l'engagement social que l'Ordre réalise, ceci se vérifie encore et
constitue une partie de sa mission évangélisatrice. Pour Jean de Dieu, c'est un
véritable apostolat en faveur des personnes qui soutiennent l'activité
charitable de l'Ordre avec leurs dons.
"Fidèles à notre esprit, nous encourageons la pratique de l'aumône
comme forme d'apostolat. Nous la considérons non seulement comme une oeuvre de
miséricorde qui nous donne les moyens d'aider les nécessiteux , mais aussi
comme un bienfait pour celui-là même qui la pratique; et de plus, comme
témoignage de justice et de charité, qui veut contribuer à supprimer les
barrières qui existent entre les classes sociales" (Const. 1984, 49b).
j) Unis aux collaborateurs
La présence des collaborateurs dans la réalisation de la
mission a été une caractéristique constante de l'Ordre. Evidemment, il y
quelques année encore, c'étaient les Frères qui réalisaient la plupart des
activités hospitalières. Mais déjà à l'époque de son Fondateur, il y avaient
des Collaborateurs dans nos Centres: des médecins, des chirurgiens, des
prêtres, des aides-soignants, des bienfaiteurs et de nombreuses Confréries et
Associations dans les hôpitaux.
De nos jours, en raison de la modernisation de la
médecine et de l'assistance, de nombreux Collaborateurs se sont joints à nous
dans nos oeuvres avec lesquels nous partageons notre mission. L'Ordre compte
également sur l'aide et le soutien de nombreux bénévoles associés qui offrent
leur temps et leur personne au service des infirmes et des nécessiteux.
"Conscients de nos limites, nous recherchons et acceptons la
collaboration d'autres personnes, diplômées ou non, de bénévoles et d'employés,
auxquels nous nous efforçons de communiquer notre esprit dans la réalisation de
notre mission" (Const. 1984, 46b; cf. 51a).
k) Sacerdoce ministériel au titre de l'hospitalité
Jean de Dieu appelait tout le monde ses Frères et se
considérait le Frère cadet de tous. Ses disciples constituèrent une Confrérie
pour le service aux pauvres et aux malades, et lorsque l'Ordre fut approuvé par
l'Eglise, c'est en tant qu'Ordre laïc, comme l'explique très bien Jean Paul II
dans son exhortation apostolique "Vie Consacrée" (Cf. VC, 60). Mais
dès son approbation, pour le réconfort de ses malades et de ses pauvres, ainsi
que pour la communauté religieuse, l'Ordre a toujours eut des Frères prêtres
pour sa mission spirituelle et pastorale dans les hôpitaux et dans les
communautés de Frères.
"Il faudrait que chaque hôpital existant actuellement ou qui sera
fondé à l'avenir, puisse disposer d'un Frère prêtre dont la fonction sera de
dire la messe, de célébrer les autres offices divins, d'administrer les sacrements,
aussi bien pour les Frères que pour les pauvres de Jésus" (Bulle LICET EX DEBITO; St. Pie V, 1572).
"Notre Ordre est un Institut laïc; néanmoins, dès son approbation, il
a été concédé que certains Confrères pourraient accéder au sacerdoce pour pouvoir
exercer le ministère sacré parmi les malades, dans nos communautés et dans nos
oeuvres hospitalières"
(Const. 1984, 1c).
2. La dimension missionnaire de l'Ordre dans les
écrits de nos Frères
La dimension missionnaire constitue une valeur
essentielle de la vie des hospitaliers. Notre histoire et tradition sont
pleines de témoignages qui le confirment. Nous vous proposerons ci-dessous
quelques-uns des témoignages écrits les plus importants, dans lesquels
apparaissent la préoccupation, l'animation et le dévouement qui encourageront
l'action missionnaire de notre Ordre. Pour être brefs, nous ne prendrons en
examen que les écrits des Frères à partir de Père Giovanni Maria Alfieri.
a) Père Giovanni Maria Alfieri
Nommé Général le 19 mai 1862, il occupa cette charge
jusqu'à sa mort en 1888. Personnage de relief de l'Ordre, sa profonde vocation
hospitalière, son amour pour les pauvres et les malades, pour l'Eglise et pour
l'Ordre, se conjuguaient à une grande intelligence et à un sens développé de
l'entreprise; c'était la personne dont l'Ordre avait besoin dans ces années
difficiles de la seconde moitié du XIXème siècle.
Il donna un essor à la restauration de l'Ordre en
Espagne, au Portugal et en Amérique, et durant son généralat, on fonda les
hôpitaux d'Israël, d'Angleterre et d'Irlande; il encouragea les Frères italiens
à rester fidèles et constants dans leur mission de charité en faveur des
malades, en particulier au moment où les Ordres furent supprimés dans ce pays
(7 juillet 1866). Il en fit de même avec les Hospitaliers des autres Provinces.
Il écrivit de nombreuses lettres (dont 26 lettres
circulaires), pour raviver l'esprit de miséricorde et inculquer la juste
observance et promouvoir la formation des jeunes religieux. Nous signalons
ci-dessous quelques extraits de ses écrits:
"J'exhorte et ordonne à tous,
quelques soient les lieux où ils se trouvent, de prêter leur aide à la
population, même dans la prévention des catastrophes, et par l'intermédiaire
des leurs supérieurs, d'offrir leur oeuvres et leurs locaux aux autorités
ecclésiastiques et civiles, tout en conservant la direction et
l'assistance". [15]
"Nous envoyons Bénédict Menni,
cet enfant chéri du Christ, en France et en Espagne où il restera le temps
qu'il faudra pour promouvoir le développement et le bien de notre Ordre, selon
les indications de nos Constitutions, de nos Instructions et celles du
Saint-Siège. C'est pourquoi nous le recommandons au Seigneur et aux Vénérables
Evêques et Supérieurs Ecclésiastiques et Réguliers, et nous les prions de lui
accorder toute leur protection".[16]
b) Le Bienheureux Bénédict Menni
Né à Milan en 1841, Général de l'Ordre Hospitalier,
restaurateur de l'Ordre en Espagne, au Portugal et en Amérique Latine,
Fondateur de la Congrégation des Soeurs Hospitalières du Sacré Coeur de Jésus,
il mourut à Dinan en 1914.
On peut affirmer que son engagement hospitalier fut
surtout un engagement missionnaire. A 26 ans, il quitta l'Italie pour accomplir
la mission qui marqua toute sa vie: la restauration de l'Ordre en Espagne,
Amérique et Portugal. Il montrait ainsi sa disponibilité:
"J'écrivais au Révérend Père Alfieri, à l'époque Supérieur Général de
notre Ordre, lui disant que je me sentais à tel point animé par le désir de
travailler pour le bien de notre Institut Hospitalier, que je me remettais dans
ses mains pour qu'il m'envoie là où c'était nécessaire pour pratiquer la Sainte
Hospitalité". [17]
Les lettres écrites par Bénédict Menni furent nombreuses:
463 aux Frères et 870 aux Soeurs Hospitalières, ainsi qu'un grand nombre
d'autres lettres écrites au cours de ses premières années de séjour en Espagne.
Nous n'en reportons ici que quelques extraits qui témoignent de sa vocation et
de son dévouement missionnaire.
"Dans quelques jours, j'accompagnerai moi-même le premier groupe de
religieux qui se rend en Amérique. Une entreprise ardue et difficile, bien
au-dessus de nos forces, mais que nous espérons pouvoir porter à terme avec
l'aide de Dieu". [18]
Il tenta, en outre, d'étendre l'Ordre à Rio Munni et aux
Philippines.
"J'ai reçue votre lettre du 30 et la carte de Rio Munni, par laquelle j'apprends que ce pays est rattaché
à l'Espagne. Il ne me sera pas difficile d'y envoyer un Confrère; il serait bon
toutefois que le Gouvernement considère ceux qui appartiennent à notre Ordre comme
des missionnaires, pour qu'ils soient ainsi exemptés du service militaire.
J'attendrai que vous me disiez si vous pouvez intervenir dans ce sens". [19]
"Si Dieu le veut, l'arrivée des Frères de notre Ordre Hospitalier sur
ces îles Philippines pourra devenir une réalité; ceux-ci n'iront pas s'occuper
d'hôpitaux... mais fonder un asile pour fou sur cet archipel". [20]
Fidèle à la tradition de notre Ordre, il fit preuve d'un
esprit hospitalier et missionnaire en se montrant toujours prêt à assister les
malades et les nécessiteux là où c'était nécessaire, et particulièrement en
temps d'épidémie et de malheur:
"Monsieur, les nouvelles très graves publiées dans les journaux sur la
situation sanitaire de l'asile de San Baudillo de Llobregat, me poussent à vous
offrir, au nom de la Corporation des Frères Hospitaliers de Saint Jean de Dieu
et des Soeurs Hospitalières de Notre-Dame du Sacré Coeur de Jésus, le personnel
nécessaire pour assister les malades du choléra à l'asile de San
Baudillo". [21]
Dans ses nombreux écrits, on trouve des recommandations
et des orientations qu'il adressait aux Frères, en tant que Supérieur,
concernant le service et l'hospitalité auprès des malades et des pauvres:
"Pour cela, en vertu du voeu d'Hospitalité, chaque religieux profès de
notre Ordre est obligé de prêter aux malades, riches ou pauvres, tous les
services corporels et spirituels dont ils ont besoin et qu'ils peuvent prêter
selon leurs attitudes ou fonctions en obéissant aux objectifs de notre
Institut". [22]
c) Saint Richard Pampuri
Il naquit le 2 août 1897 à Trivolzio (Pavie). Après une
enfance et une jeunesse exemplaire, il obtint son diplôme en Médecine et en
Chirurgie en 1921, et de 1922 à son entrée dans l'Ordre, il exerça la
profession de médecin communal à Morimondo. Il entra dans l'Ordre comme
postulant en 1927 et émit ses voeux temporaires le 24 octobre 1928. Il mourut à
Milan le 1er mai 1930.
Il se distingua par sa bonté, sa simplicité, sa candeur
et par la profondeur de sa vie spirituelle. Parmi ses écrits (146 lettres) sur
le thème qui nous intéresse on peut mettre en évidence que:
Sa grande attention pour les missions était due en grande
partie à sa soeur, Soeur Longina, missionnaire en Egypte. Sa soeur appartenait
à la Congrégation des Franciscaines Missionnaires du Coeur Immaculé de Marie et
resta en Egypte pendant plus de 60 ans. Ses échanges épistolaires avec elle
furent intenses (66 lettres), pleins de tendresse et d'une profonde
spiritualité. Saint Richard lui communiquait sa volonté d'aimer et de servir
Dieu et de chercher le meilleur moyen de répondre à son appel:
"Tu auras compris que dans ma recherche pour trouver la voie la
meilleure à travers laquelle Dieu souhaite que je le serve, souvent j'ai été
confronté à celle si glorieuse du missionnaire; mais souvent aussi ma faiblesse
physique et plus encore celle morale me dissuadèrent de tout cela. Mais malgré
tout, j'embrasserais avec tellement d'ardeur cet état, si la Providence me
l'indiquait comme celle qui me conviendrait le mieux". [23]
"Le 3, j'ai eu l'occasion de parler avec le Révérend Père Provincial
de l'Ordre de Saint Jean de Dieu, dans lequel il m'avait permis d'entrer depuis
plus d'un an. Il me dit qu'il m'accueillerait avec grand plaisir (s'il en avait
l'occasion), et ceci malgré ma santé un peu fragile et le soupçon d'une
pleurite. Comme tu le sais, je sentais depuis longtemps déjà le besoin d'une
Règle pour pouvoir persévérer dans une vie digne, sans le danger de graves
chutes. Pour cela, j'ai accepté l'offre fraternelle et le 6, j'ai présenté ma
demande d'admission en me fiant exclusivement à la bonté et à la miséricorde de
Dieu". [24]
L'assistance aux malades et aux nécessiteux constituaient
l'atmosphère dans laquelle Saint Richard exerça son activité apostolique et
missionnaire. Son zèle et son professionnalisme n'avaient pas de limites,
malgré sa santé fragile:
"Prie aussi pour mes malades, pour qu'avec l'aide de Dieu, je puisse
leur procurer un vrai réconfort". [25]
L'Ordre accueillera le médecin saint, appelé par Dieu à
vivre sa consécration hospitalière. Il ne vécut parmi nous que trois ans, mais
trois années pleines d'amour, d'humilité, de don aux autres et de témoignage
d'hospitalité. Il fut formateur pour les jeunes religieux qui se préparaient à
devenir infirmiers et médecins à Brescia. Il était aimé de tous, des malades et
des confrères, pour sa vie exemplaire.
"Je prie beaucoup pour nos chers malades afin qu'ils puissent trouver
dans nos hôpitaux la santé morale et aussi, en grande quantité, la santé
matérielle, pour la plus grande gloire de Dieu et pour leur salut". [26]
d) Père Ephrem Blandeau
Nommé Supérieur Général par Décret de la Congrégation
Sacré des Religieux, le 15 janvier 1939, son service de gouvernement et
d'animation de l'Ordre dura jusqu'au 26 avril 1953. C'était une personne
simple, doué d'une grande bonté et intelligence, qui le faisaient aimer de
tous.
Il fit son service durant la Seconde Guerre Mondiale, se
distinguant pour son souci d'assistance et pour son intérêt à l'égard des
différentes situations dont les Provinces et le Centres souffraient et qu'ils
devaient supporter. Nous connaissons deux de ses lettres destinées à informer
l'Ordre sur la situation où se trouvaient les Centres et nombre de nos
Confrères morts, disparus ou prisonniers.
Dans une de ses lettres destinée à l'Ordre, il faisait un
bilan de notre apostolat:
"Nous devrions être des apôtres par notre rayonnement et notre charme
personnel quand nous accomplissons nos tâches quotidiennes, si humbles et si
modestes soient-elles. En agissant ainsi nous répondrons à la volonté du Saint
Père qui, en parlant de l'Action Catholique déclare que les hospitaliers sont,
de par leur vocation de charité, les pionniers de l'Action Catholique". [27]
e) Père Mosè Bonardi
Il fut élu Supérieur Général de l'Ordre le 26 avril 1953
et occupa cette charge jusqu'en 1959. Il s'intéressa tout particulièrement aux
oeuvres missionnaires et à la formation des religieux qui y étaient destinés.
Nous vous livrons ici quelques paragraphes de ses écrits:
"Saint Jean de Dieu rêva la vie du missionnaire dans les déserts de
l'Afrique; nous, ses enfants, en cette Année consacrée à la Très Sainte Vierge,
nous mettons en acte le souhait de notre Saint Fondateur et apportons son
oeuvre d'évangélisateur, livrée à la charité, parmi les peuples qui sont loin
de la foi et de la civilisation". [28]
"L'idéal missionnaire est en train de se diffuser et de prendre
consistance et force dans les rangs de notre Ordre. Nous accueillerons de bon
gré toutes les initiatives qui naîtront de cette ferveur missionnaire et, après
les avoir unifiées, nous les présenterons à toutes les Provinces afin que
celles-ci y participent et nous apportent leur collaboration. Dans cette course
à la foi et à la générosité, toutes les Provinces, même les plus petites et les
plus pauvres en sujets et moyens économiques, pourront trouver leur place
d'honneur et de travail".
"Il est donc indispensable que les religieux qui sont destinés aux
terres de mission soient préalablement préparés de manière correcte". [29]
f) Père Igino Aparicio
Il fut nommé Supérieur Général le 26 avril 1956 et occupa
cette fonction jusqu'en 1971. Il continua l'oeuvre de Père Mosè Bonardi en
favorisant l'extension de l'Ordre en terre de mission et montra un intérêt
particulier pour la formation et la bonne insertion des Frères dans ces pays et
ces cultures. Nous vous livrons quelques passages de ses lettres circulaires:
"Il faut remercier le Seigneur pour ce moment actuel d'expansion que
l'Ordre a obtenu à travers les Provinces Espagnoles, aussi bien dans la
Péninsule que sur les terres d'Amérique et plus récemment en Afrique". [30]
"Je profite de cette occasion pour vous informer qu'aujourd'hui
l'Ordre a un hôpital missionnaire en Inde..., dans l'état de Kérala et dans le
diocèse de Chanagacherry, de rite malabarien. Cette nouvelle fondation a été
réalisée par la Vice-province Rhénane". [31]
"Les religieux qui vivent en terre étrangère doivent avant tout
s'efforcer de s'adapter à l'environnement culturel du pays où ils se trouvent... Ils doivent s'adapter aux
coutumes et aux usages locaux, à son alimentation, à ses formes sociales, à sa
langue... Dans le centres de formation ... il faut préparer l'âme de nos jeunes
à vivre leur lendemain dans n'importe quel lieu où l'obéissance les envoie...
en créant chez eux une mentalité d'universalisme chrétien, pour qu'ils sachent
aimer, respecter et s'engager en faveur du pays où ils seront destinés". [32]
3. L'activité missionnaire d'après la pensée de
nos missionnaires
Dans ce chapitre, nous voudrions exposer la pensée et le
témoignage de quelques Confrères qui, actuellement, exercent leur apostolat aux
quatre coins du monde. Nous souhaiterions que leurs paroles confèrent une note
de réalisme et de vécu à notre réflexion.
a)
Frère Anthony Leahy - Papouasie-Nouvelle-Guinée [33]
L'appel à travailler dans les oeuvres missionnaires de
l'Ordre est un don et un héritage que nous tous, Frères, avons reçu de Jésus et
de notre Père Fondateur Saint Jean de Dieu. Notre mission consiste à apporter
la Bonne Nouvelle de Jésus, selon le style de Saint Jean de Dieu, à tous ceux
que nous rencontrons dans la rue chaque jour.
Nous, Frères de Saint Jean de Dieu, nous nous trouvons en
Papouasie-Nouvelle-Guinée depuis 1971. La volonté de continuer l'oeuvre de
Saint Jean de Dieu nous a conduit sur cette terre, pour pouvoir répondre avant
tout aux besoins spécifiques du pays, en particulier l'assistance aux
handicapés physiques et mentaux.
Cette petite graine s'est transformée en une petite forêt
fort salutaire. L'engrais qui nous a aidé à croître a été l'acceptation des
candidats du lieu comme postulants et, par la suite, comme Frères. Aujourd'hui,
la mission en Papousie-Nouvelle-Guinée comprend deux secteurs:
1) l'assistance aux nécessiteux, en particulier les
malades et les pauvres;
2) l'aide aux vocations autochtones à travers le
discernement.
L'Ordre souhaite et rêve que le peuple de
Papouasie-Nouvelle- Guinée puisse connaître l'amour de Dieu à travers la
connaissance et l'oeuvre de Jean de Dieu, afin qu'ils puissent devenir
eux-mêmes des missionnaires au milieu des gens avec lesquels ils vivent et
travaillent.
b)
Frère Fortunatus Thanhauser: les Frères de Saint Jean de Dieu en Inde [34]
Après la fondation érigée par les Frères du Portugal à
Goa il y a quelques siècles, les missionnaires sont revenus en Inde après le
Concile Vatican II; à la base de ce retour, il y a une visite que l'Evêque
indien fit en Allemagne en 1964. Ce prélat s'était déjà rendu à l'hôpital de
l'Ile Tibérine à Rome et il avait été touché par le dévouement avec lequel les
Frères servaient les malades et les pauvres. Les manières délicates et
charitables des Frères l'amenèrent à faire cette réflexion:"Ah, si je
pouvais avoir ces Frères dans mon diocèse en Inde!". Les Frères se
préparèrent donc à se rendre en Inde.
Après avoir surmonté toutes sortes de difficultés, trois
Frères obtinrent le visa d'entrée pour l'Inde. Les premiers Frères arrivés
d'Allemagne étaient Frère Fortunatus et Frère Prakash. Ils arrivèrent à
Kattapana le 19 novembre 1969 et ouvrirent un petit dispensaire avec l'aide
d'un médecin indien et de quelques religieuses. Ce dispensaires qui comptait 20
lits s'agrandit peu à peu, tout au long de ces 25 années, jusqu'à devenir un
hôpital de 275 lits, avec 18 médecins, y compris les spécialistes.
Constatant les besoins et sur conseil des médecins, on
construisit l'Hôpital de long séjour, comprenant 150 lits pour patients
chroniques, personnes âgées et un service pour les enfants handicapés.
A l'hôpital les conversions sont rares, mais à l'hôpital
de long séjour (La Maison des Pauvres), il y en a fréquemment, sans contrainte
ni influence. Il en est de même avec les enfants de l'école qui accueille 56
enfants externes. A l'hôpital de Kattapana, nous avons porté à terme de
nombreux projets pour réaliser une pastorale plus régulière, étant donné que
cette dernière n'est encore considérée que comme administration des derniers
sacrements.
Kattapana se trouvant dans un lieu isolé, il était
difficile de disposer de prêtres et d'enseignants pour les novices, on décida par
conséquent de transférer le noviciat à Madras-Poonamallee, près du séminaire
des Père Salésiens. Depuis 1981, dans la maison du noviciat il y a une petite
Maison des Pauvres (Poor Home) et un dispensaire.
Appelés par l'Evêque de Kandwa dans l'état de Madhya
Pradesh, en 1986, une nouvelle oeuvre fut commencée à Deshgaon, près de Kandwa,
avec l'ouverture d'un centre médical et d'un dispensaire. Dans cet état, les
conversions sont interdites par le gouvernement.
c)
Frère Savio Tran Ngoc Tuyen. Bien-Hoa Vietnam [35]
La présence des Frères canadiens au Vietnam s'étend du
mois de janvier 1952 au mois de septembre 1975. Les Frères supportèrent de
nombreuses épreuves durant la guerre, pour transmettre l'esprit de Saint Jean
de Dieu et sa spiritualité aux Frères Vietnamiens. Ils constituèrent un grand
témoignage d'évangélisation à travers leur activité hospitalière.
Grâce à leur persévérance et leurs sacrifices, ils
arrivèrent à former des Confrères Vietnamiens. C'est la raison pour laquelle
notre Ordre existe encore de nos jours au Vietnam, bien qu'aucun Frère
missionnaire n'y soit plus arrivé depuis plus de vingt ans.
De 1975 jusqu'à nos jours, les Frères Vietnamiens
s'efforcent de s'adapter au régime socialiste, pour pouvoir continuer à vivre
selon l'esprit de Saint Jean de Dieu et la spiritualité de l'Ordre, malgré les
difficultés passées et présentes, mais "Saint Jean de Dieu continue à
vivre dans le temps".
L'action missionnaire au Vietnam:
·
Objectif: les
personnes pauvres des villages abandonnés, isolés et lointains.
·
Action:
former les gens à la prévention et à l'hygiène, soigner les maladies dès leur
apparition et les soigner à domicile.
·
Moyens: il
faut des moyens économiques et financiers et des Frères lesquels habitent dans
ces villages en groupes de deux à quatre.
·
Utilité:
l'Ordre pourrait facilement construire une maison pour réaliser beaucoup de
choses, ce serait un signe de sensibilité, un témoignage pour les gens et cela
lui permettrait de soigner beaucoup plus de personnes qui connaîtraient mieux
notre Ordre. Les prix des consultation seraient bas et les services plus
soignés.
d)
Frères Mauel Nogueira. Nampula [36]
Notre opportunité missionnaire: nous le savons très bien,
toute l'Eglise est missionnaire et tous les organismes qui la composent le sont
aussi, continuant ainsi le ministère du Christ. Il est vrai aussi que tous ces
organismes doivent assumer l'engagement missionnaire en accord avec leur propre
nature et leur charisme et en utilisant tous les moyens adéquats. Il est donc
de notre devoir d'être des missionnaires de la charité hospitalière, puisque
c'est notre charisme et notre tâche: exprimer l'amour du Père envers tous les
nécessiteux.
Il est donc évident que notre façon de collaborer à la
construction du Royaume de Dieu dans les circonstances actuelles est tout à
fait opportune et indiquée. En effet, plus les voix et les appels sont nombreux
en ce monde, plus il est urgent de témoigner par nos oeuvres qui sont des lieux
de dons au service de la misère humaine.
Mais si nos possibilités sont grandes, nos
responsabilités le sont aussi. Pour obtenir une action missionnaire efficace,
il faut une préparation adéquate pour nos oeuvres et nos Frères.
Quelques conditions pour une bonne réussite: des oeuvres
adaptées aux conditions: nous savons qu'aujourd'hui l'activité hospitalière,
comme toute autre activité, peut devenir une activité apostolique intéressée
et, parfois même une exploitation.
C'est un avertissement qu'il ne faut pas perdre de vue au
moment où l'on décidera quel type d'oeuvre organiser ou laisser, selon le cas.
Il est évident que nos oeuvres doivent être ouvertes aux
plus nécessiteux, à ceux qui sont repoussés par les autres organismes, à ceux
qui ne peuvent compter que sur notre aide. Une sélection rigoureuse des
patients ou des malades qui sont accueillis dans nos oeuvres, pourrait être un
indice de bonne organisation dans le travail, mais ne constitue en aucun cas un
attitude de charité. L'homme de charité véritable, tout comme notre Fondateur,
a un coeur sensible envers tous le nécessiteux et non seulement envers une
partie d'entre eux.
Pour cela, si une oeuvre doit se spécialiser dans un
secteur ou un aspects de l'assistance bien précis, il est utile avant, et
parfois même avantageux, que celle-ci possède un service de soins d'urgence
pour les personnes qui ont besoin d'aide qui fonctionne. Il faut toujours qu'il
y ait une porte ouverte et un rayon
d'espoir pour les plus malheureux.
Ouverture
et collaboration avec tous et en faveur de tous: L'autre préoccupation est l'ouverture et la
collaboration avec tous les organismes, surtout s'ils travaillent dans le même
secteur sanitaire que nous.
Quand on arrive de loin dans un endroit et qu'on a eu une
formation très éloignée de ce qu'est la réalité, on court le risque de se
considérer un modèle et un prototype, en interprétant mal ceux qui pensent et
qui agissent de manière différente. Nous devons réagir à cette tentation et
cultiver un esprit d'ouverture et de collaboration avec tous, envers tous et de
tous.
L'apostolat
de la quête: l'apostolat de la quête, tant aimé
par notre Fondateur et par ses premiers disciples, n'est-elle pas en crise à
cause de cette tendance que nous avons à nous ouvrir de préférence à ceux qui
peuvent payer, et à ceux qui ont d'autres gens qui paient pour eux? Et, dans
une époque où les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en
plus pauvres, que pourrions-nous faire de mieux sinon demander l'aumône, forts
de notre charisme, pour approcher les uns et les autres, et prévenir ainsi,
dans la mesure du possible, les révoltes sociales?
Notre
identité ecclésiale et de consacrés: finalement un regard pour montrer à travers notre activité miséricordieuse
qui nous sommes, des membres de l'Eglise et des hommes consacrés. Même si nous
vivons dans un environnement chrétien ou musulman, oriental ou animiste, nous
sommes toujours des élus du Christ, investis et envoyés par son Eglise pour
diffuser son Royaume d'Amour plein de compassion et de miséricorde. Les gens
doivent le savoir et le noter. Ils se rendent compte que notre style de vie et
l'amour avec lequel nous traitons notre prochain, naissent de Dieu, et se
fondent sur sa doctrine et sur l'exemple de Jésus.
En résumé: nos oeuvres et nos relations avec tous,
surtout avec les plus malheureux, témoignent de notre adhésion au Christ. Nous
serons ainsi pour tous, un rayon de la charité de Dieu qui atténue ce manque
d'amour qui appauvrit tellement la monde et la société.
e)
Frère Riccardo Botifoll. Lunsar (Sierra Leone) [37]
Evidemment, l'objectif immédiat de l'activité de l'Ordre
dans les pays en voie de développement doit être de caractère sanitaire et
médical; qu'il soit poursuivi à travers les hôpitaux, les dispensaires ou les
centres de soins primaires. Il faut considérer de plus en plus que l'activité
sanitaire ne peut être laissée à la libre initiative des institutions, séparée
de l'action du réseau sanitaire d'état; il serait plutôt urgent d'établir une
coordination, pour ne pas dire une intégration, avec les organismes d'état et
les organismes internationaux (OMS, Société de lutte contre la tuberculose, la
lèpre, etc..) Les résultats étonnants obtenus grâce à la vaccination des
enfants (sarampión, tétanos, polio) et ceux que l'on entrevoit déjà avec le
vaccin contre la malaria, nous indiquent cette direction.
Le risque dont il faut se garder, c'est prétendre d'en
faire trop, c'est-à-dire, vouloir que nos centres existants dans ces pays,
aient un niveau technique et de confort comparable à celui des hôpitaux
européens. Les bénéficiaires ne pourraient être qu'une minorité de gens riches
et nos centres resteraient ainsi hors de la portée de la plupart des pauvres,
pour lesquels, en théorie, nous sommes
venus tout exprès pour leur apporter notre assistance. C'est un danger réel.
On pourrait faire bien d'autres commentaires, mais
l'espace qui m'est accordé ici est trop limité. Permettez-moi cependant de
faire une réflexion qui, pour ceux qui me connaissent, pourrait sembler
obsédante: notre activité missionnaire devrait aussi avoir comme but de changer
le monde européen dont nous venons. Nous travaillons en Afrique, persuadés
qu'ici nous pouvons aider notre vieille Europe.
"Mes Frères,... faites du bien à vous-mêmes, en
donnant aux pauvres.." Continuons à adresser cette exhortation simple mais
efficace de Saint Jean de Dieu, de nos pauvres et simples hôpitaux vers le nord
à la fois repu et insatisfait. Le travail quotidien de nos mains se veut une
prière pour que l'Europe croit vraiment dans le sermon de la montagne, dans
"oeuvre et vérité". C'est notre espoir. Et c'est une raison de plus
sur laquelle nous fondons notre engagement missionnaire.
f)
Frère Raphaël Teh. Monrovie [38]
L'Afrique est un continent de peuples marginaux, agités
par des questions tribales et par des rivalité ethniques. Violence, coups
d'état, problèmes de réfugiés des guerres civiles, violation des droits de
l'homme, exploitation de la part des puissants, faim, pauvreté, maladies,
désespoir et mort. L'absence de paix et de justice ont été la cause principale
de cet ensemble de problèmes qui affligent l'Afrique. L'injustice est
profondément enracinée dans de nombreuses structures du péché sur le continent.
C'est une réalité. Il y a très peu de riches avec des propriétés immenses et de
nombreux déshérités sans terre et dans une extrême pauvreté. Face au pouvoir de
quelques personnes, il y a l'impuissance et l'esclavage de tous les autres.
Les défis de l'Afrique dans le domaine de la santé sont:
la malnutrition chronique, les maladies diarrhéiques associées aux mauvaises
conditions de l'eau et des services hygiéniques, la malaria et les autres
maladies contagieuses, le SIDA et le financement de la santé, le taux de
mortalité infantile élevé, résulta de cette malnutrition chronique et du manque
d'hygiène, des maux que l'on pourraient prévenir avec des soins primaires et
préventifs.
La crise économique et les coupures de fonds contribuent
à l'appauvrissement de l'action sanitaire. Le coût trop élevé des médicaments
et des hospitalisations empêchent l'accès aux soins médicaux à beaucoup de gens
appartenant en particulier au monde rural. La maladie et la pauvreté
constituent un cercle vicieux; on tombe malade parce qu'on est pauvre et on
devient encore plus pauvre quand on est malade.
Dans ce contexte, nous, Frères de Saint Jean de Dieu,
vivons et réalisons quotidiennement notre mission hospitalière et nos centres
hospitaliers sont comme des oasis en plein désert. Je peux en témoigner
moi-même, en particulier à Monrovie où notre hôpital a continué de fonctionner
au milieu des bombardements et de la destruction, tel "une Maison de
Dieu", dans laquelle on accueille tout le monde. Il est extrêmement
gratifiant de voir les démonstrations de joie et les sourires des malades et
des nécessiteux qui ont pu atteindre cette oasis, même si c'est pour étancher
leur soif ou passer leur dernier jour de voyage vers l'éternité. Ils viennent
souvent pour le traitement humain qu'ils reçoivent, parce qu'on leur donne un
lit et des draps propres pour reposer, même si tout cela ne dure qu'un bref
instant. J'aimerais tellement que ces oasis hospitalières s'étendent à travers
ce désert, particulièrement aux limites des banlieues!
Parfois, j'ai envie de hurler face à la frustration et à
mon impuissance à changer les structures du péché de la société. Tous les jours
nous découvrons le visage souffrant du Serviteur de Dieu en voyant tant de gens
submergés par la pauvreté, l'exploitation et le manque de culture, condamnés à
vivre dans des conditions inhumaines. Mais d'autre part, je me console en
sachant que tout action réalisée par le missionnaire hospitalier est une MISSIO
DEI, c'est-à-dire une réalité de Dieu et un mystère éternel. Lorsque nous
atteignons nos limites humaines, Dieu nous conduit à travers les frontières
créées par la voracité de l'homme. C'est l'esprit hospitalier de générosité et
de magnanimité qui motive notre ouverture à explorer de nouvelles voies qui
nous mettent encore davantage au service des marginaux et rendent plus présente
notre mission. La nouvelle hospitalité nous invite à nous déplacer du centre
vers la banlieue pour trouver de nouvelles méthodes de transformation du monde
des pauvres et de leur environnement, c'est-à-dire une transformation des
structures sociales déviées, qui conduisent inévitablement à des conditions
aussi humiliantes.
g)
Frère Juan Bautista Carbo. Lomé (Togo) [39]
On peut affirmer que l'activité missionnaire développée
par l'Ordre tout au long de son histoire, et en particulier ces cinquante
dernières années, a été féconde et plus étendue qu'on ne pourrait le croire à
première vue.
La mission hospitalière a été réalisée en suivant les
principes énoncés dans "Redemptoris Missio", au point 42: "L'homme contemporain croit plus les
témoins que les maîtres, l'expérience que la doctrine, la vie et les faits que
les théories. Première forme de la mission, le témoignage de la vie chrétienne
est aussi irremplaçable".
Si nous regardons aujourd'hui les lieux où l'Ordre est
présent, dans la plupart des cas, nous constatons qu'autour de notre Centre
hospitalier se sont développés des groupes de population: notre présence a
contribué au développement social, économique et religieux, parce que, dans
certains endroits, les Frères sont arrivés avant les "missionnaires"
officiels.
Ceci ne veut pas dire qu'il n'y ait pas eu de lacunes,
mais celles-ci sont dues davantage à l'élan de vouloir faire et intervenir face
à tant de besoins, plutôt qu'au manque de bonne volonté.
L'avenir du charisme hospitalier en Afrique a de bonnes
bases d'implantation et de développement, en particulier pour les Frères
africains, mais constitue en même temps un défi pour l'Ordre tout entier.
L'avenir est plein d'espoir. Mais il est indispensable que tous collaborent
pour soutenir ce développement qui est très rapide et qui, pour cette raison,
pourrait nous échapper des mains.
L'Ordre devrait concrétiser la manière avec laquelle il
souhaite être présent en terre africaine, étant donné que les besoins sont
nombreux et que, dans le futur, l'Eglise africaine aura un poids important au
sein de l'Eglise universelle.
Nous avons une grande responsabilité parce que nous
sommes le seul Institut masculin qui se consacre entièrement au service des
pauvres et des malades. Nous devons par conséquent ouvrir de nouvelles voies et
aider l'implantation du charisme de la miséricorde dans ces nouvelles Eglise,
au contenu si riche, de vie, d'hommes et de femmes ouverts au transcendantal.
Sixième chapitre
ORGANISMES AU SERVICE DE L'EVANGELISATION
Toute la structure juridique et organisatrice de l'Ordre
a pour but d'animer, soutenir et développer le sens apostolique des Frères et
l'action évangélisatrice que notre institut réalise à travers le service aux
malades et aux nécessiteux avec les collaborateurs dans l'Eglise.
Dans ce chapitre nous nous limiterons à faire une liste
des moyens que l'Ordre a destinés au soutien de l'action de l'Ordre dans les
pays en voie de développement, en faisant une distinction entre ceux qui ont
une dimension universelle, parce que promus par la Curie Générale, et ceux qui
sont promus et soutenus par une ou plusieurs Provinces.
1. Organismes de la Curie Générale au service des
missions
a) Le secrétariat pour les missions
Pendant le généralat de Père Mosé Bonardi, plusieurs
Provinces de l'Ordre destinèrent des Frères et des ressources à l'action évangélisatrice
en Afrique et tentèrent également de s'installer en Inde. L'Ordre, à cette
époque-là, vivait une recrudescence des vocations dans différents endroits qui
l'invitait à encourager l'engagement missionnaire des Frères.
Afin "d'encourager,
accroître, développer et donner une règle au mouvement prometteur destiné à
faire rayonner l'appel de la charité hospitalière de notre Père Saint Jean de
Dieu dans les bercails qui ne sont pas dans l'enclos du Christ, pour qu'ils
puissent entendre sa voix et devenir "un troupeau avec un seul
berger" (cf. Jn 10, 16), [40]le
Définitoire approuva les Statuts pour les Missions de l'Ordre, au cours de la
session du 9 octobre 1957.
Depuis lors la Curie Générale s'est efforcée de réaliser
l'objectif indiqué, en encourageant non seulement les aides économiques, mais
surtout en donnant des orientations et en organisant des moyens pour aider les
Frères à se préparer convenablement avant d'être destinés aux pays en voie de
développement, à maintenir vivant l'esprit missionnaire et, plus récemment à
appliquer les critères de formation de l'Ordre en Afrique, en Amérique Latine,
en Asie et en Océanie.
Le cours pour les Confrères-missionnaires, qui eut lieu à
Rome du 5 au 13 février 1980, fut un moment important de réflexion et de
communion pour nos Confrères-missionnaires: ils ont pu non seulement se mettre
à jour sur le plan théologique, charismatique et pastoral, mais chaque
participant a pu expérimenter avec les autres Confrères le souffle universel de
l'engagement missionnaire de l'Ordre. A l'époque Frère Pierluigi Marchesi était
Supérieur Général de l'Ordre.
La Charte Missionnaire dont nous parlerons ailleurs, est,
elle aussi, le fruit de la réflexion et de l'animation poursuivie durant le
premier généralat de Père Marchesi. A l'époque, tous les efforts furent
destinés à la coordination de la formation en Afrique et à la création d'une
culture universaliste chez les Confrères-missionnaires, dont nous avons
recueillis les fruits quelques années plus tard.
b) Fond Commun pour les Missions
Au cours de la Réunion des Supérieurs Majeurs qui se
déroula à Rome en octobre 1989, on approuva la constitution d'un Fond Commun
pour les Missions de l'Ordre "destiné à assurer une continuité dans le
soutien financier pour les activités assistancielles des centres missionnaires
de l'Ordre", en programmant son entrée en fonction à partir du 1er janvier
1992.
A partir de son approbation jusqu'à son entrée en
fonction, on avait prévu:
·
l'envoi aux Pères Provinciaux du
projet de constitution du Fond Commun pour les Missions, en leur demandant leur
avis et de formuler des suggestions et d'indiquer les ressources qui pouvaient
être mises à disposition pour les deux premières années;
·
la constitution auprès de la Curie
Générale d'un groupe de travail pour diriger la phase préparatoire;
·
l'approfondissement des
possibilités de coordination et de lien avec les O.N.G. promues par l'Ordre.
Le Règlement du Fond Commun pour les Missions fut publié
en février 1992. Parmi ses objectifs figurent:
·
L'Ordre constitue un Fond commun
pour les Missions pour soutenir et consolider cette forme d'apostolat.
·
Celui-ci est constitué en faisant
valoir le principe d'universalité dans le but d'arriver à long terme à faire
face aux coûts de toutes les réalités missionnaires de l'Ordre.
A partir de son entrée en fonction en janvier 1992 "il y aura une phase où la
responsabilité du Fond sera concentrée principalement sur les Délégations
Générales d'Afrique et du Vietnam" [41]
c) Ecole de Missionnologie à Rome
La formation des Frères fut la principale préoccupation
de Père Mosé Bonardi qui ressentait parfaitement les lacunes existantes dans le
domaine des missions:
"Nous ne pouvons pas nier que notre Ordre s'est embarqué dans cette
activité missionnaire sans trop se soucier de la préparation spécifique des
sujets". [42]
C'est pour cette raison que l'Ecole de spiritualité,
comprenant une Section de Missionnologie, fut constituée à Rome en 1955 et ses
Statuts furent approuvés le 17 novembre de la même année par le Définitoire
Général et, par la suite, pleinement confirmés par le Chapitre Général de 1959.
Elle fut inaugurée le 14 octobre 1956.
Les objectifs de l'Ecole de Missionnologie furent
déterminés par l'article 1 de ses Statuts:
"Etant donné l'activité missionnaire réalisée par certaines Provinces
de l'Ordre et les exigences particulières de ce genre d'apostolat, en
développement croissant, une Section Missionnaire spéciale est rattachée à
l'Ecole Internationale de Missionnologie, section ayant pour but de préparer
spirituellement, moralement et culturellement les religieux destinés aux
missions".
Le Père Bonardi exposait ainsi les objectifs de l'Ecole:
"L'Ecole qui s'ouvrira à Rome durant l'année scolaire 1956-57, se
propose l'objectif de donner aux missionnaires toutes les connaissances
juridiques, canoniques, linguistiques, sanitaires et préventives pour qu'ils
puissent remplir leur tâches apostoliques et professionnelles avec certitude et
sérénité et une préparation adéquate". [43]
Quant aux destinataires, l'article 33 des Statuts
établissait les qualités requises pour accéder à l'Ecole de Missionnologie:
"Les Provinces qui souhaitent ou ont l'intention de développer dans le
futur leurs activités en terre de mission, doivent envoyer dans cette Section
Missionnaire les religieux, profès solennels, qui souhaitent se destiner aux
missions. Les religieux doivent présenter les qualités physiques,
intellectuelles et morales nécessaires à l'apostolat hospitalier en terre de
mission".
Les critères fondamentaux du programme d'étude pour la
Section de Missionnologie furent déterminés par les articles 34 et 35 des
Statuts:
"Les élèves missionnaires assisteront pendant un an ou deux à
quelques-uns des cours qui se tiennent à l'Institut Missionnaire Scientifique
Pontifical, situé au Pontificio Ateneo Urbano de Propaganda Fide, et à un cours
annuel de médecine missionnaire pour obtenir le diplôme d'infirmier
international" (art.34).
"Dans un règlement qui leur est destiné, on trouvera les autres cours
qui leur permettront de mieux de se former pour leur activité missionnaire à
venir, à laquelle ils devront se consacrer en suivant l'esprit de l'Ordre" (art.35).
L'Ecole de Spiritualité et de Missionnologie s'établit
durant les premières années, à l'Hôpital Saint Jean Calibite de l'Ile Tibérine,
jusqu'à l'inauguration, en 1963, du Centre International de Formation, via
della Nocetta.
Quand aux résultats, l'Ecole de Spiritualité et de
Missionnologie, au cours des ans, et dans ses deux principales étapes, permit
la formation d'un bon nombre de Frères de l'Ordre avec ses cours de théologie,
spiritualité, hospitalité et missionnologie, facilitant et relevant le niveau
de préparation spirituelle, religieuse et apostolique de l'Ordre, dans les
années qui précédèrent et qui suivirent l'avènement du Concile Vatican II.
Quant à la Section de Missionnologie, il y eut deux
réalités très positives:
·
La préparation et la formation
adéquate d'un bon nombre de Frères qui réalisèrent leur apostolat en terre de
mission. Avec de nouvelles fondations missionnaires en Afrique, Amérique et
Asie, ils firent de l'expansion de l'Ordre une réalité.
·
L'Ecole, à travers les Frères qui y
furent formés (certains se rendirent dans les missions d'autres pas) et
l'engagement des Supérieurs, créa une sensibilisation spéciale pour les
missions donnant ainsi à de nombreuses Provinces, l'élan pour créer et soutenir
de nouvelles oeuvres dans les pays en voie de développement. Ceux sont les
fruits que l'on peut encore voir de nos jours, étant donné que les Frères qui y
ont été formés continuent encore aujourd'hui leur apostolat hospitalier dans
des oeuvres missionnaires.
Depuis plusieurs années l'Ecole de Spiritualité et de
Missionnologie ne fonctionne plus en tant que telle, essentiellement parce que
les circonstances et les besoins ont changés et que les possibilités de
formation dans les Provinces se sont multipliées. Malgré tout, le Centre est
resté ouvert aux Frères qui effectuent leur formation à Rome.
c) Secrétariat Général de Pastorale
Il fut créé durant le généralat de Père Pierluigi
Marchesi dans le but de donner un essor
à l'évangélisation et la pastorale de la santé.
Même si l'objet principal de cet organisme n'était pas la
mission, ses initiatives donnèrent toutefois un essor à l'action
évangélisatrice de l'Ordre. Parmi les nombreux documents publiés par ce
Secrétariat, nous vous rappelons les suivants:
·
"Qu'est-ce que la Pastorale de la Santé?" (1980). Son contenu est une application de
"Evangelii nuntiandi" à la réalité de l'Ordre.
·
"La dimension apostolique de l'Ordre Hospitalier de
Saint Jean de Dieu"
(1982). On y trouve les bases et le projet évangélisateur de l'Ordre.
2. Organismes Interprovinciaux et Provinciaux
Les Provinces qui ont des communautés dans les pays de
mission disposent d'une organisation qui leur est propre pour l'animation de la
vie de toute la Province, mais elles se sont toujours efforcées de soutenir en
particulier les communautés, les Confrères et les oeuvres apostoliques des pays
en voie de développement. Toutefois, comme nous l'avons vu, la Curie Générale
s'est efforcée d'ouvrir des horizons d'universalité qui se sont traduits en
projets et en activités réalisés en communion et collaboration entre les
Provinces. C'est dans ce contexte que sont nés les Secrétariats
Interprovinciaux lesquels, aujourd'hui, embrassent toutes les réalités de
l'Ordre. En raison de leur lien étroit avec le thème dont nous nous occupons,
nous parlerons ci-dessous de la CIAL (Commission Interprovinciale d'Amérique
Latine) et de la CIPA (Commission Interprovinciale de l'aire Asie/Pacifique).
a) CIAL OH: Commission Interprovinciale
d'Animation Latino-américaine
L'actuelle Commission Interprovinciale d'Animation
Latino-américaine est née dans le but de coordonner, sur le continent
sud-américain, la réponse à l'appel du Concile Vatican II pour renouvellement
de la Vie Consacrée qui, en 1979, fut pour toutes les Provinces de l'Ordre un
an de grâce spécial: l'année du renouvellement.
En Amérique Latine, après une sensibilisation, une
préparation et une motivation bien menées, à tous les niveaux, on commença et
on termina avec réussite l'ensemble des programmes destinés à faire connaître à
tous les Frères ce qu'ils devaient vivre, à l'avenir, comme renouvellement
religieux dans leur vie de Frères de Saint Jean de Dieu.
Tandis que l'on poursuivait le programme des quatre cours
tenus à Bogota (Colombie), tous les bilans indiquaient qu'il fallait créer un
organisme pour donner une continuité à l'animation que l'on était en train
d'expérimenter.
L'idée de continuer avec un organisme d'animation pour
toutes les communautés de l'Amérique Latine, fut promu par le Père Général de
l'époque, Père Pierluigi Marchesi, un animateur du renouvellement, et par les
Provinciaux de Colombie et d'Espagne et par leur Délégués.
Ainsi, le 17 octobre 1979, naquit le Secrétariat
latino-américain pour le Renouvellement (SELARE), comme service d'animation
pour l'Ordre Hospitalier en Amérique Latine, avec un projet de Statuts qui
seront approuvés par la suite.
SELARE est un organisme à but non lucratif, au service de
l'essence et de la mission même de l'Ordre et des Agents de la Pastorale
Sanitaire d'Amérique Latine. Son objectif est de "coordonner et d'animer
le processus de Renouvellement, dans tous les domaines, pour une présence plus
vivante de l'Ordre en Amérique Latine".
Parmi les activités promues par SELARE, nous signalons
les suivantes:
A L'INTERIEUR DE L'ORDRE
·
SELARE a réalisé son activité
d'animation à travers une série de visites programmées aux communautés des
différentes pays pour présenter les documents de l'Eglise et ceux de notre
Curie Générale.
·
Organisation de Cours pour
Animateurs des communautés; pour les Formateurs; en préparation à la profession
solennelle; de Pastorale Sanitaire et pour les Frères âgés.
·
En décembre 1979, on publia le
premier bulletin SELARE, pour informer et animer les Communauté, ainsi que pour
des documents et des travaux aussi bien sur la Vie Consacrée, que sur la
Formation Permanente et sur la Pastorale de la Santé.
·
Presqu'au même moment, on créa la
collection SELARE qui, jusqu'à ce jour, a publié environ une cinquantaine de
titres sur des thèmes qui se réfèrent au point précédent.
·
On a également élaboré un Plan de
Formation en Pastorale de la Santé par correspondance, en accord avec
l'Université "San Bonaventura" de Bogota.
A L'EXTERIEUR DE L'ORDRE
Presque toutes les publications mentionnées sont publiées
par SELARE pour promouvoir la vie spirituelle communautaire et la mission
évangélisatrice de la Pastorale de la Santé. Mais bon nombre de ces moyens sont
aussi à disposition des Eglises locales dans les divers pays. Celles-ci les
cherchent et en profitent puisqu'il s'agit là des seuls moyens existants
qu'elles ont à portée de main pour la Pastorale de la Santé.
SELARE soutient, organise et participe aussi à une vaste
gamme de manifestations liées à l'éthique de la vie humaine, à la Pastorale de
la Santé, à la théologie et à la spiritualité de la maladie.
Le 30 octobre 1989, la Curie Général approuva les Statuts
grâce auxquels fut constitué le Secrétariat Interprovincial d'Amérique Latine
de l'Ordre Hospitalier (SAL. OH), tout comme dans d'autres aires géographiques
de l'Ordre. A partir de ce moment-là SELARE devint une Section du Secrétariat
Interprovincial. Au cours de la réunion qui eut lieu le 13 septembre 1996, on
constitua la CIAL OH (Commission Interprovinciale d'Animation
Latino-américaine) qui a adopté les lignes d'action du LXIIIème Chapitre
Général qui se tint à Bogota, et qui continuera à développer toutes les
activités que nous avons mentionnées à propos de SELARE, toujours ouvert à la
créativité et la possibilité de nouvelles initiatives, en faveur de l'Ordre et
de l'Eglise en Amérique Latine.
b) La Commission Interprovinciale Asie-Pacifique
A partir de 1979, les communautés et les oeuvres de l'Ordre
en Asie ont été reconnues comme une entité propre à partir du moment où les
Frères de la région élurent des représentants pour participer au Chapitre
Général Extraordinaire de cette année-là. De même, la région est représentée au
Chapitre générale de 1982.
Le 25 février 1991, après avoir consulté les Supérieurs
responsables des communautés et des oeuvres de l'Ordre en Asie, le Gouvernement
Général de l'Ordre créa le Secrétariat Interprovincial d'Asie (SIPA). Le 15
février 1996, le Gouvernement Général approuva un amendement aux Statuts,
lequel avait été présenté à la réunion que la Commission tint à Manille en
octobre 1995, après que la Province Australienne fût rattachée à la Région
Asiatique. La décision prise par la Province Australienne de s'unir à la
Commission Asiatique reflétait mieux les réalités culturelles qui existent
actuellement dans cette région du monde. Dès lors, la Commission a pris le nom
de Commission Interprovinciale Pacifique-Asie (CIPPA).
L'objectif de la Commission CIPPA est de coordonner les
activités des différentes communautés et oeuvres de l'Ordre dans la région
Pacifique-Asie dans les domaines d'intérêt commun. La Commission CIPPA a un
Comité Exécutif composé par le Président, le Secrétaire/Econome et par un autre
membre élu. L'exécutif oeuvre au nom des membres de la Commission, prenant des
décisions sur toutes les matières qui lui ont été assignées par la Commission.
Les objectifs de la Commission sont les suivants:
·
La coopération dans les domaines de
la pastorale, de la mission, du style de vie, de la formation, des laïcs, des
centres et de l'administration.
·
Une meilleure prise de conscience
de ce qui est demandé à l'Ordre en Asie et dans le Pacifique, qui lui permet
d'avoir une présence plus efficace et plus incisive. Une présence plus efficace
pourrait se faire si l'on implantait l'Ordre en Asie et dans le Pacifique à
travers des expressions d'hospitalité nouvelles et innovatrices.
·
Demande d'aide aux organisations
internationales.
·
Développement de programmes
appropriés sur la formation et le style de vie.
·
L'échange d'expériences et de
personnel entre les communautés et les oeuvres de l'Ordre en Asie et dans le
Pacifique.
Au cours de sa réunion qui s'est tenue à Manille en
octobre 1995, la Commission CIPPA décida de créer un Institut Asiatique de
Formation Hospitalière dans le but de promouvoir la formation spirituelle,
culturelle et professionnelle des personnes travaillant pour l'assistance
sanitaire et dans les services sociaux en Asie. L'objectif de l'Institut est de
préparer les étudiants à assumer des rôles de guide que tous les Frères et un
bon nombre de Collaborateurs sont appelés à occuper dans la mission de
l'Hospitalité. La Commission Interprovinciale Asie-Pacifique publie aussi un
bulletin trimestriel.
c) La Fondation "Juan Ciudad" ONG
Afin de promouvoir et de canaliser les aides destinées à
leurs propres centres en Afrique, les Provinces espagnoles ont intégré à la
structure du Secrétariat Interprovincial d'Espagne un organisme interne qui,
grâce à une constante intensification de la programmation destinée à recueillir
des aides auprès d' institutions publiques et privées, et à une multiplication
des exigences des centres en Afrique. A partir du 1er novembre 1991, cet
organisme a été inscrit à l'ordre des fondations d'enseignement et de recherche
auprès du Ministère de l'éducation et de la science et du Ministère de
l'économie et des finances espagnols.
La fondation se consacre au développement et la promotion
de la santé dans les pays dits du Tiers-Monde et répond, dans la mesure du
possible, aux nombreux besoins des 33 centres et des 15 dispensaires de l'Ordre
en Afrique et en Amérique, ayant un total d'environ 4000 lits. Son orientation
principale de collaborer avec les centres de l'Ordre ne l'empêche pas de coopérer
avec d'autres organismes, dans le cas de projets ponctuels.
La fondation siège à Madrid et compte sur des délégations
dans les différentes régions autonomes des pays. Depuis le mois de juin 1994
elle fait partie de la coordination des Organisations Non Gouvernementales pour
le Développement.
Les objectifs de la fondation sont les suivants:
·
contribuer à la sensibilisation de
la société sur les besoins du Tiers-Monde notamment dans le domaine de la
santé;
·
doter, dans la mesure du possible,
les centre de l'Ordre en Afrique et en Amérique Latine des ressources humaines,
techniques et économiques nécessaires;
·
intervenir auprès des organismes
publics et privés qui travaillent dans le domaine de la coopération
internationale et des aides pour le développement, de manière à pouvoir
financer correctement les projets présentés par les centres;
·
collaborer à l'instruction pour le
développement des pays où sont établis les centres de l'Ordre;
·
réaliser des activités
d'information et d'enseignement dans notre société industrialisée sur
d'éventuelles interventions sanitaires, tant au niveau de la prévention qu'à
celui de l'assistance, destinées au pays sous-développés;
·
faire en sorte que les centres de
l'Ordre dans le Tiers-Monde fonctionnent comme des "centres de distribution
et de multiplication" des ressources qu'ils reçoivent afin que toute la
zone d'influence puisse en bénéficier.
Les activités sont bien évidemment reliées aux objectifs
suivants:
·
gestion et financement des projets
de développement;
·
envoi régulier d'aides
humanitaires;
·
promotion, formation et orientation
du bénévolat international;
·
organisation de cours et de
séminaires destinés à sensibiliser la société espagnole;
·
publication régulière d'une revue
de sensibilisation et de divulgation des activités des centres de l'Ordre en
Afrique et en Amérique Latine.
d) Association avec les Frères de Saint Jean de
Dieu pour les malades lointains - AFMAL
L'AFMAL, Association avec les Frères de Saint Jean de
Dieu pour les malades lointains, est une organisation non gouvernementale, à
but non lucratif, une ONG, qui travaille dans le domaine des besoins sanitaires
et en faveur du développement des initiatives de solidarité internationale.
Elle fut constituée le 30 octobre 1979 comme une société qui travaille dans le
domaine du volontariat civil et fut reconnue comme telle par le Ministère des
Affaires Etrangères italien le 17 juillet 1987. Depuis 1993, elle fait partie
des organisations reconnues par l'Union Européenne. Elle est soutenue et
patronnée dans ses activités par l'Ordre Hospitalier.
Elle travaille pour la promotion des activités de soutien
au développement dans le secteur sanitaire. Elle encourage, organise et dirige
des projets de développement à caractère socio-sanitaire. D'une part, elle est
active dans le domaine de la prévention, des soins et de la réhabilitation;
d'autre part, elle réalise des projets en collaboration avec d'autres ONG et/ou
avec des associations humanitaires dans les domaines de la santé, de
l'agriculture, de l'éducation, etc..
L'AFMAL sélectionne et forme du personnel bénévole et
salarié. Elle organise des programmes de formation en Italie et à l'étranger.
Elle mène à bien des programme concrets et spécifiques
aux Philippines. D'autre part, elle travaille au développement d'une action de
sensibilisation de l'opinion publique sur les problèmes du sous-développement,
tels que la faim, la santé, la marginalisation, en particulier dans les pays
les plus pauvres. A cette fin, elle organise des séminaires et des conférences,
encourage les stages pratiques et d'étude, produit du matériel d'information et
didactique et publie un opuscule de coordination.
IV PARTIE
L'HOSPITALITE AUJOURD'HUI
Septième chapitre
LA NOUVELLE DIFFUSION DE L'HOSPITALITE
1. L'Europe: force dynamique de la présence de
l'Ordre
La crise vécue par l'Eglise et, par conséquent, par notre
Ordre, au cours de la première moitié du XIXème siècle, laquelle entraîna son
extinction dans les lieux de grande tradition comme l'Espagne, le Portugal et
la France, fut peu à peu surmontée. Grâce au soutien de l'Italie, l'Ordre put
se réorganiser comme nous l'avons vu plus haut.
Si l'on faisait une carte de la présence de l'Ordre en
1900, on se rendrait tout de suite compte que celle-ci se limitait à l'Europe,
exception faite des maisons fondées à la fin du XIXème siècles, dans l'actuel
état Israël. Ceci nous montre que l'Europe, tout au long de notre siècle, a été
sans l'ombre d'un doute la force dynamique de la présence de l'Ordre dans le
reste du monde ainsi que dans d'autres pays d'Europe, comme par exemple en
ex-Yougoslavie. L'expansion se concrétisa de la manière suivante: les Provinces
espagnoles fondèrent des maisons en Amérique Centrale, en Amérique du Sud et en
Afrique; la Province Française en Afrique et au Canada; celle-ci se rendit aux
Etats-Unis et au Vietnam; la Province Irlandaise en Australie et en
Nouvelle-Zélande, en Corée du Sud, une maison aux Etats-Unis et en Afrique; la
Province Bavaroise au Japon; la Province Rhénane en Inde; la Province Anglaise
en Afrique; la Province Portugaise au Brésil et en Afrique; la Province
Lombard-vénitienne en Afrique et la Province Romaine aux Philippines.
On peut constater ainsi la vitalité du charisme
hospitalier, l'esprit ecclésial, apostolique et missionnaire de l'Ordre, le
témoignage simple et profondément évangélique des Confrères, le grand travail
social réalisé et l'acceptation et le soutien que l'Ordre a trouvé dans les
différents lieux où il s'est rendu présent avec ses fondations.
a) L'activité apostolique réalisée à travers les
centres
Au cours du XXème siècle, notre Ordre a développé son
activité apostolique principalement à travers ses Centres d'assistance en
essayant de répondre ainsi aux différents besoins les plus urgents dans les
lieux où il se trouvait.
Notre objectif assistantiel a été pendant une bonne
partie de cette période les malades mentaux, les handicapés physiques et
psychiques, les enfants scrofuleux et présentant d'autres pathologies. Les
Hôpitaux généraux, les Centres pour personnes âgées et pour les sans abri, les
émigrés et d'autres nouveaux nécessiteux complètent le tableau de l'assistance
à laquelle se consacrent les Frères, de nos jours, en Europe.
Dans ces Centres, nous, Frères de Saint Jean de Dieu,
avons rempli notre mission apostolique en suivant le style de Saint Jean de
Dieu. Nous nous sommes efforcés d'avoir toujours les moyens techniques les
meilleurs et les plus modernes dont la science dispose pour le traitement des
malades. Parallèlement, nous avons voulu, avec diligence et attention, un
niveau d'humanisation élevé dans l'assistance et une grande écoute des malades.
L'accueil universel offert à tous ceux qui se présentaient à la porte de nos
hôpitaux, et les efforts visibles faits en faveur de la dignité des pauvres et
des malades, constituent les caractéristiques les plus importantes de l'Ordre,
dans notre siècle.
Ce furent des temps difficiles pour notre vieux
continent. La conservation des Centres a nécessité de grands efforts. Pour une
bonne partie du siècle, ceux-ci ont été soutenus grâce aux dons que nous ont
offerts une infinité de bienfaiteurs, qui nous ont permis de nous
auto-financer, et grâce à un travail apostolique estimable réalisé par nos
Frères, lesquels finançaient les centres avec ce qu'ils recevaient. La lutte
pour les droits des pauvres et des malades nous a conduit à revendiquer aux
administrations publiques, les moyens sociaux et économiques nécessaires, ayant
recours parfois à un véritable manifeste prophétique. Dans ce sens, l'Ordre a
été un pionnier et de nos jours la plupart de ses Centres sont soutenues par
des subventions et des aides publiques.
La pastorale de la santé et la bioéthique constitue un
autre aspect fondamental pour l'action évangélisatrice de l'Eglise dans le
monde de la santé. A la fin du siècle, en particulier, l'Ordre s'est efforcé,
de façon plus systématique et organisée, de développer et de donner un élan à
ces réalités dans nos Centres et au sein de l'Eglise.
Les changements qui sont intervenus dans la société, dans
le monde de la santé et au sein de l'Eglise et de l'Ordre ont été très
importants au XXème siècle. Il faut souligner notre faculté d'adaptation, de
créativité et notre capacité de trouver des réponses en adaptant nos Centres
aux nouvelles réalités. Nous avons changé ce qu'il fallait changer pour mettre
un terme à tout ce qui ne correspondait plus aux nouvelles situations et pour
mettre sur pied de nouvelles formes de présence apostolique. Tout ceci a pu
être réalisé grâce à une volonté permanente de renouvellement et d'ouverture à
l'Esprit Saint, en suivant les racines les plus profondes de notre tradition.
b) L'Ordre face aux situations de violence et de
persécution
Le XXème siècle s'ouvrit sur une instabilité politique et
sociale qui fut la caractéristique fondamentale de l'Europe à cette époque-là.
Les deux guerres mondiales, la guerre civile espagnole, l'instauration des
régimes totalitaires et les persécutions contre les instituts religieux et
leurs membres qui en suivirent, ainsi que la guerre des Balkans, constituent le
bilan de violence de ce siècle en Europe, siècle caractérisé également par des
découvertes, des évolutions et des progrès de toute sorte.
Exception faite de la guerre en ex-Yougoslavie, l'Ordre a
été impliqué dans tous les conflits et toutes les persécutions. Même dans ces
circonstances, les Frères se sont toujours consacrés avec abnégation au service
des pauvres et des malades, leur unique et vrai objectif.
Durant la Guerre Civile espagnole (1936-1939),
quatre-vingt-dix de nos Frères trouvèrent la mort dans l'exercice de
l'Hospitalité. Soixante et onze d'entre eux furent béatifiés par Jean Paul II
le 25 octobre 1992, tandis que le procès de béatification de dix-neuf autres
Frères est encore en cours.
Dans les pays belligérants, les deux guerres mondiales
entraînèrent la destruction de nos Centres, de nombreuses calamités et
pénuries, ainsi que l'arrestation et la persécution de nombreux Frères dont la
plupart restèrent auprès de leurs malades jusqu'au dernier moment.
Allemagne et Autriche: les deux guerres mondiales
laissèrent des signes indélébiles dans la vie de ces Provinces puisqu'elles
durent passer à travers de grandes difficultés et les Frères subir de graves
persécutions. Nous citerons parmi eux le Frères Eustache Kugler dont le procès
de béatification est en cours.
Tout comme les deux pays, les Maisons de l'Ordre subirent
les conséquences néfastes de la Seconde Guerre Mondiale. Mais peu à peu, elles
reprirent le dessus. Aujourd'hui, ces deux Provinces réalisent leur mission
dans des Centres très bien équipés et peuvent se vanter d'offrir un service de
haute qualité tant au niveau technique qu'humain.
Les pays de l'Europe centrale: à la fin de la Seconde
Guerre Mondiale, dans les pays de l'Europe de l'Est, furent instaurés des
régimes politiques totalitaires, entraînant de tristes conséquences pour
l'Eglise et pour l'Ordre en raison de la suppression des Institutions
religieuses dans bon nombre d'entre eux, ce qui conduit l'Ordre à une
extinction totale. De nombreux Frères furent persécutés et emprisonnés parce
qu'ils voulaient demeurer fidèles au charisme de Saint Jean de Dieu. Un des
personnages les plus importants de cette époque est Frère Célestin Sule,
Provincial de la Province de Bohême-Moravie qui mourut en prison au mois de mai
1951.
Les Provinces de Yougoslavie, de Roumanie, d'Hongrie, de
Bohême-Moravie et de Slovaquie ne regroupaient plus qu'un petit nombre de
Frères, très âgés, mais qui restèrent fidèles à leurs voeux jusqu'à la chute
des régimes totalitaires. Malgré la suppression de l'Ordre, quelques Confrères
continuèrent à exercer leur apostolat hospitalier en assistant les malades dans
les hôpitaux et chez eux, presque toujours clandestinement. Aujourd'hui,
l'Ordre est en train d'essayer de revitaliser sa présence dans ces régions
grâce au soutien des quelques Frères qui ont survécu à tant de souffrances, et
de réanimer peu à peu ces Provinces avec le soutien de l'Ordre tout entier et,
en particulier, avec l'appui des Provinces d'Allemagne et d'Autriche.
La Province Silésie: les quelques Frères, en majeure
partie d'origine allemande, qui ont survécu à la Seconde Guerre Mondiale et
appartenant à la Province de Silésie, ne purent pas y revenir parce que cette
région faisait désormais partie de la Pologne. Ces Frères ont été, par la
suite, les fondateurs de ce qui dans un premier temps a été la Délégation
Générale de Francfort, puis la Province Rhénane et qui, en 1997, est redevenue
une Délégation Générale. Actuellement, la Silésie est une Délégation Générale.
En Pologne les effets du régime politique ne furent pas
particulièrement dramatiques même si toutes nos maisons furent confisquées par
le gouvernement. On autorisa cependant les Frères à vivre en communauté et à
exercer l'hospitalité.
Comme on peut le constater les conséquences pour l'Ordre
furent graves et celui-ci subit des pertes très importantes. Cependant, même en
des temps si difficiles, la réponse fut exemplaire: dévouement, fidélité, vie
religieuse et hospitalière intense des Frères. Ces derniers, malgré cette
époque de grande crise, restèrent fidèles à Dieu, à l'Eglise, à l'Ordre et aux
malades.
A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, notre Ordre
s'agrandit et se développa à nouveau dans tous les pays d'Europe occidentale.
La semence du martyre et le témoignage rendu par de nombreux Frères permirent
ce développement. La générosité de l'Ordre alla jusqu'à offrir ses biens les
plus précieux, comme le Christ s'offrit sur la croix, c'est ce qui entraîna la
renaissance de l'Ordre à une vie nouvelle, avec un épanouissement radieux.
Aujourd'hui, nous poursuivons notre mission confiants en cette semence du
martyre et du témoignage, afin que tout continue et donne de nouveaux fruits
dans l'espoir que le Seigneur trouve en nous, en échange, tant de générosité et
de dévouement.
c) La crise industrielle et l'impératif d'une
nouvelle évangélisation
Les différentes crises politiques, sociales et
économiques que l'Europe a vécu au cours du siècle, ont été à l'origine du
développement et du progrès de ces pays, même si de manière différentes pour
chacun d'eux.
Les progrès de la science et de la technique, la
macro-économie, les institutions internationales, les multinationales, les
nouvelles industries et les nouvelles formes d'occupation nous conduisent à une
situation de bien-être, dans certains endroits
et à certains moments (Welfare State). Nous appartenons à une société de
droits et de devoirs.
Au niveau sanitaire, les caisses primaires d'assurance
maladie, dotées de services et de techniques avancées, ont fait en sorte que
l'assistance médicale soit aujourd'hui, dans la plupart des pays un droit
acquis et gratuit.
Mais tout ceci a donné naissance à une société de
contrastes, avec des groupes marginaux et des couches de pauvreté importantes
que nous connaissons sous le nom de Quart-monde. Nous assistons, en même temps,
dans le monde, à grand changement des valeurs, mais celle de la transcendance
est relégué de plus en plus souvent à un second plan. Il existe aussi un
relativisme éthique et moral.
Même si Paul VI avait déjà désigné l'Europe comme terre
de mission pour l'Eglise, c'est Jean Paul II qui, à différentes reprises, a
lancé un appel en faveur d'une nouvelle évangélisation dans le monde et, plus
concrètement, dans cette Europe de fin de siècle. Il ne s'agit pas d'un nouvel
Evangile, mais de le rendre présent aujourd'hui à travers des méthodes
nouvelles et un essor nouveau.
Rendre présent le Dieu de la vie comme suprême valeur de
l'homme et du monde, témoigner non seulement à travers la parole, mais surtout
avec la vie, et lutter pour défendre l'homme et ses droits inviolables à
naître, vivre et mourir en toute dignité, tout ceci constitue les piliers de
l'Evangile que l'Eglise doit rendre présents aujourd'hui dans le monde.
En Europe l'Ordre tente de répondre à cet appel à la
nouvelle évangélisation à travers sa vocation et sa mission hospitalière. Une
vie centrée sur la prière, personnelle et communautaire, et alimentée par
celle-ci, les communautés de vie fraternelle unies au nom du Seigneur, le service
apostolique dans le dévouement aux pauvres et aux malades, constituent les
piliers de la vie des Frères de Saint Jean de Dieu.
Les raisons qui ont conduit l'Ordre à offrir une réponse
adéquate à la nouvelle évangélisation sur la base de son charisme sont les
suivantes:
·
sa sensibilité vis-à-vis des
nouveaux besoins (malades mentaux, malades chroniques, sans abri, toxicomanes,
SIDA, malades en phase terminale) et ses réponses en leur faveur;
·
l'ouverture dont il fait preuve en
faisant participer et en associant les Collaborateurs à la vie de la mission de
l'Ordre;
·
la collaboration avec les
institutions ecclésiastiques ou d'autres organismes;
·
la pastorale de la santé et la
bioéthique.
En Europe, de nos jours il est probablement très
important, au sein d'institutions religieuses comme la nôtre, d'effectuer, avec
simplicité, des gestes inspirés qui témoignent des valeurs de l'Evangile: faire
preuve de sensibilité envers les nécessiteux, être prêts à rester à leur côté,
à assister en particulier les groupes les moins protégés. D'autre part, dans
nos Centres, il est important de développer encore plus une qualité
assistancielle qui adhère au style de Saint Jean de Dieu, en cherchant toujours
les techniques médicales les plus avancées, tout en soignant l'humanisation, la
défense des droits des malades, en encourageant l'attention religieuse et les
valeurs éthiques et en valorisant la vie dans toutes ses étapes.
c) Les pays où nous oeuvrons
L'Autriche: La Province Autrichienne compte 35 Confrères
et gère 10 centres dont 7 hôpitaux généraux hautement qualifié. Par tradition,
l'Ordre jouit d'une grande estime en Autriche. Le nombre peu élevé de religieux
a conduit le gouvernement provincial à mettre sur pied un processus d'ouverture
envers les collaborateurs, auxquels il a su transmettre les valeurs de
l'hospitalité. De nombreuses oeuvres dépendent des collaborateurs.
La France: Dans la première moitié du XXème siècle, en
raison de problèmes dus aux deux guerres mondiales, la vie des Frères et des
malades fut dure et difficile; ils subirent les conséquences des deux conflits,
mais se distinguèrent, en particulier au cours de la première, par leur travail
dans les services hospitaliers et dans les ambulances qui transportaient les
blessés ainsi que dans les hôpitaux militaires.
Actuellement l'Ordre continue, dans la mesure du
possible, à donner des réponses aux nécessiteux et aux exigences des malades et
des pauvres du pays. De nos jours, la Province gère 8 centres qui d'après la
législation française, sont constitués en corporations et auxquels il faut
ajouter une maison pour personnes âgées à l'Ile Maurice (Pamplemousse) et un
centre pour handicapés mentaux dans l'Ile de la Réunion. La Province compte 80
Frères.
L'Allemagne: En Allemagne, l'Ordre est représenté par la
Province Bavaroise qui compte 50 Frères et 8 centres et par la Délégation
Générale de Rhénanie qui elle compte 12 Frères et 3 centres. Ces dernières
décennies, en Allemagne, l'Ordre a vécu une baisse progressive du nombre des
Confrères, alors que les oeuvres, spécialement en Bavière, ont participé au
processus de modernisation et de technicisation de la société allemande. Les
Frères ont su faire face à cette situation en associant à l'apostolat des
centres un grand nombre de collaborateurs qui maintiennent en vie l'esprit de
Saint Jean de Dieu dans des centres hautement technicisés.
L'Angleterre: En 1880, les Frères français se rendirent en
Angleterre et fondèrent Scorton. L'Angleterre forma une Province avec l'Irlande
de 1934 à 1953, année où l'on constitua la Province religieuse Anglaise dédiée
au Vénérable Saint Beda. Etant donné la diminution du nombre des Frères et le
manque de vocations, la Province Anglaise a opéré un choix pour continuer à
être fidèle au charisme de l'Ordre et a laissé la gestion des grands centres.
Actuellement, elle possède un hôpital général à Scorton, un centre de jour pour
handicapés mentaux, et onze services qui sont des résidences pour handicapés
mentaux, en majorité adultes, tous fondés entre 1989 et 1993, et un Centre de
Pastorale à Hemlington fondé en 1992. En 1961, elle a fondé une oeuvre à Lusaka
(l'actuelle Zambie) qui a été transférée en 1982 à Monze. Les Confrères sont au
nombre de 19.
L'Espagne: L'Ordre en Espagne suivit toujours la ligne
tracée par Père Menni. En 1943, alors que le Bienheureux Guillermo Llop était
Supérieur Provincial, il fut divisé en trois Province: Notre-Dame de la Paz, en
Andalousie; Archange Saint Raphaël, en Aragonie, et Saint Jean de Dieu, en
Castille.
Une fois la guerre civile terminée,
au milieu de tant de pénuries en tout genre, les Province Espagnoles vécurent
un épanouissement de vocations et une expansion grâce aux nouvelles fondations
qui, en 1956, atteignirent même le continent africain. Fidèles au charisme, ils
ont essayé de répondre de façon créative aux nouveaux besoins, en ouvrant des
centres à caractère social, destinés à l'assistance des marginaux, des
toxicomanes, des malades du SIDA, des malades chroniques, des malades
terminaux, des malades mentaux et des handicapés mentaux. Dans ces Centres, les
Provinces s'efforcent d'offrir une assistance de qualité, selon le style de
Saint Jean de Dieu, et à encourager l'attention spirituelle, les comités
d'éthique, le bénévolat, etc.., pour harmoniser le progrès et l'humanisation de
l'assistance. En ce moment, l'Espagne compte 46 centres et 396 religieux.
La
Hongrie: La Province Hongroise, fondée en
1856 et dédiée à l'Immaculée, est actuellement une Délégation de la Province
Autrichienne. Trois Frères ont survécu à l'oppression du régime totalitaire;
actuellement, les vocations sont formées dans les centres interprovinciaux de
formation des Provinces d'Autriche et d'Allemagne. En Hongrie, l'Ordre a 5
centres.
L'Irlande: La présence de l'Ordre en Irlande commença avec
l'arrivée des Confrères français à Tipperory en 1877 où ils fondèrent un asile
pour enfants handicapés. Elle connut le même processus que l'Angleterre et en
1953, on constitua la Province Irlandaise dédiée à l'Immaculée Conception. Dès
lors elle a connu une expansion croissante: de nouvelles fondations furent
réalisées en Irlande; en Corée du Sud elle est présente depuis 1959; en
Australie à partir de 1956 et elle a fondé un centre pour handicapés mentaux à
New Jersey, aux Etats-Unis. Elle compte actuellement 9 centres, avec des
services dans de petites résidences pour handicapés mentaux, et un centre au
Malawi, en Afrique. Les Confrères sont au nombre de 65.
L'Italie: En Italie, les deux guerres mondiales et leurs
conséquences à tous les niveaux, marquèrent profondément l'Ordre dans la
première moitié du XXème siècle; il y eut de plus les mesures prises par le
Gouvernement qui entraînèrent la clôture et la cessation de l'activité de
nombreux hôpitaux; il y eu aussi un manque de vocations, etc.. Mais malgré
toutes ces difficultés, au cours de cette période, on réalisa de nouvelles
fondations dans les deux Provinces italiennes: la Province Romaine et la
Province Lombard-vénitienne.
Cette époque fut marquée par la
personne de Saint Richard Pampuri, médecin de la Province Lombard-vénitienne,
mort le 1er mai 1930 à Milan, béatifié par Jean Paul II le 4 octobre 1981 et
canonisé le 1er novembre 1989.
En cette seconde moitié du XXème
siècle, les Frères ont essayé de répondre avec un esprit créatif aux besoins et
aux exigences des pauvres, des malades et des marginaux, en restant toujours
dans le domaine de l'universalité et en collaboration avec les autorités du
pays. Aujourd'hui, ils ont des Centres destinés aux malades chroniques,
mentaux, aux personnes âgées; ils ont des hôpitaux généraux, etc.., et se sont
étendus dans d'autres pays: la Province Lombard-vénitienne en Afrique et la
Romaine aux Philippines. Actuellement les deux Provinces possèdent 23 centres
auxquels il faut ajouter les deux qui dépendent de la Curie Générale: l'Ile
Tibérine et le centre de la Nocetta qui se trouvent à Rome. Les Confrères des
deux Provinces sont au nombre de 125.
La
Pologne: En Pologne, l'Ordre est formé par
la Province Polonaise et par la Délégation Générale de Silésie. Déjà avant de
sortir du totalitarisme politique, l'Ordre y dirigeait quelques centres, pour
la plupart consacrés à la médecine homéopathique et d'autres à l'assistance des
malades mentaux et des handicapés mentaux. Non sans difficultés, les Frères
sont en train de surmonter les contre-coups de leur long isolement du reste de
l'Ordre, et grâce aux efforts qu'ils sont en train de réaliser au niveau de la
formation initiale et permanente, l'Ordre est en train de récupérer le prestige
dont il bénéficiait dès 1853 quand on fonda la Province de Silésie et quand, en
1922, on restaura la Province Polonaise. Aujourd'hui, en Pologne, l'Ordre a 14 centres et 90 Frère.
Le
Portugal: Jusqu'en 1927, les maisons
portugaises étaient rattachées à ce qui à l'époque était l'unique Province
Espagnole. Cette année-là, sous le généralat de Père Raphaël Mayer, on
constitua la Délégation Générale au Portugal. Le 27 mars 1928, on érigea
canoniquement la Province de Saint Jean de Dieu du Portugal, avec quatre
maisons, toutes consacrées à l'assistance des malades mentaux.
La mission des Frères au Portugal,
à partir de la restauration de l'Ordre, a été centrée sur l'assistance et le
traitement des malades mentaux. Au Portugal, tous les centres, excepté celui de
Montmor-o-Novo, sont consacrés à l'assistance psychiatrique. De nos jours
encore, la majeure partie de l'assistance psychiatrique, au Portugal est
réalisée par les Frères portugais avec l'aide des Soeurs Hospitalières. Ils
effectuent un travail apostolique très valable et reconnu. Actuellement, la
Province Portugaise compte 13 maisons, sont trois au Brésil, et 86 Confrères.
La
République Tchèque: La
florissante Province de Bohême-Moravie, fondée en 1919 et dédiée à l'Archange
Saint Raphaël, compte aujourd'hui 9 Frères qui ont survécu au régime politique totalitaire
instauré après la seconde guerre mondiale. Avec l'aide des Provinces
Autrichienne et Bavaroise, elle a récupéré 3 des 7 centres que l'Ordre
possédait à la fin de la seconde guerre mondiale. Les nouvelles vocations sont
formées dans les centres interprovinciaux d'Allemagne et d'Autriche.
La
République de Slovaquie: Avec
la mort de Frère Fabian Macej en mars 1997, la Vice-province de Slovaquie est
devenue au mois de mai de la même année, une Délégation Provinciale de
l'Autriche. Le fait que les Frères profès solennels, qui ont survécu à
l'oppression du régime totalitaire, ne sont plus que 3, alors que les nouveaux
candidats sont tous en cours de formation dans les centres interprovinciaux
d'Allemagne et d'Autriche, sont à l'origine de cette décision.
Le
Vatican: Depuis 1874, l'Ordre dirige la
prestigieuse Pharmacie Vaticane, au sein de laquelle une communauté
internationale qui dépend directement de la Curie Générale, réalise des travaux
de gestion de la pharmacie et effectue un services d'assistance dans les
dispensaires médicaux de la Cité du Vatican.
2. L'Ordre en Amérique aujourd'hui
a) Début de la nouvelle présence
La restauration de l'Ordre en Amérique commença en 1901.
A partir de ce moment-là, furent réalisées de nouvelles fondations promues par
les Provinces Espagnoles et Portugaises. Le 5 décembre 1994, le Conseil Général
décida d'ériger canoniquement trois nouvelles Provinces en Amérique Latine,
après que celles-ci aient été pendant quelques années des Vice-provinces. Ces
nouvelles Provinces sont: le Mexique et l'Amérique Centrale, portant le nom de
"Notre-Dame de la Guadeloupe"; l'Amérique Septentrionale portant le
nom de "Vénérable Père Francisco Camacho"; et l'Amérique Méridionale
portant le nom de "Saint Jean d'Avila".
Les Frères de la Province Française arrivèrent au Canada
en 1927, et en 1933 fondèrent l'Hôpital de "Notre-Dame de la Merci" à
Montréal. En 1941, les Frères Canadiens se rendirent aux Etats-Unis et, en
1953, ils eurent une maison sur le West Adams Boulevard, à Los Angeles. Les
Frères Portugais se rendirent présents en Amérique avec la fondation en 1963,
d'un Hôpital à Divinapolis, constituant ainsi les maisons qui existent
aujourd'hui au Brésil lesquelles sont une Délégation de la Province Portugaise.
b) Orientations de nos centres
Tout au long des siècles, l'Ordre a voulu orienter sa
mission en faveur de l'assistance des malades et des pauvres, en particulier
des plus nécessiteux. Peu à peu la mission s'est développée, principalement
dans les Centres de l'Ordre; mais dans certains cas, en prenant en charge
d'autres centres appartenant soit à l'administration publique soit à l'Eglise.
La bienfaisance a toujours constitué un soutien
fondamental qui nous a permis de maintenir nos Centres. Actuellement, dans
différents pays d'Amérique du Sud, l'aumône continue à être un support pour de
nombreuses oeuvres, même si les conventions avec les organismes publics et
privés s'imposent de plus en plus dans le développement des divers pays.
L'assistance psychiatrique est aujourd'hui notre secteur
principal sur le continent américain. Toutes les Provinces pratiquement
consacrent une bonne partie de leur revenus à l'assistance et au traitement des
malades mentaux. Ça a toujours été une constante depuis la restauration de
l'Ordre en Amérique, comme pour l'Espagne et le Portugal. Les malades mentaux
étaient et sont encore aujourd'hui très certainement, dans de nombreux pays,
les plus défavorisés et les plus négligés. C'est pourquoi, le Bienheureux
Bénédict Menni et ses compagnons, concentrèrent tous leurs efforts en leur
faveur.
Face aux nouvelles exigences et besoins de la société, au
cours des années, l'Ordre s'est toujours efforcé de répondre aux nouveaux
besoins avec générosité. On ouvrit ainsi des centres pour enfants paralytiques,
pauvres et abandonnés et des cliniques orthopédiques.
L'assistance aux malades mentaux et aux enfants occupent
aujourd'hui la majeure partie de notre présence en Amérique. Nous essayons
toutefois, en suivant le pas des exigences de notre époque, de répondre
également aux nouveaux besoins en créant des Centres pour l'assistance des sans
abri, des marginaux, des personnes âgées, des dispensaires et des centres
d'assistance primaire en contact avec les autres Hôpitaux de l'Ordre, et des
Centres d'Education spéciale.
En Amérique, l'Ordre s'efforce non seulement de donner
une réponse cohérente, évangélique en accord avec les indications de l'Eglise
et les besoins des nécessiteux, mais aussi de donner un essor aux valeurs du
charisme de Jean de Dieu, en les transformant en actions concrètes qui marquent
un style particulier. La promotion de la Pastorale de la santé, le Bénévolat,
les principes de l'éthique catholique, l'humanisation et la juste formation
humaine et professionnelle, l'application des techniques les plus modernes, se
rejoignent en une ligne de travail en accord avec l'esprit et l'action de Jean
de Dieu.
Malgré tout cela, nous avons encore beaucoup de route à
faire, nous avons peut-être la possibilité de réorienter les oeuvres avec plus
de diversification, dans certains pays plutôt que dans d'autres, afin de mieux
répondre aux besoins et aux exigences des malades, des pauvres et des marginaux
d'aujourd'hui.
c) Les pays dans lesquels nous sommes présents
Sur le continent américain, l'Ordre est présent dans les
pays où il se trouvait avant son extinction au XIXème siècle, ainsi que dans de
nouveaux pays, surtout en Amérique du Nord. Nous sommes présents concrètement
dans les pays suivants:
Argentine: Sanatorium Saint Jean de Dieu (Ramos Mejia) Hôpital
Général; Hôpital Saint Jean de Dieu (Lujan) Hôpital Psychiatrique; Centre de
consultation Saint Jean de Dieu (Hurlingham).
Bolivie: Institut National de Psychiatrie "Gregorio
Pacheco" (Sucre); Institut Psychiatrique Saint Jean de Dieu (Cochabamba);
Centre spécial de Recherche en Psycho-pédagogie (Sucre).
Brésil: Hôpital Saint Jean de Dieu (Divinapolis) Hôpital
Général; Résidence Saint Jean de Dieu (Itaipava) résidences pour les personnes
âgées; Hôpital Saint Jean de Dieu (Pirituba) Maison pour handicapés mentaux.
Canada: La Province Canadienne fut constituée Province
autonome en 1940 et fut dédiée à la Vierge de la Miséricorde. Auparavant, les
Frères étendaient leur rayon d'action au Vietnam et aux Etats-Unis.
Actuellement les Frères ont trois communautés à Montréal et une au Québec. Ils
travaillent dans un centre pour toxicomanes, dans un autre pour sans abri et
effectuent de nombreuses collaborations en hôpital et dans d'autres services.
Les religieux sont au nombre de 20.
Chili: Clinique de médecine générale Saint Jean de Dieu
(Vina del Mar), pour enfants handicapés physiques: Hôpital Psychiatrique de la
Vierge du Carmel (Santiago).
Colombie: Hôpitaux généraux: Clinique Saint Raphaël
(Santafé de Bogota); Clinique Saint Jean de Dieu (La Ceja); Hôpital Paroissial
B. Bénédict Menni (Macheta); services pour malades mentaux: Hôpital Saint
Raphaël (Pasto); Clinique Saint Jean de Dieu (Chia); Clinique Saint Jean de
Dieu (Manizales); Clinique Notre-dame de la Paix (Santafé de Bogota); autres
oeuvres de mission hospitalière dans la Capitale: Ecole d'Infirmières
"Saint Raphaël"; Institut Saint Jean de Dieu (Collège); Centre de
santé Saint Jean Grande.
Cuba: Sanatorium Saint Jean de Dieu (La Havane) pour
malades mentaux; Clinique Saint Raphaël (La Havane), au départ destiné aux
enfants atteint de poliomyélite, actuellement une résidence pour personnes
âgées. Actuellement, on est en train de construire une résidence pour personnes
âgées à Camaguey.
Equador: Maison de repos Saint Jean de Dieu (Quito) pour
malades mentaux ; Asile de nuit Saint Jean de Dieu (El Tejar-Quito) pour les
sans abri et les marginaux.
Etats-Unis: En 1950, les maisons américaines furent
constituées en Vice-province, et quelques années après, en Province dédiée à
Notre Reine des Anges. Actuellement, il y trois maisons aux Etats-Unis: Los
Angeles; Ojai et Apple Valley. De plus l'Ordre est présent dans le New Jersey
avec la Province Irlandaise qui y gère un centre pour handicapés mentaux.
Mexique: Centre Psychiatrique Saint Jean de Dieu
(Zapopan); Centre Psychiatrique Notre-Dame de la Guadeloupe (Cholula); Clinique
Saint Raphaël (Tlalpan); ces trois centres sont destinés à l'assistance des
malades mentaux.
Pérou: Clinique Saint Jean de Dieu (Lima); Clinique
Saint Jean de Dieu (Arequipa) et, avec celui-ci, la paroisse de Saint Jean de
Dieu et le Centre spécial d'éducation; Clinique Saint Jean de Dieu (Chiclayo);
Clinique de Saint Jean de Dieu (Cuzco) pour enfants malades et handicapés
physiques; Maison de repos Saint Jean de Dieu (Piura) est un centre
psychiatrique.
Vénézuéla: Hôpital Saint Jean de Dieu (Caracas); Clinique
Saint Raphaël (Maracaibo): hôpital de pédiatrie spécialisé en traumatologie,
orthopédie et de rééducation. Hôpital Saint Jean de Dieu (Merida): pour
l'assistance psychiatrique.
3. Afrique: sève nouvelle pour l'arbre de
l'hospitalité
a) Fidélité au charisme dans des situations
difficiles
Un des principes sur lesquels l'Ordre se base est celui
de l'assistance aux plus nécessiteux, et en Afrique c'est un critère suivi sans
grandes difficultés. En effet, dans tous les centres où travaillent nos Frères,
leur présence est nécessaire et appréciable parce qu'il y a beaucoup à faire
dans le domaine de la santé, et que toutes les réalités où nous sommes présents
sont urgentes.
L'Ordre n'a ni structure ni les fonds nécessaires pour
être présent dans des situations d'urgence, et d'ailleurs ce n'est même pas sa
mission. Mais lorsque des situations de ce genre se présentent là où il existe
une présence des Frères de Saint Jean de Dieu, nous continuons à prêter nos
services en faveur des malades et des nécessiteux.
Au cours de ces dernières, les instabilités sociales,
politiques et économiques dans les pays africains ont débouché sur des conflits
extrêmement violents et des guerres, très souvent tribales, qui ont provoqué
des quantités de morts et des persécutions. Même si aucun Frère de Saint Jean
de Dieu n'est mort dans ces conflits, nous signalons ici les trois pays dans
lesquels nous sommes présents et où ils vivent cette situation:
Mozambique: Les mouvements indépendantistes (FRELIMO),
d'esprit totalitaire, ont atteint leur objectif en juin 1975 et, cette
année-là, on décréta la nationalisation de toutes les institutions
pédagogiques, sociales et sanitaires, y compris celle de l'Eglise, et par
conséquent de toutes celles que l'Ordre possédait au Mozambique depuis 1943.
Peu à peu les Frères rentrèrent au
Portugal. Frère Manuel Nogueira fut le seul à rester: il travaille non
seulement à l'assistance des malades mais aussi pour l'évangélisation, un
travail qui lui valut d'être emprisonné à deux reprises en 1979. Actuellement,
non sans difficultés (parce que les centres sont toujours confisqués), nos
Frères vivent dans un climat un peu plus pacifique à Nampula.
Libéria: En 1990, des groupes de rebelles ont fait une
insurrection armée contre le régime en vigueur à l'époque. Il y eut des combats
sanglants et beaucoup de morts, y compris la disparition du Président du pays.
Notre Hôpital devint un lieu d'assistance et un refuge pour de nombreuses
personnes dans le besoin qui fuyaient cette guerre féroce. Les Frères furent
toujours présents, réalisant un travail humanitaire et évangélique, jusqu'au
moment où ils furent éloignés. Notre hôpital de Monrovie fut pillé et détruit.
Une fois la guerre terminée, dans
une situation toutefois instable, les Frères revinrent au Libéria le 7 juin
1991, pour reconstruire l'Hôpital et reprendre leur travail missionnaire et
hospitalier. Le conflit reprit en avril 1996 entraînant des conséquences
dramatiques pour la population civile. Malgré cela, les Frères, volontairement,
décidèrent de rester dans l'Hôpital de la capitale libérienne.
Sierra
Leone: La situation de la Sierra Leone
ressemble beaucoup à celle du Libéria, son pays voisin. Au début de 1995,
furent constitués par la force des groupes de rebelles contre le gouvernement.
Les conséquences furent, et sont encore aujourd'hui, la peur, la terreur, et la
mort de nombreux innocents. Quand la paix semblait s'installer à nouveau, après
les élections démocratiques, en 1997, un autre coup d'état jeta à nouveau le
pays dans le chaos.
Les Frères qui réalisent leur mission dans l'Hôpital de
Lunsar, à l'intérieur du pays, vivent confrontés à cette situation et, à
différentes reprises, ils ont été surpris par l'arrivée dans l'hôpital de
groupes armés ou par des conflits armés dans les villages voisins. Mais jusqu'à
présent, il n'y a eut que peur et appréhension, et les Frères continuent à se
consacrer à tous les malades, les nécessiteux et les réfugiés qui arrivent à
l'Hôpital et à les assister.
b) Les efforts accomplis pour implanter l'Ordre
L'Ordre Hospitalier recommence sa présence en Afrique au
XXème siècle avec la fondation du Mozambique (1943), à laquelle s'ajoutent les
autres: en Somalie (1955), au Ghana (1956), au Togo (1961), en Zambie (1962),
dans l'Océan Indien, dans l'Ile de la Réunion (1962), au Libéria (1963), en
Sierra Leone (1967), au Cameroun (1968), au Bénin (1970), au Sénégal (1975) et
au Malawi (1992). Certaines d'entre elles deviendront stables, d'autres seront
fermées pour recommencer ailleurs. Cet essor missionnaire puissant est dû,
d'une part, à la multiplication des vocations dans les Provinces Européennes
(Portugal, Espagne, Italie, Angleterre et France) et, d'autre part, à la
volonté de répondre à l'appel lancé par l'Eglise, en particulier à partir du
Concile Vatican II. L'Ordre mobilisa ainsi un grand nombre de Frères et de
moyens pour être présent sur ce continent qui a tant besoin de son oeuvre. Même
quand dans les Provinces Mères on commença à sentir la baisse de vocations, ce
secteur missionnaire continua à être privilégié.
c) Activités réalisées dans ce sens
Notre Ordre s'est toujours senti appelé à étendre le
Royaume de Dieu avec sa mission hospitalière aux quatre coins du monde. En
Afrique, aujourd'hui, l'Ordre est en train de réaliser de grands efforts pour
consolider sa présence. Les actions fondamentales réalisées à cet effet sont
les suivantes:
·
Initiative de certaines Provinces
qui se sentent appelées à étendre l'Ordre sur le continent africain. La
première fut celle du Portugal qui en 1943 créa sa première fondation au
Mozambique. Par la suite, d'autres Provinces suivirent le même chemin.
·
L'Ecole de Missionnologie à Rome.
Comme nous l'avons dit précédemment, elle fut créée en 1955 comme une section
rattachée à l'Ecole de Spiritualité. Père Mosè Bonardi, Supérieur Général à
l'époque, institua cette école et, par la suite, Père Igino Aparicio, son
successeur, développa cette initiative.
On créa ainsi au sein de l'Ordre
une grande sensibilité pour les missions et de nombreux Confrères purent
accéder à cette Ecole pour y recevoir une formation appropriée à leur future
incorporation dans les maisons de la mission. De nombreux autres Frères, qui
s'y sont formés mais qui ne sont pas partis dans les missions, contribuèrent à
former une mentalité et une sensibilité missionnaire très importante. On peut
dire sans réserves que cette Ecole fut une des initiatives les plus importantes
pour développer notre présence missionnaire.
·
L'effort de la part de nombreuses
Provinces qui, à partir des années 50, mirent à disposition de la mission
d'importantes aides matérielles et surtout de nombreux Frères. En quelques
années on réalisa de nombreuses fondation au sein desquelles, encore
aujourd'hui, on continue une activité apostolique, sociale et sanitaire
intense.
·
L'engagement et la promotion des
vocations autochtones et l'attention portée à leur formation a toujours été une
de nos préoccupations majeures. C'était au début des années 80 quand l'Ordre
commença un travail mieux coordonné et plus méthodique, qui coïncida avec
l'édition et la distribution dans l'Ordre du livre "Formation des Frères
de Saint Jean de Dieu".
La
création de la Délégation Générale d'Afrique fut sans aucun doute un événement
important. Il était difficile d'unir des Frères venant de communautés et de
Centres de cultures différentes et vivant des réalités différentes. Pourtant,
malgré cela, après quelques années d'existence d'un Coordinateur pour les
Centres d'Afrique, en 1989, sous le généralat de Père Brian O'Donnell, on put
créer la Délégation, donnant ainsi une démonstration pratique d'ouverture et
d'universalité. Le projet était né quelques années auparavant, sous le
généralat de Père Pierluigi Marchesi.
Sous l'administration
de la Délégation Générale d'Afrique, de grands pas ont été accomplis sur le
continent africain vers la consolidation de tous les secteurs: formation,
administration, style de vie, etc.. Mais il reste tout de même beaucoup de
chemin à faire.
·
Le travail que nous réalisons en
Afrique est riche et inestimable.
·
En dernier lieu nous insistons sur
l'ouverture d'un bon nombre de communautés et de Centres en Afrique, à
accueillir et recevoir des bénévoles qui, pour des périodes plus ou moins longues,
participent au travail hospitalier et partagent la vie des Frères. Cette
attitude n'est pas seulement positive pour les bénéfices qu'en retirent les
Frères et les centres, mais aussi pour le bien qu'en retire les personnes qui
vont en Afrique et qui collaborent avec nous. C'est la manière la plus concrète
pour rendre réel l'appel que Jean de Dieu lançait quand il faisait l'aumône: "Mes Frères, faites du bien à
vous-même...".
d) Le caractère international des centres de
formation
Les premiers temps, la formation était organisée comme
dans les Provinces. Dans certains cas les jeunes postulants étaient envoyés en
Europe, parce que les Frères missionnaires ne se sentaient pas en mesure de
remplir cette tâche. Mais cette décision ne donna pas beaucoup de résultats, et
étant donné le peu de persévérance des candidats, on ouvrit à nouveau les
Centres de Formation dans les maisons de mission.
Etant donné qu'au cours de ces premières années, chaque
communauté dépendait d'une Province différente et qu'elles étaient distantes
l'une de l'autre, chaque Centre dut organiser son cycle de formation, avec
toutes les difficultés que cela comportait.
Dans les années 70 ont eu lieu les premières rencontres
entre Frères qui travaillaient en Afrique, dans le but de partager leur
expérience de travail apostolique, les difficultés rencontrées et trouver un
moyen pour que les oeuvres puissent collaborer ensemble. Ces premières réunions
connaîtront un moment fort avec le Cours pour Missionnaires réalisé à Rome en
1980, dans le cadre des Cours de Renouvellement, au cours du premier sexennat
de Père Pierluigi Marchesi.
Malgré cela, les difficultés subsistèrent dans la
pratique et on ne trouvait pas assez de Frères formateurs pour assurer la
formation des jeunes lesquels, de plus en plus nombreux, frappaient à la porte
de nos communautés. Au début des années 80, la Province de Castille et la
Province Aragonaise décidèrent d'emmener leurs novices au noviciat de Nguti
(Cameroun), appartenant à la Province Andalouse, commençant ainsi un nouveau
chemin de collaboration. Les Scolastiques furent envoyés à Afagnan (Togo) où
ils commencèrent leurs études professionnelles, ceux de l'Ecole pour Infirmiers
Professionnels, en collaboration avec l'Ecole pour Infirmiers de l'Hôpital
Saint Pierre de la Province Romaine.
Ces premiers pas étaient encore incertains et difficiles.
Face à cette situation, le Supérieur Général convoqua une réunion à Afagnan
(Togo) en mars 1985, au cours de laquelle on décida à l'unanimité d'implanter
l'Ordre en Afrique à travers l'acquisition et la formation de vocations
autochtones, auxquelles étaient appelés à participer, par des moyens
économiques et humains, tous les intéressés pour de mener à bien ce projet. Le
premier pas concret fut la décision de construire un Noviciat à Lomé (Ghana).
On donna une empreinte internationale à ces deux centres pour pouvoir assurer
une formation homogène aux candidats.
En novembre 1986, eut lieu à Lomé (Togo), au siège du
noviciat, le premier cours pour les Formateurs d'Afrique, dirigé par Frère
Valentino Riesco. Dix Confrères y participèrent et on élabora des programmes et
des critères à suivre, tout en respectant le Livre de Formation de l'Ordre,
mais appliqués au monde africain. Ensuite, i y eut encore deux rencontres pour
établir le bilan et une nouvelle programmation.
Toujours en 1986, fut autorisée de la part du
Gouvernement du Togo, la création d'une Ecole pour Infirmiers Saint Jean de
Dieu dans l'Hôpital qui porte le même nom à Afagnan, pour la formation
professionnelle des religieux. Mais l'Ecole
n'ouvrit ses portes que le 12 décembre 1989, avec l'inscription de vingt
étudiants. Jusqu'à présent, l'Ecole a formé quarante-quatre infirmiers
auxiliaires et trente-six infirmiers diplômés. L'inscription au cours 1994-97
compte vingt-sept étudiants. Au terme de ses études, ce groupe d'étudiants
obtiendra pour la première fois la reconnaissance officielle de ses diplômes,
vu que le 26 décembre 1996, le gouvernement du Togo a reconnu l'Ecole pour
Infirmiers de Saint Jean de Dieu d'Afagnan.
Le caractère international des Centres de Formation s'est
révélée être une manoeuvre bien trouvée pour la consolidation de l'Ordre en
Afrique. C'est un aspect important et enrichissant: les jeunes vocations
hospitalières peuvent croître ensemble. Et c'est aussi un signe d'unité que de
faire partager aux Frères la même expérience et de faire vivre ensemble des
Frères de pays, de culture, de mentalité et d'ethnie différents, dans un monde
divisé comme le nôtre.
e) La Délégation Générale d'Afrique
Sa période de gestation commence avec la réunion
d'Afagnan en 1985, au cours de laquelle on décide de créer la Coordination
Générale d'Afrique qui regroupent les pays suivants: Sénégal, Sierra Leone,
Libéria, Ghana, Togo, Bénin et Cameroun. Son but est d'unifier les critères
généraux à suivre, au niveau de la formation. Le premier coordinateur fut Frère
Justino Izquierdo, remplacé ensuite, en 1986, par Frère Juan Bautista Carbó.
Les quatre années de fonctionnement de la Coordination
ont servi à poser les bases pour une collaboration plus étroite entre les
divers Centres d'Afrique Occidentale. Durant cette période-là, au siège de la
Coordination et du Noviciat de Lomé (décembre 1986 et janvier 1988), eurent
lieu différentes réunions au cours desquelles on confirma les pas accomplis et
l'on donna de nouveaux élans pour continuer dans cette direction.
Après les Chapitres Provinciaux de 1989, à Los Molinos
(Madrid), eut lieu une réunion de la Curie Générale avec les nouveaux
Provinciaux et les Frères missionnaires qui avaient participé aux Chapitres. On
invita également à cette réunion les Provinciaux d'Angleterre et du Portugal.
Au cours de cette réunion, on décida de créer la Délégation Générale d'Afrique,
une décision qui fut ensuite ratifiée par les différents Conseils Provinciaux.
La Coordination devint la Délégation Générale sous le patronage de Saint
Richard Pampuri, à laquelle s'unirent aussi la Zambie et le Mozambique. Frère
Juan Bautista Carbó qui avait été jusque là Coordinateur Général devint le
premier Délégué Général. Les Frères Justino Izquierdo, Benoît Lokossou et Ivo
Tanwa Tatah, furent nommés Conseillers.
Au cours des ces années la Délégation a de mieux en mieux
concrétisé les objectifs à suivre: on a unifié les critères de la Pastorale des
vocations et ceux pour l'admission des candidats, on a essayé de créer une
mentalité commune et les communautés se sont internationalisées.
C'est dans le domaine des vocations que la Délégation a
réalisé les progrès les plus importants. Au début de cette période, en 1986, on
avait les idées claires mais on ne savait pas comment les rendre concrètes. Peu
à peu, grâce à la générosité de nombreux Confrères, les Centres de Formation
ont commencé à fonctionner et l'on commença à appliquer les critères indiqués
par le Livre de la Formation de l'Ordre et de la réunion des Formateurs de
1986. Les 80 Frères africains que compte la Délégation aujourd'hui et le fait
que celle-ci constitue, sans l'ombre d'un doute, un grand espoir pour l'avenir,
en sont le fruit.
f) Erection de deux nouvelles Provinces en Afrique
La Délégation Générale d'Afrique a répondu, en grande
partie, aux souhaits et aux attentes de tous, et a préparé les Frères à donner
la vie à deux nouvelles Provinces. Après avoir consulté tous les Frères au cours
de l'Assemblée de la Délégation qui a eut lieu du 14 au 19 avril 1997 à Lomé
(Togo) sous la présidence du Prieur Général, Père Pascual Piles, et après avoir
examiné les options suggérées par les Frères, l'assemblée a décidé de
constituer deux Provinces en Afrique sur la base d'une distribution
géographique et linguistique des maisons. La partie anglaise a reçu le titre
canonique de Notre-Dame de la Miséricorde et comprend les Communautés et les
Centres du Ghana, de la Sierra Leone, du Libéria, du Cameroun et de la Zambie.
La Province de langue française dédiée à Saint Richard Pampuri comprend les
Communautés et les Centres du Sénégal, du Togo, du Bénin et du Mozambique.
Au cours de da session du 25 avril 1997, le Définitoire
Général a approuvé les décisions prises par l'assemblée de Lomé, nommant les
Provinciaux et les Conseillers Provinciaux des deux Provinces.
Pour la Province de "Notre-Dame de la
Miséricorde" on nomma: Frère José M. Viadero, Provincial, et les Frères
Raphaël Ngong Teh, prêtre, Justino Izquiero, John Oppong, prêtre, et Ngha
Nicholas Mue, en qualité de Conseillers. Les Frères Jesús Labarta, Leopold
Gnami, José M. Chavarri, Benoît Lokossou et Fiorenzo Priuli furent nommés
respectivement Provincial et Conseiller de la Province "Richard Pampuri".
Le processus qui nous a conduit à prendre cette décision
comportait de nombreuses difficultés, tout comme le chemin qu'il nous faudra
parcourir à l'avenir, étant donné l'extension, les distances et la diversité
des langues et des cultures. Mais la grande générosité des Frères saura
surmonter ces difficultés et ces barrières. Nous sommes convaincus que cette
décision donnera un nouvel élan au développement de l'Ordre et à son action
apostolique sur le continent africain.
4) Asie: présence de l'Ordre dans une culture de
contrastes
Au cours de ces 35 dernières années, sur le continent
asiatique, l'Ordre a contribué massivement à la mission de l'Eglise en
évangélisant les peuples des pays en voie de développement. En Asie, les Frères
ont répondu, sous différentes formes, aux besoins des pauvres et des malades.
L'Ordre participe en grande mesure au développement des programmes et des
services nationaux, sans se mettre en compétitions avec les services de l'état,
en offrant de nouveaux modèles d'assistance.
Dans les pays asiatiques, pauvres en services sanitaires,
l'Ordre a mis l'accent sur des programmes sanitaires communautaires. Il exige
que les personnes qui sont à la tête des oeuvres aient la capacité d'établir
une relation, ce qui ne veut pas dire seulement de communiquer et travailler
avec des groupes, mais faire preuve de sensibiliser envers les autres et être
capables d'établir un véritable sentiment de communion avec les pauvres, et
plus important encore, être imprégnés du charisme de l'Hospitalité de l'Ordre.
Israël: L'Ordre arriva dans ce qui actuellement constitue
l'état d'Israël en 1891. Sur initiative de Père Alfieri, deux hôpitaux furent
fondés: un à Tantur (Jérusalem) et l'autre à Nazareth, avec deux communautés
destinées à exercer l'activité hospitalière et l'apostolat de la mission.
Actuellement, en Israël l'Ordre ne gère plus que l'hôpital de Nazareth lequel
dépend de la Province Lombard-vénitienne.
Japon: La Province Bavaroise fonda une oeuvre à Kobé en
1951; actuellement, c'est une Délégation Provinciale qui possède deux centres.
Au Japon, pays qui a tendance à évaluer les personnes en termes de
productivité, le témoignage chrétien de l'action des Frères revêt une grande
importance pour l'Eglise. Cela est évident surtout, dans le cas de l'intérêt
que les Frères portent aux gens qui ont passé de longues années en hôpital
psychiatrique et qui ont besoin d'aide et d'attentions particulières pendant de
longues périodes.
Le terrible tremblement de terre du
17 janvier 1995 a complètement détruit la résidence et la chapelle des Frères
et provoqué d'importants dégâts aux bâtiments du Centre de Kobe-Suma.
Heureusement, il n'y eut ni victimes ni blessés graves. Après une première
période très difficile, les Frères et leurs Collaborateurs, avec l'aide la
Province Bavaroise et un soutien du gouvernement, ont pu reconstruire les
édifices. Notre maison de Kobé-Kita est sortie indemne du tremblement de terre.
Le centre de long séjour de
Kobé-Suma a accepté aussi des patients pour de brefs séjours, c'est-à-dire pour
une convalescence après une maladie physique et offrent des services non
médicaux, comme l'hydrothérapie. Dans leur assistance à de nombreux malades non
chrétiens, en plus d'un environnement reposant et accueillant, les Frères
offrent aussi un programme de pastorale oecuménique.
Le Centre de Kobe-Kita est un
institut destiné aux adultes qui présentent des troubles multiples graves. Les
programmes du Centres sont faits pour satisfaire les exigences individuelles
des patients.
Dans un pays qui ne compte qu'1% de
Chrétien et que 430 000 catholiques, les vocations à la Vie Consacrée et à la
vie des Frères de Saint Jean de Dieu, en particulier, sont proportionnelles à
ces chiffes. Malgré cela, nous avons la chance de pouvoir compter désormais sur
quelques Frères japonais qui ont émis leur voeux solennels.
Vietnam: Les Frères de la Province canadienne arrivèrent
au Vietnam en 1952 et s'installèrent dans le nord du pays. Avec le début de la
guerre civile, l'hôpital des Frères à Tan Bien (Ben Hoa City) fut occupé par
l'état, ainsi que la maison du noviciat de Da nang City. Les Frères canadiens
furent contraints d'abandonner le Vietnam et, à partir de ce moment-là, les
contacts avec les Frères vietnamiens, à travers la Province Française, devinrent
indirects et intermittents. Récemment cette situation s'est nettement améliorée
et nous avons un contact direct avec eux. Mais les séjours des représentants de
l'Eglise et ceux des membres du Gouvernement Général de l'Ordre dans une
communauté religieuse locale, lors de leurs visites au Vietnam, continuent à
être difficiles. Il faut pour cela demander une autorisation spéciale aux
autorités. Et il est difficile aussi aux religieux vietnamiens de sortir de
leur pays et de voyager.
La Chapelle des Frères est un point
de rencontre où les gens entrent et sortent continuellement pour prier devant
le Saint Sacrement et devant les images de la Vierge, de Saint Jean de Dieu et
de Saint Richard Pampuri. L'autre point de référence pour les Frères et pour
l'Eglise locale, est la tombe du Vénéré Frère William Gagnon, un Confrère
d'origine américaine, enterré dans le cimetière tout près de la maison des
Frères de Tan Bien. Frère William appartenait à la province canadienne et fut
le fondateur de l'Ordre au Vietnam. Avec d'autres Frères canadiens, il fut
d'abord missionnaire dans le Vietnam du Nord, puis passa au Sud avec les
réfugiés au début de la guerre. Frères
William est considéré un hospitalier exemplaire et parmi la population
vietnamienne, sa dévotion est très diffuse. Tous les jours, on voit des malades
de l'Hôpital et de nombreuses autres personnes prier sur sa tombe. Dans la
mort, comme de son vivant, il est sans l'ombre d'un doute très proche de ses
Frères et du peuple vietnamien qu'il aima de tout son coeur et servit avec
compassion et un amour sans bornes.
Certains Frères ont étudié et
obtenu leur diplôme de médecine orientale traditionnelle et d'acupuncture. Ils
ont créé des dispensaires, destinés en particuliers aux pauvres, et des
laboratoires pour la fabrication des médicaments traditionnels, qu'il
administrent non seulement dans leurs dispensaires mais aussi dans les
dispensaires et les hôpitaux des alentours.
Les Frères peuvent compter sur
l'aide de nombreux bénévoles. De plus, il y a plus de sept paroisses où se sont
créées des confraternités de Saint Jean de Dieu qui comptent plus de trente
membres chacune. Ces bénévoles vont rendre visite aux malades et assistent les
mourants à domicile. Ces groupes de paroissiens qui s'inspirent de Saint Jean de Dieu et de l'exemple que leur
donnent les Frères, ont demandé à être affiliés à l'Ordre de façon à pouvoir
partager ses bénéfices et ses grâces spirituelles. La cérémonie d'affiliation à
l'Ordre eut lieu durant le visite du Père Général en 1995.
A part les innombrables difficultés
qui se présentent continuellement, les Frères ont su attirer de nombreuses
vocations et leur donner une solide formation religieuse et hospitalière. A la
fin 1995, il y avait plus de 70 Frères Hospitaliers au Vietnam. Et le flux
régulier des candidats aux Centres de Formation promet beaucoup pour l'avenir
de l'Ordre au Vietnam.
Corée: Les Frères irlandais arrivèrent en Corée du Sud
en 1959. Aujourd'hui, c'est une Délégation Provinciale qui a trois centres. Le
grand mérite des Frères de Saint Jean de Dieu en Corée du Sud est d'avoir
réussi à humaniser l'assistance aux malades mentaux en réalisant une mission
prophétique dans ce secteur du système sanitaire. Le futur de l'Ordre dans ce
pays est très prometteur vu le nombre des vocations autochtones.
Depuis l'inauguration de l'Hôpital
de Kwangju en 1960, l'Ordre a toujours prêté son service aux pauvres qui ne
pouvaient pas se permettre le luxe de payer les services médicaux existants
dans les autres centres. A cet objectif de soigner les plus pauvres, s'est
ajouté la dimension oecuménique, étant donné que les Frères travaillent en
étroite collaboration avec l'hôpital presbytérien local, dans l'assistance des
malades pauvres, établissant ainsi des rapports personnels étroits entre les
deux groupes.
L'hôpital prépara aussi un plan
d'aide pour les villes des alentours, comme par exemple dans une ville où
vivaient des malades de lèpre, auxquels ils firent des visites régulières. Les
enfants et les jeunes qui avaient grandi dans la rue reçurent une assistance
médicale gratuite ainsi que les résidents d'un asile de pauvres administré par
les autorités civiles. Durant plus de quinze ans, les Frères Novices et
Postulants travaillèrent comme bénévoles, tous les jours, dans ce centre, dans
lequel vivaient plus de 400 personnes dans des conditions inhumaines. La
situation des malades mentaux et des orphelins était particulièrement grave.
Avec l'autorisation des autorités civiles, l'Ordre construisit un édifice pour
les malades mentaux à l'intérieur de ce centre. Ce fut à l'époque un projet
pilote.
Récemment, l'amélioration du niveau
de vie et du niveau économique en Corée, l'introduction d'un système de
sécurité sociale a permis aux pauvres
et au reste de la population de bénéficier d'une assistance médicale dans les
hôpitaux et les dispensaires. La clinique des Frères est spécialisée en
dermatologie, pédiatrie, médecine interne et continue à recevoir de nombreux
patients. Elle sert également de base pour un programme d'assistance à domicile
destiné aux malades terminaux ou incurables, un centre pour malades du cancer
en phase terminale, un programme pour personnes âgées et comme un service
d'hygiène mentale.
Grâce à l'expérience du
projet-pilote, pour les patients présentant des troubles psychiques mentionné
plus haut, l'Ordre a crée en Corée un service d'hygiène mentale, innovateur,
pensé d'avantage comme un "centre de vie" que comme hôpital
psychiatrique. C'est une oeuvre très appréciée dans le pays, et c'est aussi un
centre de formation pour les professionnels de ce secteur. Le département
d'éducation a publié de nombreux livres sur les différentes formes de maladies
mentales et sur les problèmes psychologiques.
Dans la ville de Chuncheon, au nord-est de la capitale de
Séoul, sur invitation des autorités civiles et de l'Evêque du lieu, lequel
déclara, avant sa mort en 1994, qu'avoir eu les Frères de Saint Jean de Dieu
dans son diocèse c'était ce qu'il avait fait de mieux en tant qu'Evêque,
l'Ordre prit en charge avec les autorités civiles l'administration d'un asile
de nuit pour 150 sans abri. C'est un projet basé sur une convention entre les
autorités civiles et notre Ordre.
En 1990, sur invitation de
l'archidiocèse de Séoul, l'Ordre a ouvert un centre pour jeunes d'un certain
âge présentant des difficultés d'apprentissage. Faute de ressources, des
bénévoles et en particuliers des étudiants universitaires ont joué un rôle
décisif dans la création et la mise au point d'un programme de formation pour
les usagers.
L'Ordre en Corée est conscient que,
pour pouvoir rester auprès des pauvres et leur offrir des services de manière
continue et régulière, il faudrait trouver des fonds supplémentaires ailleurs.
Pour cette raison, on a créé le Bureau pour le Développement dont le but est de
trouver des fonds pour les oeuvres de charité de l'Ordre. Ces ressources sont à
la disposition du Supérieur Majeur, pour qu'il les utilise, selon sa volonté,
pour des projets en faveur des pauvres ou des projets qui ne sont pas financés
par le gouvernement ou par d'autres organismes.
Inde:
Il y a deux aspects intéressants dans
la fondation de l'Ordre en Inde: tout d'abord, le fait que deux Frères Profès
indiens étaient membres du groupe fondateur qui arriva de la Province Rhénane
(Allemagne) en 1969; ensuite, que Frère Fortunato, membre de ce même groupe de
pionniers, a fondé une nouvelle Congrégation de religieuses, les Soeurs de la
Charité de Saint Jean de Dieu. Les Soeurs qui ont célébré leur premier Chapitre
Général en 1992, travaillent en étroite collaboration avec les Frères
Hospitaliers.
Bien que l'oeuvre la plus
importante des Frères en Inde soit un hôpital général, son activité englobe une
large éventail d'activités: un hospice pour malades chroniques pauvres, une
résidence pour personnes âgées et un projet de construction d'habitations qui a
offert un toit à plus de 1 500 familles pauvres, un centre de santé. L'hôpital
général des Frères à Kattappana est indépendant sur le plan financier, mais bon
nombre des oeuvres de l'Ordre sont financées par des bienfaiteurs étrangers, en
particulier par des allemands. Les Frères de la Délégation Générale Rhénane
s'appuient sur une association ("Indienhilfe des Hospitalordens vom Hl.
Johannes von Gott et V") pour aider les fondations installées en Inde.
A Kattappana, leur première
fondation, les Frères ont créé un hôpital général auquel est rattachée une
école d'infirmières/iers reconnue par l'Université Mahatma Gandhi. L'hôpital
possède un service des urgences et un service d'ophtalmologie gratuit où
travaille un personnel bénévole qui se déplace régulièrement pour faire des
visites dans les villages pauvres des alentours.
La Pratheeksha Bhavan (Maison de
l'Espoir) qui se trouve près de l'hôpital, accueille des malades chroniques qui
y reçoivent assistance, amitié et traitements de la part des Soeurs et des
Frères. La Maison de l'Espoir accueille aussi les enfants des familles pauvres
de la région, et fonctionne comme centre d'assistance pour les familles en
difficulté.
Poonamalle (Madras) est le siège
des bureaux de la Délégation en Inde et du Noviciat. On y a créé un centre pour
personnes âgées avec un petit dispensaire pour les familles pauvres.
Deshgaon (Inde du Nord) est la
fondation de la Délégation en Inde la plus récente. Il s'agit d'un service
d'assistance médicale. Le centre possède également un dispensaire avec quelques
lits destinés à des cas spéciaux, qui offre aussi ses services aux villages
voisins.
En Inde, l'Ordre enregistre un
afflux constant de jeunes. Les Frères font des études pour devenir infirmiers
ou exercer d'autres professions médicales et sont formés de manière à maintenir
en vie l'esprit de Saint Jean de Dieu, les principes, les valeurs et la
philosophie de l'Ordre.
Philippines: Pendant de longues années, l'Ordre a manifesté le
désir de revenir aux Philippines. Ce rêve s'est réalisa en 1987, quand la
Province Romaine créa un Centre de Formation et un dispensaire à Manille. C'est
un pays de contrastes et de tensions ayant des moyens limités, c'est pour cette
raison que l'Ordre pourrait lui apporter beaucoup.
Un dispensaire situé dans un
quartier pauvre de Maille offre un service précieux aux habitants du lieu, à
travers un programme de traitement pour les malades de tuberculose, programme
que l'Ordre commença dès son arrivée et qui contribue énormément à améliorer la
vie de ceux qui le suivent. En plus de ce dispensaire, les Frères exercent leur
Pastorale dans certains quartiers de la ville auprès des malades mentaux, des
personnes âgées et des enfants présentant des troubles physiques et ayant des
difficultés d'apprentissage.
Le Noviciat a été construit à
Amedeo, en dehors de Manille. Dans le futur, on espère pouvoir y programmer un
service d'assistance destiné aux enfants ayant des difficultés d'apprentissage.
Les Philippines sont la fondation plus
récente de l'Ordre en Asie. Dans ce pays qui est le plus catholique d'Asie,
l'Ordre et l'Eglise locale ont beaucoup à offrir pour l'évangélisation du
continent, en réponse au défi lancé par le Pape à l'Eglise en Asie et en
particulier à celle des Philippines.
4) Océanie: nouveaux horizons de l'hospitalité
L'Australie et la Nouvelle Zélande, comme l'Europe et les
Etats-Unis, sont aujourd'hui des sociétés post-modernes où la religion est
devenue un problème personnel, séparé de la communauté; un bon nombre de gens
considèrent que la liberté individuelle, la justice sociale, l'écologie et le
féminisme constituent des problèmes plus importants que d'aller à l'Eglise. En
termes d'apostolat, les religieux sont en train de se retirer des grandes
institutions qui, dans le passé, étaient de véritables bastions pour toutes les
formes d'apostolat des différents Ordres religieux, et optent pour des oeuvres
plus petites ou pour un travail d'apostolat individuel.
Australie: Les premiers Frères de Saint Jean de Dieu qui
arrivèrent dans l'archidiocèse de Sidney, en 1947, appartenaient au groupe qui
constituait la dernière vague de missionnaires irlandais arrivés sur le
continent australien. C'était une époque où la société prêtait une attention et
un intérêt très médiocres aux enfants handicapés mentaux. Les Frères se
consacrèrent à eux, forts de leur expérience et faisant preuve d'une grande
attention. Ils ouvrirent trois écoles spécialisées et un atelier protégé pour
enfants et adolescents handicapés. Leur travail dans ce secteur a fortement
favorisé l'évangélisation de l'Eglise en raison de son grand témoignage de
service et de dévouement en faveur des nécessiteux, des valeurs qui sont partie
intégrante du message chrétien.
En même temps, les Frères
commencèrent un véritable travail dans le secteur de la psychiatrie dont
l'intervention se limitait, à cette
époque-là, à la garde les malades. Dans les deux hôpitaux psychiatriques des
Frères, on vivait des expériences nouvelles de thérapie de groupe et on
appliquait des traitements pharmaceutiques pour une gamme assez étendue de
troubles.
En 1997, l'Ordre a fêté ses 50 ans
de présence en Australie. Il possède des centres et des services dans les deux
états orientaux de New South Wales et de Victoria.
Dans le New South Wales, dans la
ville de Morisset, l'Ordre a une résidence pour enfants handicapés mentaux, et
deux hôpitaux psychiatriques à Sidney. A Melbourne, il possède un réseau de
services sociaux et médicaux pour handicapés.
Nouvelle-Zélande: Déjà en 1947, le premier Supérieur de l'Ordre en
Australie venu d'Irlande avait le mandat d'étendre l'Ordre dans le pays voisin
indépendant, la Nouvelle-Zélande. Ce mandat se réalisa en 1955, quand quatre
Frères se rendirent à Cristchurch, ville principale de South Island, en
Nouvelle-Zélande, pour ouvrir une école spéciale, avec internat, destinée aux
enfants présentant des difficultés d'apprentissage.
L'école, appelée
"Marylands", devint célèbre dans tout le pays pour ses programmes
d'éducation spéciale à l'avant-garde. Elle fonctionna pendant 28 ans avant de
passer aux mains du gouvernement. Entre-temps, l'Ordre avait ouvert une
résidence pour handicapés mentaux adultes dans cette même ville de Cristchurch
et un foyer familial pour adolescents délinquants, la plupart maoris. En 1995,
l'Ordre prit en charge une résidence pour personnes âgées, dont s'étaient
occupé jusque-là les Petites Soeurs des
Pauvres. Cette résidence se trouve à Hastings dans le North Island.
Actuellement, en Nouvelle-Zélande,
l'Ordre s'occupe des personnes âgées et de services de réhabilitation pour
handicapés physiques. Il aide également les sans abri, surtout les jeunes. Ses
principales oeuvres sont: l'Hôpital de Saint Jean de Dieu pour personnes âgées
et un Foyer Saint Jean de Dieu - Sainte Famille à Hastings. A Cristchurch, il y
a une aussi une oeuvre pour jeunes sans domicile fixe. Au cours de ses années,
de nombreux néo-zélandais sont entrés dans l'Ordre et ont prêté leur service en
Australie et en Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Papouasie-Nouvelle-Guinée: La population de la Papouasie-Nouvelle-Guinée
compte environ trois millions d'habitants. La moitié de la population est
chrétienne et la moitié des chrétiens sont catholiques. La conformation
montagneuse du pays amena à une
évangélisation divisée en compartiments. Chaque confession se concentra dans
une zone précise du pays. La plupart des confessions acceptèrent cette
situation durant la période coloniale mais, récemment, les différentes Eglises
chrétiennes se sont diffusées bien au-delà des confins politiques et naturels
établis à l'origine. La culture mélanésienne a une histoire sans vie religieuse
ni sacerdotale.
Les Frères de Saint Jean de Dieu
arrivèrent en Papouasie-Nouvelle-Guinée en 1971. Ils se mirent à travailler
pour des enfants handicapés physiques et dans le besoin, dans une institution
de la capitale, Port Moresby. En 1976, le travail missionnaire de l'Ordre
atteignit le village de montagne, Kamina, où les Frères ouvrirent un
dispensaire, favorisant ainsi le développement de la population à travers
l'éducation, l'agriculture et d'autres initiatives. Les Frères se retirèrent de
Kamina en 1994 et se transférèrent au noviciat de Port Moresby.
En Papouasie-Nouvelle-Guinée, la
majeure partie des Frères autochtones sont en formations, mais l'Ordre s'occupe
d'une résidence pour jeunes nécessiteux à Holola (Port Moresby) et d'un centre
pour alcooliques et toxicomanes à Goroka. Les Frères continuent leur pastorale
dans le centre médical Raihu (Aitape). A Port Moresby, les Frères dirigent et
organisent un atelier protégé pour lépreux.
Il y a de nombreux Frères profès en
Nouvelle-Guinée et un afflux constant de candidats dans les phases initiales de
formation. Le Scolasticat se trouve à Aitape, c'est là que les Frères sont
formés pour continuer à travailler dans les dispensaires. L'Ordre s'occupe
aussi d'un Centre pour alcooliques et toxicomanes qui se trouve à Goroka et qui
est une propriété de la Conférence Episcopale.
L'Hospitalité de l'Ordre, en
Papouasie-Nouvelle-Guinée, s'est exprimée à travers un apport tout à fait
original à l'évangélisation de l'Eglise, parce que celui-ci a déployé un large
éventail de valeurs chrétiennes, en particulier la compassion et le service aux
malades et aux personnes ayant de difficultés d'apprentissage ou aux handicapés
physiques.
Huitième chapitre
LES EXIGENCES MISSIONNAIRES ACTUELLES
POUR LA VIE DE L'ORDRE
1. La vocation des Frères de Saint Jean de Dieu
vécue avec un esprit missionnaire
Nous tous qui sommes baptisés, sommes appelés à être des
évangélisateurs et des témoins du Royaume de Dieu. "L'Eglise tout entière est missionnaire; l'oeuvre d'évangélisation
est un devoir fondamental du peuple de Dieu.." (EN 59). Il existe
cependant une diversité de services dans l'unité de la même mission (cf. EN
66).
Dans sa Lettre Encyclique "Redemptoris Missio",
Jean Paul II met l'accent sur la fécondité et la richesse des Instituts de Vie
Consacrée au service de l'évangélisation. Il invite, en particulier, les
Institut de vie active qui poursuivent ou non une fin strictement missionnaire
à travailler en vue de l'expansion du Règne de Dieu. "L'Eglise doit faire connaître les grandes valeurs évangéliques
dont elle est porteuse, et personne ne témoigne de façon plus convaincante que
ceux qui font profession de vie consacrée" (Rmi 69).
Pour nous, Frères de Saint Jean de Dieu, "notre fin ultime est de rendre
présente dans notre apostolat la charité de Dieu, lequel nous invite à engager
notre vie dans l'évangélisation des pauvres et des malades" (DCG 5.6;
cf. Const. 1984, 41). Nous sommes donc appelés à maintenir vivant l'esprit
missionnaire et à le développer dans l'annonce "ad gentes", en "renforçant constamment notre présence
en terre de mission" (cf. Const. 1984, 48), pour être témoins de
l'amour miséricordieux du Père envers les malades et aux quatre coins du monde.
Maintenir vivant l'esprit missionnaire en suivant notre
Fondateur cela veut dire et exige de nous:
a) Vivre et exprimer avec joie notre identité et
notre consécration hospitalière
Notre mission se manifeste, en premier lieu, à travers
notre style de vie. Pleinement identifiés à notre consécration hospitalière,
nous manifestons que Dieu est la valeur suprême et absolue de notre existence
et que notre principal et unique but est de faire sa volonté. A travers
l'accueil, l'écoute et l'assistance à toutes sortes de besoins, nous exprimons
l'expérience de l'amour miséricordieux du Père et notre capacité d'aimer.
Notre foi, alimentée chaque jour par la rencontre avec
Dieu (prière personnelle, Eucharistie, Liturgie des Heures, etc..), doit
s'exprimer dans l'engagement pratique de notre mission hospitalière (cf. DCG
5.4). "La vie consacrée montre avec
éloquence que plus on vit dans le Christ, mieux on peut le servir dans les
autres, en se portant jusqu'aux avant-postes de la mission et en prenant les
plus grands risques" (VC 76; cf. EN 69).
"Le
don d'hospitalité que nous avons reçu nous engage à vivre notre vie fraternelle
avec simplicité"
(Const. 1984, 36b). Nous sommes appelés à être:
·
une communauté de vie,
·
des témoins de communion dans un
monde divisé,
·
des communautés qui vivent leur vie
fraternelle comme de véritables frères et qui diffusent l'idée de l'amour
fraternel là où ils sont insérés. (cf. DCG 5.5.1).
Construire une vie fraternelle au sein de nos communautés,
c'est la tâche prioritaire de notre mission hospitalière.
b) Etre des témoins du Christ
"Il
revient spécifiquement aux personnes consacrées de contribuer à
l'évangélisation avant tout par le témoignage d'une vie totalement donnée à
Dieu et à leurs frères" (VC
76). Nous, Frères de Saint Jean de Dieu, en suivant les pas de Jésus de
Nazareth, qui a passé dans le monde en faisant le bien (cf. Ac. 10,38) "guérissant toute maladie et toute
infirmité" (Mt. 4,23) et ceux de Saint Jean de Dieu qui "se consacra complètement au service
des pauvres et des malades" (Const. 1984, 1), nous coopérons au salut
de l'homme et du monde; par notre présence et notre proximité, en respectant et
en faisant respecter et valoir les droit de l'homme, en utilisant tous les
moyens nécessaires à une assistance intégrale, en faisant des infirmes et des
nécessiteux le centre d'intérêt de notre apostolat hospitalier, en annonçant
l'évangile de manière explicite et en nous laissant évangéliser par les plus
pauvres (cf. POE 37).
c) Don total à Dieu et totale disponibilité pour
servir l'homme et la société
"Grâce
à leur consécration religieuse, ils sont par excellence volontaires et libres
pour tout quitter et aller annoncer l'Evangile jusqu'aux confins du monde" (EN 69, cf. Rmi 69). Effectivement, notre
vocation hospitalière exige de nous une disponibilité totale, pour être
présents là où les malades ou les nécessiteux ont besoin de notre aide. Une
exigence qui nous conduit non seulement dans ce que nous appelons terres de mission
mais aussi dans tout autre réalité où l'Ordre est présent.
d) Inculturation, oecuménisme et universalité
Ce sont les trois éléments essentiels pour maintenir
vivant notre esprit missionnaire. Nous devons approcher les différentes
cultures avec grand respect et ouverture pour nous en imprégner et vaincre les
attitudes de défense ou d'imposition, peu évangéliques (cf. VC 79, 80).
L'universalité doit nous maintenir ouverts à promouvoir une culture de dialogue
et de solidarité entre les peuples, les institutions et les personnes, en
partant de la pluralité et du respect pour tous. Si l'on suit l'invitation du
Concile Vatican II, l'oecuménisme est un appel, à chaque fois plus fort, au
dialogue et à la collaboration entre les différentes religions. "Le dialogue est un chemin vers le
Royaume et il donnera sûrement ses fruits, même si les temps et les moments
sont réservés au Père" (Rmi 57; cf. VC 101).
e) Préparation et formation appropriées
Notre mission hospitalière exige "la préparation humaine, théologique et professionnelle, comme
condition indispensables pour offrir aux malades et à toute personne dans le
besoin le service qu'ils méritent et attendent justement de nous"
(Const. 1984, 43). Il est évident que cette exigence doit être adaptée aux
lieux où s'exerce notre mission et aux personnes que nous assistons. Il serait
donc souhaitable et indispensable que nous ayons un esprit de maturité
personnelle et une bonne base spirituelle, dans tous les sens du terme, pour
pouvoir vivre la consécration hospitalière avec dévouement et esprit
missionnaire.
f) Vivre en communion avec l'Ordre et l'Eglise
missionnaire
Notre sensibilité, notre intérêt et notre communion avec
les oeuvres missionnaires de l'Ordre et de l'Eglise sont les expressions
immanquables et nécessaires de notre engagement hospitalier. La prière
personnelle et communautaire, la solidarité et la collaboration avec les
oeuvres missionnaires, et la promotion de ces dernières, dans la mesure du
possible, sont des exigences que nous tous devons assumer. Insérés dans notre
propre réalité et nous laissant interpeller par celle-ci, nous devons incarner
l'évangile, en nous sentant profondément unis à l'Ordre et en communion avec
l'Eglise universelle. "Seul un amour
profond pour l'Eglise peut soutenir le zèle du missionnaire. Pour tout
missionnaire, la fidélité au Christ est inséparable de la fidélité à son
Eglise" (Rmi. 89).
2. L'animation missionnaire: un défi pour notre
communauté
Nos communautés, en tant que signe de la présence du
Royaume de Dieu dans le monde, doivent assumer l'animation missionnaire et sa
projection "ad gentes", en vivant profondément le mystère de
l'incarnation et de la rédemption, comme des ENVOYES chargés d'instaurer le Royaume de Dieu, objectif
fondamental de leur action évangélisatrice.
·
Dieu le Père ENVOIE son Fils unique
pour rétablir le rapport harmonieux entre l'homme et son Créateur, et élever
ainsi l'homme au partage de la vie divine selon le dessein de Dieu (cf. Jn 12,
49; 6-9; 1 Jn 4,9-19). "C'est
pourquoi le Christ, afin d'accomplir la volonté du Père, a inauguré ici-bas le
royaume des cieux, nous a révélé le mystère du Père et, par son obéissance, a
opéré la rédemption" (LG 3).
·
Le Christ, à son tour, ENVOIE le
groupe qu'il constitue en Eglise, avec la mission de transmettre à tous la
Bonne Nouvelle, en tout temps et en tout lieu (cf. Mc 16,15; JN 20,21; Lc
24,46: He. 1,8). "En effet, le Fils,
comme il a été envoyé par le Père, a lui-même envoyé les Apôtres... Et ce
mandat solennel d'annoncer la vérité qui sauve, l'Eglise l'a reçu des Apôtres
pour qu'elle l'accomplisse jusqu'aux extrémités de la terre" (LG 17).
·
La communauté ENVOIE donc ses
membres, forte de son appartenance à l'Eglise, pour annoncer et rendre présent,
selon son propre charisme, la Bonne Nouvelle du Christ, partageant ainsi sa
mission. Par conséquent, fidèles au mandat que l'Eglise a reçu du Seigneur,
nous cultivons sans arrêt l'esprit et l'animation missionnaires comme une
activité personnelle et communautaire (cf. Const. 1984, 48 et Stat. Géné. 58).
·
L'animation missionnaire de nos
communautés se réalise dans une disponibilité continue à promouvoir et à faire
vivre l'esprit missionnaire de notre Ordre à travers les "formes de collaboration missionnaire" (cf. Rmi 77 et
suite; Stat.Géné. 59) que nous résumerons ci dessous:
·
Le témoignage de vie, basé sur le
radicalisme évangélique, dans toutes les expressions qui constituent la vie
communautaire (vie de foi et de prière; de fraternelle et de service
apostolique)
·
Participation à la mission par la
prière, le sacrifice et la pratique de la pastorale auprès des malades et des
assistés de nos centres, pour les instruire sur la valeur pascale de la douleur
unie à celle du Christ
·
S'informer pour connaître la
situation missionnaire dans le monde en général, et les missions de l'Ordre
·
Intérêt, promotion et soutien de la
formation des vocations missionnaires
·
Collaboration au soutien matériel
et économique des centres et des communautés missionnaires
·
Inviter nos Collaborateurs à
participer, avec leur professionnalisme et leur expérience de foi, aux
engagements missionnaires, aussi bien de façon irrégulière que permanente
·
Cultiver la formation permanente,
personnelle et communautaire, pour connaître les implications ou les
développements de l'engagement missionnaire
·
Coordonner les initiatives à
travers des moyens que l'Ordre a décidé d'employer pour animer et promouvoir la
mission.
L'animation missionnaire dans nos communautés sera un
signe de maturité dans le foi, d'une Vie Consacrée centrée sur le Christ et
tournée vers la promotion et le salut des hommes, construisant ainsi le Royaume
de Dieu dans le Monde (cf. Rmi 77).
3. La Charte de l'Animation Missionnaire
Ce document est né au cours de la réunion du Secrétariat
des Missions qui eut lieu à Rome au mois de mai 1984.
L'introduction nous présente un historique de l'Ordre en
terre de mission et analyse la nécessité de créer un Secrétariat Général des
Missions. Le document nous indique ensuite quelles devraient être les attitudes
pour la mission: esprit de service, capacité d'adaptation et disponibilité à
l'écoute. Il nous rappelle ensuite que nous sommes tous impliqués dans la
mission, de manière directe ou indirecte, ce qui devrait nous amener à
réexaminer nos motivations vocationnelles et notre engagement pour la promotion
de l'homme.
Suivant les documents de l'Eglise sur l'activité
missionnaire, et nos Constitutions et Statuts, la charte regroupe le contenu et
les lignes d'actions pour le développement et l'animation missionnaire de
l'Ordre. Le document relève que le secteur de l'animation missionnaire des
Frères de Saint Jean de Dieu s'exprime à travers deux activités
complémentaires: la mission "ad gentes" et l'animation missionnaire
dans l'Ordre. Celle-ci sera d'autant plus efficace si les Frères qui y travaillent
en terre de mission, stimulaient les communautés et les autres institutions de
l'Ordre à travers des contacts. En même temps, bien que nous soyons tous
responsables de cette animation en vertu du baptême et de notre consécration
religieuse, il est Tout à fait opportun qu'il y ait de Frères qui se consacrent
spécialement à l'animation missionnaire et que les communautés collaborent
étroitement entre elles.
Nous signalons les actions concrètes qui suivent:
·
rencontres provinciales et
interprovinciale annuelles afin de maintenir vivant l'intérêt pour les
missions;
·
inclure dans les programmes de
formation initiale et permanente des sujets qui traitent de la mission;
·
sensibiliser les Collaborateurs,
l'Eglise et l'Eglise locale ainsi que d'autres organismes.
La Charte d'Animation Missionnaire a signifié pour
l'Ordre:
·
la mise en lumière de cette
dimension de la vocation hospitalière, donnant ainsi des pistes de réflexion
pour le futur. La Semaine Missionnaire qui commença par être célébrée dans
quelques Provinces et qui, peu à peu, s'est étendue à la majeure partie de
l'Ordre, en est le fruit;
·
le développement au sein de l'Ordre
d'une sensibilisation en faveur de la réalité missionnaire, une sensibilisation
qui s'est traduite par: une plus grande solidarité, une communion de biens et
un apport de moyens;
·
elle a rempli un vide et mit en
évidence la nécessité de faire une politique pour tout l'Ordre.
4. Principes à partir desquels nous souhaitons
opérer
Au seuil du troisième millénaire, l'Ordre, solidement ancré
à ses racines et prenant en charge l'appel de l'Eglise en faveur de la nouvelle évangélisation, regarde vers
l'avenir avec confiance en essayant de répondre avec générosité aux besoins de
l'homme qui souffre: "Voici le champs d'action des Frères de Saint Jean de
Dieu pour la nouvelle évangélisation: être témoins de l'attention chrétienne
pour l'homme dans sa globalité, que nous avons appelé humanisation, être
témoins de la solidarité envers les pauvres, les malades et les marginaux, être
frères de ceux qui souffrent" (DCG 4,1).
Chacune des réalités où nous sommes présents a une
caractéristique particulière dont il faut tenir compte au moment de mettre en
pratique l'engagement de l'évangélisation. Il faudra trouver dans chaque
situation les moyens les meilleurs pour réaliser notre mission en toute
fidélité à notre charisme et de façon
créative (cf. Const. 1984, 6). Il existe cependant des critères fondamentaux
que nous vous signalons ci-dessous.
a) L'hospitalité: objectif central de notre vie
"Le
motif de notre existence dans l'Eglise est de vivre et de manifester la
charisme de l'Hospitalité selon le style de Saint Jean de Dieu" (Const. 1984, 1).
L'hospitalité est le noyau central de notre vie, c'est
grâce à elle que "l'Esprit Saint
nous rend capables d'accomplir la mission d'annoncer et de réaliser le Royaume
parmi les pauvres et les malades" (Const. 1984, 2) et que nous
participons à l'expérience fondatrice que vécut notre Fondateur. C'est un don
de Dieu qu'il nous faut renouveler jour après jour dans notre rencontre avec
Lui et dans le dévouement envers nos frères. L'hospitalité nous rend vigilants
et nous invite à vivre dans une attitude constante de conversion, pour assumer
et vivre les attitudes et les gestes de Jésus et de Saint Jean de Dieu qui
s'incarnèrent dans le monde des malades et des marginaux en leur offrant des
remèdes efficaces pour les libérer intégralement (cf. POE 63).
L'expérience de la miséricorde de Dieu et de
l'hospitalité nous pousse à nous donner pleinement à Dieu et à être disponibles
sans réserves à servir toutes les personnes dans le besoin, en tout lieu, pour
leur annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu.
b) La Mission de salut de l'Eglise à travers
l'Ordre
En tant que disciples de Jésus, nous sommes appelés à évangéliser
et à être témoins de sa mission qui soigne et libère l'homme dans le monde de
la douleur, en vivant et en pratiquant l'évangile de la miséricorde. "L'Eglise regarde avec admiration et
gratitude les nombreuses personnes consacrées qui, portant assistance aux
malades et à ceux qui souffrent, contribuent à sa mission de manière
significative" (VC 83).
Fidèles à la tradition première de l'Ordre, nous mettons
au centre de notre attention et de nos soins ceux qui souffrent, que nous
soignons avec attention de manière intégrale, prolongeant ainsi l'action
salvatrice du Christ. Outre les soins physiques, psychiques et sociaux, nous
privilégions aussi les attentions spirituelles (cf. VC 83).
c) Evangélisation, humanisation et promotion
humaine
La vraie évangélisation doit toujours être accompagnée
par un engagement concret en faveur de l'homme, dans toutes les situations
qu'elle rencontre. Le défi, pour nous, consiste à transformer les prestations
thérapeutiques en d'authentiques gestes d'évangélisation. L'humanisation et
l'évangélisation doivent former pour nous une unité indivisible car "là où il n'y a pas de charité, Dieu
n'est pas, bien qu'il soit en tout lieu" (LB 15).
Notre engagement exige de nous que nous conjuguions une
attention de grande qualité, les techniques les plus modernes et un style plein
de charité et de tendresse. C'est le binôme par lequel Jean de Dieu et l'Ordre
ont essayé de maintenir et de continuer leur mission de charité et d'assistance
aux malades.
La promotion de l'homme est un défi constant pour notre
mission. En tout lieu, nous trouvons
des situations particulières auxquelles il faut prêter attention. Là où la
pauvreté est grande et les moyens réduits, notre action doit être solidaire et
en accord avec cette situation, à travers des moyens proportionnés et des
programmes simples mais efficaces.
Mais dans notre engagement en faveur de la promotion
humaine, nous courons le risque de nous consacrer exclusivement ou de
préférence aux besoin sociaux, par souci d'efficacité, et de laisser de côté la
dimension de témoignage de l'amour du Christ, qui est l'objectif principal de
notre vocation. Nous risquons également de ne pas prêter suffisamment
d'attention à la science et à la technique, alors qu'il est de notre devoir de
promouvoir le dialogue entre les deux, pour montrer que la science et la
technique contribuent à l'humanisation du monde, dans la mesure où toutes deux
sont imprégnées de sagesse divine (cf. DCG 4.3).
d) Accueil universel et inculturation
Ce sont deux aspects essentiels de notre mission qu'il
faut soigner et cultiver. L'Ordre n'a jamais fait aucun genre de distinction
dans sa mission apostolique: tous les malades ou tous les nécessiteux sont les
destinataires de notre attention. Malgré cela, tout en connaissant nos limites,
nous déclarons avec Saint Jean de Dieu:
"A la vue des souffrances de tant de pauvres, mes frères et mes
semblables, aux besoins corporels et spirituels si grands, je suis bien triste
de ne pouvoir les secourir" (2GL 8).
En tout lieu, nous devons approcher chacun avec
solidarité, en parcourant le chemin du Christ lequel, étant Dieu, s'est fait
homme pour partager notre destin (cf. Phi. 2,6). Nous devons approcher les
différentes cultures avec respect, en nous y préparant et en nous y formant, dans
le respect des idées et des croyances. C'est la seule manière que nous avons
pour montrer la miséricorde et l'amour que Dieu a pour les hommes. "Le Synode considère l'inculturation
comme une priorité et une urgence dans la vie des Eglises particulières pour un
enracinement réel de l'Evangile en Afrique; une exigence de l'évangélisation,
un cheminement vers une pleine évangélisation, l'un des enjeux majeurs pour
l'Eglise dans le continent à l'approche du troisième millénaire" (EA
59).
e) En collaboration avec l'Eglise, les autres
institutions et ouverts au dialogue inter-religieux
Dans le monde, et plus concrètement dans le domaine de
notre mission, nous ne sommes pas seuls. De là dérive notre ouverture à
collaborer avec les autres Institutions, ecclésiastiques ou non, qui
travaillent en faveur des malades et des pauvres, dans la mesure où nous
pouvons réaliser notre mission dans toute son ampleur. Les Congrégations
religieuses, les associations ecclésiales ou de confession religieuse
différente, les organisations sociales, les administrations publiques sont des
candidats potentiels à la collaboration.
Nous devons, dans la mesure du possible, consolider cet
esprit d'ouverture et de collaboration vis-à-vis des institutions à caractère
ecclésial. Nous devons également promouvoir le dialogue inter-religieux puisque
celui-ci "faisant partie de la
mission évangélisatrice de l'Eglise, les Instituts de vie consacrée ne peuvent
se dispenser de s'engager également dans ce domaine, chacun selon son charisme
et en suivant les indication de l'autorité ecclésiastique" (VC 102;
cf. Rmi 55). Sur ce point, les Frères qui travaillent en terre de mission
devront se préparer et se former de manière adéquate afin de pouvoir développer
cette mission oecuménique.
f) La dimension prophétique de notre mission
hospitalière
"Notre
monde, dans lequel les traces de Dieu semblent souvent perdues de vue, éprouve
l'urgent besoin d'un témoignage prophétique fort de la part des personnes
consacrées” (VC 85). Les religieux et les
religieuses ont toujours occupé les avant-postes de la mission de l'Eglise (cf.
EN 69).
Notre Ordre a toujours donné des signes évidents de
témoignage prophétique, très souvent à travers le dévouement humble et généreux
dans le service quotidiens aux malades, parfois à travers des gestes clairs de
revendication et de dénonciation face à des situations injustes. La présence de
tant de Frères sur des lieux de frontières, aux côtés des malades et des
marginaux, et le témoignage du martyr subi par nombre d'entre eux, est
l'expression la meilleure de la réalité prophétique de l'Ordre.
Il est important de recueillir ce témoignage dans son
actualité et de le faire fructifier à travers le témoignage personnel et
communautaire de nous tous qui formons l'Ordre aujourd'hui. Nous signalons
ci-dessous quelques points dont il faut tenir compte:
·
Notre témoignage prophétique se
fonde sur notre style de vie, sur notre façon de nous mettre en rapport avec
les autres, sur les valeurs qui donnent un sens à notre existence et, enfin,
sur notre façon d'être qui devrait constituer une alternative au modèle de vie
qui domine dans notre monde d'aujourd'hui lequel éloigne Dieu et l'homme du
centre de l'existence; il nous aide à montrer la valeur centrale et absolue de
Dieu dans notre existence, pour affirmer la valeur centrale et absolue de Dieu.
·
Ceci exige qu'on vive un style
personnel et communautaire simple et austère; ne pas succomber à la tentation
de la superficialité et de l'hédonisme, mettre en pratique la sensibilité et
l'engagement en faveur des plus pauvres; se montrer critiques face à certaines
positions, structures et institutions injustes. Ce sont les attitudes que nous
devons adopter, au niveau personnel et communautaire, pou rester fidèles à
notre héritage prophétique.
·
Nous nous efforçons de veiller à ce
que les droits de la personne à naître, à vivre décemment, à être assistée dans
ses infirmités et à mourir dignement, soient toujours respectés (cf. Const.
1984, 23), en devenant la voix des sans-voix, 'afin que partout la dignité
humaine soit toujours au centre de toute l'activité (cf. EA 70). "L'Eglise rappelle aux personnes
consacrées qu'il entre dans leur mission d'évangéliser les milieux de la santé
où elles travaillent, en cherchant à éclairer, par la diffusion des valeurs
évangéliques, la façon de vivre, de souffrir et de mourir des hommes de notre
temps. C'est leur devoir de s'employer à l'humanisation de la médecine et à
l'approfondissement de la bioéthique, au service de l'Evangile de la vie"
(VC 83).
·
Nous sommes appelés à nous
identifier avec ceux qui souffrent, avec les marginaux, comme le fit Jésus avec
les plus faibles. Dans les circonstances actuelles, bien que par tradition
nous, Frères de Saint Jean de Dieu, ayons toujours exercé notre mission dans nos centres, nous devrions être
prêts aussi à réaliser notre mission hors de nos oeuvres, en particuliers là où
la présence des Collaborateurs garantit la fidélité aux valeurs essentielles de
l'Ordre et là où la stabilité du Centre ne présente aucune difficulté spéciale.
·
Même si tous les lieux de pauvreté,
de maladie, de misère et de souffrance sont pour nous des lieux privilégiés
dans lesquels mettre en pratique et vivre l'Evangile de la miséricorde, il est
important de donner un espace spécial aux malades les plus pauvres et
abandonnés; les sans abri, les malades en phase terminale, les malades du SIDA,
les toxicomanes, les émigrés, les personnes âgées, les malades chroniques. Si
nous jetons un regard vers ce que l'on définit terre de mission, nous
découvrons de nouveaux besoins: la pauvreté endémique, des infirmités qui ne
sont pas encore vaincues (malaria, lèpre, poliomyélite, parasitoses, etc..),
les malades mentaux abandonnés, les conséquences des guerres, les réfugiés et
les personnes arrachées à leur terre natale.
g) En communion avec les Collaborateurs
En suivant les lignes directrices de l'Eglise, notre
Ordre est en train de faire des efforts considérables pour construire
progressivement un rapport positif avec nos Collaborateurs qu'il a appelé
"ALLIANCE". Le document "Frères et Collaborateurs ensemble pour
servir et promouvoir la vie" (1992), contient les lignes doctrinales et
pastorales pour travailler dans ce sens.
La participation de nombreux Collaborateurs (employés,
bénévoles, bienfaiteurs) à notre charisme et notre mission, donnant ainsi vie,
avec nous, à la Famille Hospitalière, est un don pour l'Eglise et pour l'Ordre.
Nous continuons notre mission apostolique en communion avec eux (cf. VC 54).
C'est une réalité que nous devons faire fructifier. Il existe
de nombreuses possibilités dans le respect de l'identité de chacun. Au cours du
dernier Chapitre Général, les Collaborateurs ont ainsi pensé leur intégration à
la mission de l'Ordre:
"Les
représentants des collaborateurs, appréciant les efforts de l'Ordre pour
réexaminer et renouveler leur façon d'être et de travailler pour répondre aux
exigences de notre temps, pensent que l'intégration des collaborateurs à la
mission de l'Ordre est aujourd'hui importante, nécessaire et
incontournable..." (Déclarations
du LXIIIème Chap. Gén. p.48).
Il faut donner un élan vigoureux aux nouveaux projets et
développer ceux qui existent. Les Frères sont appelés à être les pionniers et
les animateurs de ces projets, alors que les Collaborateurs sont appelés à
accepter et promouvoir un engagement bien précis en faveur des plus démunis. Il
existe des expériences dans ce sens qui peuvent nous éclairer pour l'avenir.
h) Mission "ad gentes"
En réalité, tout ce qui a été dit précédemment, avec les
adaptations nécessaires, est tout aussi valable pour la présence de l'Ordre en
terre de mission. Nous souhaitons cependant mettre ici en évidence l'appel que
l'Eglise fait à la Vie Consacrée pour la mission "ad gentes".
"La
vie consacrée a pour mission de travailler en tout lieu de la terre pour
affermir et étendre le Règne du Christ, en portant partout l'annonce de
l'Evangile, même dans les régions les plus lointaines” (VC 78; cf. LG 44). Répondant à cet appel, l'Ordre est
aujourd'hui présent dans cinq continents, après avoir fait des efforts, dans le
seconde moitié du XXème siècle, pour implanter ses oeuvres en Afrique, Asie et
Océanie.
Le travail qui a été réalisé pendant toutes ces années
est énormes, et les Frères missionnaires continuent à être de véritables
témoins pour tout l'Institut. Il faut établir un rapport meilleur pour pouvoir
partager, avoir des échanges et, en définitive, s'enrichir réciproquement. Nous
pourrions faire énormément de choses pour nos Frères missionnaires, nous
pourrions recevoir beaucoup de leur part et de la part de leurs assistés.
Nous tous, Frères de Saint Jean de Dieu, devrions nous
sentir engagés dans la mission évangélisatrice de l'Ordre, par nos prières,
notre proximité et aussi notre disponibilité à réaliser notre engagement
hospitalier en terre de mission.
5. Nouvelle Hospitalité: nouvelle évangélisation à
la manière de Saint Jean de Dieu
Il serait bon de rappeler ici ce que le LXIIIème Chapitre
Général nous a dit sur ce que nous entendons par nouvelle hospitalité:
"La nouvelle hospitalité est, avant tout, une mouvement qui s'adresse
à l'Ordre, à son identité le plus intime. C'est, en premier, l'affirmation du
primat de l'évangélisation sur toutes les autres tâches de l'Ordre. Il ne
s'agit pas d'une adaptation de l'hospitalité aux valeurs de notre société. La
nouveauté ne touche pas le contenu du charisme qui reste inchangé.
Celle-ci consiste à vivre et à manifester aujourd'hui le don reçu par Saint
Jean de Dieu avec un langage, des gestes et des méthodes apostoliques qui
donnent des réponses aux desseins et aux attentes de l'homme et de la femme qui
souffrent à cause de la maladie, de l'âge, des handicaps, de la pauvreté et de
la solitude" (Déclarations du
LXIIIème Chapitre Général ).
Parler de nouvelle hospitalité, cela veut dire se poser
la question suivante: comment répondons-nous aujourd'hui, en tant qu'Ordre, à
notre mission?
Notre mission apostolique nous amène à définir et
appliquer un projet d'hospitalité, selon l'esprit de Jean de Dieu: pensé pour les malades et les nécessiteux, vécu
avec les Collaborateurs dans une attitude de service envers la société
d'aujourd'hui.
Dans l'histoire et même aujourd'hui, notre mission
évangélisatrice nous a orientés, et nous oriente, vers une infinité de
personnes malades et marginales que nous essayons d'assister: infirmes
"classiques" et "nouveaux" infirmes, marginaux qui ne
suivent pas le rythme de la société à laquelle ils appartiennent, pays
développés et d'autres en voie de développement, avec de nombreux moyens ou une
médecine de base.
Notre mission donne une grande contribution à la société
d'aujourd'hui, dans tous les lieux où nous nous trouvons, que notre service
soit complémentaire et participe à ceux que la société réalise, ou qu'il soit
au contraire une activité de remplacement.
Nous nous sommes demandé plusieurs fois au cours de ces
dernières années, en quels lieux il fallait être présents et, y répondant, nous
avons fait nos choix préférentiels.
Le document de notre dernier Chapitre Général "La
nouvelle évangélisation et l'hospitalité au seuil du troisième
millénaire", fait référence à nos options préférentielles dans le
paragraphe 5.6.1., citant les sans abri, les malades en phase terminales, les
malades du SIDA, les toxicomanes, les émigrés, les personnes âgées et les malades
chroniques.
Dans ces lieux comme dans les autres, nos oeuvres ont des
espaces vitaux où l'on vit et l'on met en pratique la miséricorde de Jésus
Christ envers les malades et les nécessiteux à travers un projet d'assistance
basé sur l'Evangile, sur l'imitation de Saint Jean de Dieu et sur la tradition
de l'Ordre au service des malades et des nécessiteux. Participent à ce projet
les Frères et d'autres croyants: laïcs, religieuses, prêtres, et les
Collaborateurs qui, comme l'a rappelé le Concile, portent en eux la semence du
Règne et la font germer même s'ils n'en sont pas conscients. C'est aussi avec
eux que nous sommes appelés à partager joyeusement notre mission.
De là dérive toute une suite de conclusions dont il faut
absolument tenir compte dans l'exercice de notre mission pastorale:
1.
Tous ceux qui travaillent dans les
centres de Saint Jean de Dieu doivent se sentir unis dans le service et la
promotion de la vie contribuant au projet commun avec leurs propres valeurs
humaines, professionnelles et spirituelles.
2.
Nous tous qui sommes chrétiens,
sommes appelés à enrichir ce projet par l'expérience spirituelle du Dieu
Sauveur qui est l'ami de tous et souhaite le bien de tous. Cette expérience de
Dieu, nous devons la communiquer à nos collègues de travail et aux malades et
aux nécessiteux, dans les situations où nous nous trouvons.
3.
Loin d'être un groupe de pression,
nous chrétiens, nous sommes appelés à former l'Eglise-Communion dans les
centres de Saint Jean de Dieu, dans nos postes de travail, avec la parole et le
témoignage de vie, même si nous avons des critères différents et appartenons à
des secteurs différents de l'Eglise. Il ne sera pas facile d'arriver à ce
sentiment de communion, mais nous devons être conscients de notre "être
une Eglise domestique".
4.
Le grand défi de notre mission
pastorale est de manifester avec simplicité notre foi à nos collègues, avec la
joie que l'expérience de la foi donne à notre existence, en cohérence avec
l'Evangile et ouverts à l'amitié et à la compréhension envers ceux qui ne pensent
pas comme nous et ne croient pas comme nous.
5.
L'autre grande tâche de notre
mission pastorale est d'approcher le Christ bon et miséricordieux, la Bonne
Nouvelle, aux malades et aux nécessiteux qui ont tourné le dos à Dieu, vivant
parfois une situation qui les a conduit à se révolter contre le sort qu'ils ont
eu dans la vie.
Nous sommes appelés à être la Bonne Nouvelle. Nous devons
l'être dans le respect de chacun, en communion avec l'Eglise locale et ouverts
oecuméniquement aux diverses confessions, ancrés dans notre charisme.
Nous avons conscience de vivre dans un monde où les gens
se posent beaucoup de questions sur le sens de la vie, sur la raison de leur
destin et sur la bonté de Dieu.
L'Ordre est présent dans des lieux où l'on n'a jamais
entendu parlé de Jésus Christ; il vit à côté des cultures musulmanes, hindoues,
confucianistes et animistes. Même si notre mission n'est pas exactement
d'annoncer de la Parole, nous sommes toutefois conscients de contribuer à
l'édification du Règne en réalisant des signes ecclésiaux bien précis à travers
notre service, même si, parfois, ils ne sont pas saisis ou sont mal
interprétés.
Le service aux malades et aux nécessiteux et l'action
pastorale que nous réalisons dans les centres en collaboration avec les religieuses,
les prêtres, les croyants, est notre façon de collaborer avec l'Eglise locale.
Avec notre action charitable, nous complétons ce que les prêtres, les
religieux, les religieuses et les catéchistes réalisent avec la parole, en
favorisant à travers les gestes de notre existence la présence salvifique de
Jésus Christ:
"Notre vie hospitalière dans l'Eglise se fonde sur la personne et sur
les gestes de Jésus qui, durant sa vie terrestre, eut une prédilection pour les
malades, les pauvres et les humbles" (Const. 1984, 41b).
DOCUMENTATION
ET BIBLIOGRAPHIE
1.
DOCUMENTATION
Concile
Vatican II
- Ad
Gentes.Décret sur l’activité missionnaire de l'Eglise
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- Dei
Verbum. Constitution Dogmatique sue la Révélation Divine
- Gaudium
et Spes. Constitution Pastorale sur l'Eglise dans le monde actuel
- Lumen
Gentium. Constitution Dogmatique sur l'Eglise
-
Nostra Aetate. Décret sur les rapports de l'Eglise avec les religions non
chrétiennes
-
Perfectae Caritatis. Décret sur la rénovation et l’adaptation de la vie
religieuse
- Sacrosanctum Concilium. Constitution sur la Sainte
Liturgie
Paul
VI
- Evangelii
Nuntiandi. Exhortation apostolique. L’évangélisation dans le monde
contemporain
Jean
Paul II
- Salvifici
Doloris. Lettre apostolique. La
souffrance humaine.
- Redemptoris
Missio. Lettre Encyclique. Sur la valeur permanente du précepte
missionnaire.
-
Ecclesia in Africa. Exhortation
apostolique. L'Eglise en Afrique.
- Vita
Consecrata. Exhortation apostolique. La vie consacrée
IV
Conférence Générale de l’Episcopat Latino-américain
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Ordre
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- Jean de Dieu est encore vivant aujourd'hui.
Rome, 1991.
- La Nouvelle Evangélisation et l’Hospitalité
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1986.
- Qu'est-ce que la Pastorale de la Santé?
Rome, 1980.
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2.
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DE L’ORDRE HOSPITALIER
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87-101)
- Martyrs du Brésil
(pp. 102-111)
- Martyrs des
Philippines (pp. 111-129)
- Vénérable P. Camacho
(pp. 121-142)
- Frère Cebrián de los
Llanos (Fr. Cebrián de la Nada) (pp. 143-157)
- Frère Manuel Chaparro
(pp. 158-163)
-
Recordando una vida, una obra, un martirio en el Padre Juan Jesús Adradas,
Pbro., OH. Madrid, 1960.
2.5.-
Autres écrits qui témoignent de l’activité missionaire de l’Ordre
Alvarez
Sierra Manchón, José., Influencia de San Juan de Dios y su Orden en el progreso de la medicina y de la
cirugía. Madrid, 1950
Eseverri
Chaverri, Cecilio., Historia de la Enfermería Española e
Hispanoamericana. Barcellonne, 1984. II
édit. corrigée et enrichie à Madrid, 1995.
González
Pinto, Rodrigo., La obra hospitalaria en la asistencia a los
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Russotto,
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Ventosa
Esquinaldo, Francisco., Historia de la Enfermería Española. Madrid, 1984.
[1] CASTRO, Francesco de, Histoire de la vie et de saintes oeuvres de Jean de Dieu, (Chap. VIII).
[2] CASTRO, o.c., (Chap. IX).
[3] CASTRO, o.c., (Chap. III).
[4] CASTRO, o.c., (Chap. VI).
[5] CASTRO, o.c., (Chap. XIV).
[6] CASTRO, o.c., (Chap. XI).
[7] CASTRO, o.c., (Chap. XXI).
[8] CASTRO, o.c., (Chap. XX).
[9] CASTRO, o.c., (Chap. XVII).
[10] CASTRO, o.c., (Chap. XX).
[11] CASTRO, o.c., (Chap. XVI).
[12] CASTRO, o.c., (Chap. XII).
[13] CASTRO,
o.c., (Chap. XIV).
[14] Pie XI, Message à l'audience extraordinaire
accordée aux Frères participant au Chapitre au cours duquel on parla, entre
autre, de la transformation de l'Hôpital Saint Jean Calibite. Rome, le 24 mai
1930.
[15] Père Giovanni Maria Alfieri, Lettre à l'Ordre du 20/08/1865. A cette époque-là, une épidémie de choléra dévastait l'Europe, et Père Alfieri encouragea les religieux à participer généreusement à l'assistance des infirmes atteint par la maladie.
[16] Idem 15/01/1867.
[17] J. Cruset, Cronica Hospitalaria, Ed. Hospitalaria, Barcelone 1971, pages 87 et 88.
[18] Frère F. Lisazo, Profil du Frère de Saint Jean de Dieu, le Bienheureux Bénédict Menni. Grenade 1985, Lettre 33, 25/11/1900.
[19] Idem, o.c., Lettre 79, 1/02/1888.
[20] Idem, o.c.,Lettre 76, 24/10/1887.
[21] Idem, o.c., Lettre 83, 15/10/1885.
[22] Idem, o.c., Lettre 42, 8/03/1911.
[23] Frère G. Russotto, Reflets d'une âme, Rome 1955, Lettre 28, 14/08/1923.
[24] Idem, o.c.,
Lettre 80, 8/06/1927.
[25] Idem, o.c., Lettre 21, 5/09/1923.
[26] Idem, o.c., Lettre 88, 23/08/1927.
[27] Père E. Blandeau,
Lettre Circulaire à l'Ordre, 29/01/1941.
[28] Père M. Bonardi, Lettre circulaire à l'Ordre, 15/08/1954.
[29] Idem, Id., 28/11/1955.
[30] Père I. Aparicio, Lettre circulaire à l'Ordre, 12/02/1967.
[31] Idem, id, 28/11/1969.
[32] Idem, Lettre circulaire à la Province Espagnole, 2/02/1963.
[33] Frère Anthony Leahy appartient à la Province Australienne. Il est installé depuis plusieurs années en Papouasie-Nouvelle-Guinée et a été Maître des Novices.
[34] Frère Fortunatus est un pionnier de la présence de l'Ordre en Inde et le fondateur des Soeurs de la Charité de Saint Jean de Dieu.
[35] Un Confrère prêtre vietnamien. Maître des Novices pendant plusieurs années.
[36] Un confrère prêtre portugais. Il est resté au Mozambique pendant la révolution. C'est un témoin vivant de la fidélité à l'hospitalité. Il a été emprisonné à plusieurs reprises.
[37] Un confrère
médecin de la Province Aragonaise. Il a consacré les meilleures années de sa
vie aux malades de la Sierra Leone jusqu'à ce que son âge avancé et son
infirmité ne l'aient contraint à se faire rappeler par ses Supérieurs pour
rentrer en Espagne.
[38] Frère Raphaël Teh
est un confrère prêtre originaire du Cameroun.
[39] Il a été Délégué Général d'Afrique jusqu'au 1er mai 1997.
[40] Statuts pour les Missions,
Introduction, Rome, 1957, p.3.
[41] Cf. Règlement du Fond Commun pour les Mission, février 1992. Archives Générales de l'Ordre, Dossier, Or.51, Fasc. I, C.
[42] Mosé Bonardi, Lettre circulaire, 28/11/1955.
[43] Mosé Bonardi, I.c.